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Education citoyenne relookée

La maison familiale rurale (MFR) de Koohnê connaîtra-t-elle un nouveau souffle ? Elle a rouvert ses portes à la rentrée 2016, pour accueillir une vingtaine de jeunes déscolarisés. La...
Le travail assidu des équipes éducatives de la MFR de Bako permet, en quelques mois, de voir les jeunes gens s’ouvrir au monde extérieur et prendre confiance en eux.

emploi_formation-mfr-p-goffinet_1La maison familiale rurale (MFR) de Koohnê connaîtra-t-elle un nouveau souffle ? Elle a rouvert ses portes à la rentrée 2016, pour accueillir une vingtaine de jeunes déscolarisés. La province Nord, qui s’est penchée sur leurs dysfonctionnements, a décidé d’investir dans la restructuration des MFR, institutions précieuses en ce qu’elles lient parents et professionnels au service de la jeunesse.

Au sein de la MFR de Bako, baptisée Paul Napoaréa, les stagiaires sont l’objet de toutes les attentions d’une équipe pédagogique dont le but est de les réinsérer socialement. « Nous les initions à certains métiers, en alternance avec une remise à niveau théorique, car ce sont des filles et garçons qui n’ont pas pu rester dans le système conventionnel », explique Pascal Goffinet, le directeur de l’établissement. « Nous leur apprenons le travail sur soi, à prendre soin d’eux-mêmes, à gagner en confiance et aller vers les autres. » Les jeunes gens ont ainsi l’opportunité de rencontrer des acteurs économiques et sociaux divers : pompiers, agents de la sécurité routière ou des services d’addictologie, intervenants culturels. « Ils doivent comprendre que la vie est une recherche incessante de solutions », poursuit monsieur Goffinet, philosophe. Tous devraient passer un certificat de formation générale (CFG) en fin d’année.

Implication sous condition

Instaurée en 1978, la MFR de Bako a dû cesser ses activités en 2008 pour cause de dysfonctionnement. Phénomène général à l’ensemble des MFR calédoniennes, pratiquement toutes situées en province Nord. L’Etat (ancienne tutelle) et la province Nord, financeurs, ont dressé un constat sans appel : pour continuer à bénéficier de subsides publics, les MFR devaient substantiellement se réformer. Car leur bilan était mauvais : désaffection des jeunes ; effectifs en berne ; projets insuffisants ; gestion opaque. De surcroit, il laissait apparaître un repli communautariste : en théorie ouvertes à tous, certaines MFR s’étaient fermées sur un clan ou une famille. Les autorités ont identifié leur propre responsabilité dans cette déroute, puisque, par manque de vigilance, elles finançaient le réseau (à hauteur de soixante-dix millions de francs CFP annuels pour la province), malgré l’absence probante de résultats.

Entre 2010 et 2012, la province Nord a diligenté un audit destiné à recadrer l’action des MFR et donc à les préserver. Parmi les  priorités  retenues, un premier volet concerne leur management, à affermir : gestion budgétaire orthodoxe, accompagnement strict des ressources humaines, dirigeants, éducateurs et animateurs… Les auditeurs ont aussi préconisé une direction centralisée au sein de la confédération territoriale, pour contrôler régulièrement les MFR, valider leur projet pédagogique et organiser la mutualisation des moyens mais ce n’est pas à l’ordre du jour provincial. Au vu de ces contraintes nouvelles, les maisons de Koné, Poindimié, Bélep et Pouébo poursuivent leur mission, tandis que celles de Canala et Hienghène ont fermé.

« Pour répondre aux besoins des jeunes du Nord, il faut imbriquer formation générale citoyenne et formation professionnelle. »

Proximité et spécialisation

Le deuxième pan de la réforme touche l’approche éducative et pédagogique des MFR. Pour répondre aux besoins des jeunes du Nord, il faut imbriquer formation générale citoyenne et formation professionnelle ; limiter le nombre de stagiaires, pour un suivi personnalisé ; parents, formateurs et entreprises doivent s’impliquer honnêtement. Le public cible a été mieux défini. Chaque maison devrait se spécialiser en fonction des atouts de sa situation géographique ‒ par exemple la pêche pour Bélep ‒ et attirer ainsi, en plus des adolescents sortis du système scolaire, de jeunes adultes motivés par un projet professionnel. La province Nord envisage de doter les MFR de plateaux techniques, d’internats et de la faculté de délivrer des diplômes, exigeant en retour initiatives et résultats concrets. « A Bako, les stagiaires ont nettoyé des parcelles de terres cultivables. Pendant les vacances scolaires, nous louons des chambres, illustre Pascal Goffinet. Ce nouveau dispositif d’accompagnement de la jeunesse monte progressivement en puissance. Nous construisons des liens avec la société civile et ça marche ! »

Qu’est-ce qu’une MFR ?

Une maison familiale et rurale est une association dont l’objectif est d’éduquer des jeunes gens et de les accompagner vers l’insertion sociale et professionnelle, contribuant ainsi à la cohésion du territoire où elle est implantée. Les membres de l’association sont majoritairement des familles, aux côtés de professionnels et d’élus locaux, ce qui permet un travail de proximité. En tant qu’établissements scolaires, les MFR passent contrat avec des collectivités qui les financent (provinces et Nouvelle-Calédonie depuis le transfert des compétences de l’enseignement par l’Etat en 2012). Elles dépendent d’un comité territorial fédérateur qui doit les assister dans leur organisation. En province Nord, la direction de l’enseignement, de la formation et de l’insertion provinciale (la DEFIJ) est leur interlocutrice.

Question finances

En 2015, la MFR de Koohnê a reçu, pour fonctionner, 16,1 millions CFP de la province Nord et près de 3 millions de la Nouvelle-Calédonie. En 2016, le cofinancement devrait se monter à 15 millions en provenance de la province et 8,5 millions de la Nouvelle-Calédonie. En sus, la province Nord financera 7,3 millions CFP d’investissement dans du matériel (informatique, véhicules) et dans l’entretien des bâtiments.

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