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Ce que Dau Ar doit à la mer

Bélep, extrémité nord de la Nouvelle-Calédonie, 843 habitants. En langue nyelâyu, on dit Dau Ar, « les îles du soleil ». Leur éloignement des grands centres d’activité du pays,...

Bélep, extrémité nord de la Nouvelle-Calédonie, 843 habitants. En langue nyelâyu, on dit Dau Ar, « les îles du soleil ». Leur éloignement des grands centres d’activité du pays, comme leur histoire coloniale chaotique ‒ elles furent le lieu d’accueil des insurgés de 1878, puis des lépreux ‒ les ont rendues mystérieuses… Pourtant, aujourd’hui, les jeunes gens de Bélep pensent à leur avenir, qui se situe, pour certains, à Nouméa ou Vavouto et pour d’autres, sur leur terre natale, à condition d’en exploiter les atouts.

Y-a-t-il nécessité de développer des activités économique à Bélep ? Une partie des habitants répondent par l’affirmative. Ils demandent surtout le « désenclavement » de l’île, desservie deux fois par semaine par Aircal via Koumac (l’aéroport de Waala étant le moins fréquenté du pays) et par le bateau, quand tout va bien, après un trajet de trois heures et demie depuis Koumac. Question : comment justifier l’exigence de davantage de moyens quand on est si peu nombreux, avec un mode de vie essentiellement tribal ? Après tout, les infrastructures publiques sont bien là : mairie, dispensaire, gendarmerie… On trouve même une agence de l’office des postes et télécommunications et une école primaire de la direction diocésaine de l’enseignement catholique. En revanche, pas de structures touristiques sur ces îles belles comme le jour.

Pêcheurs éternels

La pêche est la principale activité économique de Dau Ar, mais elle reste artisanale. Un projet, celui d’exploiter la coquille Saint-Jacques, abondante dans les fonds sableux alentour, occupe l’esprit des habitants. Il s’articule autour de la société SAS West  Pacific  Scallops, dont le capital est détenu à hauteur de 35,5% par la société provinciale d’économie mixte Nord Avenir, de 20% par les clans coutumiers de l’île (associés dans la société « Belema  »), de 40% par la société privée australienne Far West  Scallops. Que vise ce projet ? La pêche à grande échelle des bivalves, une unité de conditionnement à Koumac (les noix de Saint-Jacques y sont emballées sur un bateau mis à quai et surgelées pour être acheminées vers l’usine de Perth, dans l’Ouest australien), une centrale de  distribution… Il bénéficie de l’expertise de Far  West  Scallops, qui concentre, sur la côte ouest australienne, 90 % des licences de pêche de coquilles Saint-Jacques et exporte sa production vers l’Asie. Vingt-six jeunes gens de Bélep ont entamé une formation à l’école des métiers de la mer pour y participer et la province Nord a versé trente millions de francs CFP de subvention. L’initiative limitera-t-elle la fuite des ressources humaines de l’île ?

Naissance au tourisme

belep-r-teambouen-animateur-communal2Le GIE Tourisme province Nord, en intégrant Bélep à ses « Week-ends découverte », lui a ouvert la voie du développement touristique, en 2013. Un souvenir particulièrement émouvant : « C’était la première fois que les gens d’ailleurs venaient voir les Bélep pour leurs attraits et non parce qu’ils étaient contraints à l’exil. La mairie s’est beaucoup investie, la grande chefferie également puisque les touristes se sont vu offrir des danses très sélectives, réservées normalement aux cérémonies des chefs », se rappelle Jacqueline Riahi, la directrice du GIE. Depuis, la mairie a renforcé son engagement de promouvoir la destination et faciliter l’accueil des visiteurs. Elle s’est dotée en 2011 d’un collaborateur titulaire d’un diplôme dans l’animation et la gestion des activités physiques et sportives, Rudy Teamboueon (en photo). Rudy est très soucieux d’impliquer la jeunesse de son île « pour la faire vivre » et fait feu de tout bois  : clubs sportifs, activités culturelles, touristiques. Bien sûr, Dau Ar souffre des handicaps, le transport en premier lieu, dont le coût grève jusqu’à 60 % du budget de la mairie. « Pour participer aux championnats sportifs, il faut prévoir trois jours de déplacement pour nos équipes, les loger, les nourrir… Pas facile de trouver les fonds actuellement ». Le programme pour 2016 ? Une « fête du grand lagon Nord », organisée du 15 au 17 juillet pour la troisième fois avec l’association des femmes de Bélep et le partenaire de toujours, le GIE Tourisme province  Nord. On y trouvera des produits de la mer, mais aussi des circuits avec guides dûment formés. Puis, en septembre (du 9 au 11), la fête culturelle Mole Djena («vivre longtemps»), réunira des artistes, musiciens, danseurs, sculpteurs, en partenariat avec le centre culturel provincial Pomémie. Enfin, l’archipel hébergera l’un des raids de la province Nord, le 29 octobre. Plus de cent concurrents sont attendus car la province affrètera un bateau pour l’occasion.

Le GIE Tourisme province Nord, en intégrant Bélep à ses « Week-ends découverte », lui a ouvert la voie du développement touristique.

Quelques musiciens

belep-franck-bouanaoue2Connaissez-vous le groupe « Etoile du Nord » ? Ces dix jeunes gens de Bélep enregistrent actuellement un troisième album, qui sortira en octobre. Ils font ensemble de la musique depuis 2001. Franck Bouanaoue se souvient : « On jouait avec des boîtes de conserve ». L’association de formation des musiciens intervenants (l’AFMI) les a pris sous son aile, à Koumac. Le groupe s’est produit à l’Ile des Pins en juin, il ira à Lifou en octobre. Une ouverture indispensable sur le reste du pays.

A Bélep, 51% de la population ont moins de trente ans, 77% moins de cinquante ans. La mairie voudrait garder ces actifs potentiels, en les formant. Carine Teanyouen et Sylvia Wahoulo ont ainsi bénéficié du dispositif « cadre  avenir » en France et travaillent aujourd’hui pour leur commune. La première a obtenu un diplôme universitaire technique (DUT) pour la carrière juridique et une licence en administration publique dans la région de Perpignan ; elle tentera probablement de passer les concours de catégorie A et B de la fonction publique. La seconde, comptable, a décroché à Marseille une licence de gestion des entreprises et administrations. Sylvia est très engagée dans la vie de Bélep ; elle s’occupe du club de volley filles.

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Histoire-géo

carte-belepDau Ar est une commune appartenant à l’aire coutumière Hoot Ma Waap. L’archipel s’étend sur quarante kilomètres de long, à quarante-cinq kilomètres au nord-ouest de l’extrémité nord de la Grande Terre. Il se compose d’une grande île, Art (ou Aar en nyelâyu), la seule habitée, dont le chef-lieu est Waala, de la petite île Pott (Phwoc), privatisée à l’époque coloniale, de Dau Ac et d’îlots rocheux. Du sol, on extrayait du cobalt à la fin du XIXème siècle. Le lagon de Bélep est l’une des six zones protégées au titre du patrimoine mondial de l’UNESCO1. Les pères maristes ont investi les Bélep en 1856 (avec le père Pierre Lambert) pour y fonder une mission. À la suite de la révolte d’Ataï en 1878, les autorités coloniales en ont fait un lieu de déportation des insurgés. En 1892, une léproserie est installée à Waala, l’administration française ayant décidé d’y envoyer toutes les personnes atteintes de cette maladie. Dans cet objectif (qui ne sera jamais obtenu étant donné l’éloignement de l’île, les coûts de transport et de ravitaillement des malades), les îles Art et Pott sont vidées de leurs populations, exilées à la mission de Balade. La léproserie fut définitivement fermée fin 1898.

1. L’organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

843 habitants

997ok

Population kanake ou métissée

8 tribus

District de Bélep : Saint-Joachim, Saint-Joseph, Saint-Louis, Saint-Pierre, Sainte-Anne, Sainte-Marie et Sainte-Thérèse. Elles se concentrent autour de Waala (également siège de l’ancienne mission) sur la côte ouest.

 

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