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Le pôle sanitaire de Koohnê, nouvel espoir de rééquilibrage (4)

Le chantier du fonctionnement Il aura fallu se battre pour construire le PSK, selon le souhait des élus. Il va falloir continuer à se battre, avec conscience et bonne...
L’association pour le traitement de l’insuffisance rénale (ATIR, déjà présente à Koumac et Poindimié) et l’Unité de néphrologie hémodialyse (UNH, société privée officiant aujourd’hui à Nouméa, La Foa et Bourail) ont été autorisées à exploiter une unité de dialyse au sein du PSK (dialyse médicalisée et hémodialyse de proximité). Leur site comptera dix postes de traitement.

Le chantier du fonctionnement

Il aura fallu se battre pour construire le PSK, selon le souhait des élus. Il va falloir continuer à se battre, avec conscience et bonne volonté, pour le faire fonctionner.

Quels sont les impératifs ? Convaincre la population, d’abord, d’utiliser le PSK et les deux autres sites du CHN, selon leurs champs d’action. Plusieurs arguments pèsent en ce sens. D’abord, le temps d’accès : grâce au nouvel équipement, les habitants du nord verront leur délai moyen de route vers un centre hospitalier réduit de plus de deux heures (aujourd’hui, certains résident à sept heures du premier hôpital). Ensuite, la réunion, sur un même site, Païamboué, d’une offre de soins mutualisée : un plateau technique qui fonctionnera vingt-quatre heures sur vingt-quatre et les principaux acteurs sanitaires et sociaux du pays (un centre médico-social, une unité d’hémodialyse, le bureau de l’ASSNC, etc.). Le troisième argument dépend de la réactivité de la province Nord. Elle s’est, d’une part, engagée à construire un centre d’hébergement à proximité du pôle sanitaire (voir notre encadré « Quelles implications pour les aménageurs provinciaux ? » ci-dessous) ; d’autre part, elle doit, depuis le début du projet, adosser à l’hôpital une gare routière, renforcer les moyens de transport pour faciliter les déplacements des patients, résoudre la question du logement du personnel du PSK…

Second impératif lié au précédent, il faudra trouver des médecins pour le pôle. On connaît les problèmes de recrutement en personnel médical des dispensaires du nord, c’est une situation inenvisageable pour le futur hôpital. La coordination avec le CHT est capitale : elle assurera la mobilité des équipes de spécialistes depuis Nouméa et la formation du personnel sédentaire du PSK (une centaine d’employés). Elle permettra aussi aux personnels du CHT et du CHN d’utiliser les mêmes systèmes d’information et protocoles médicaux. « Avec le statut actuel des praticiens hospitaliers, leur mobilité est fondée sur le volontariat, explique Jacqueline Bernut, présidente du conseil d’administration du CHT. Mais la coopération entre CHT et CHN ne sera pas une première : elle est déjà mise en œuvre par convention depuis 2012 pour la gynécologie-obstétrique. Le CHT met à disposition des médecins spécialistes pour assurer la prise en charge des femmes enceintes, des nouveau-nés et pour traiter les maladies gynécologiques dans le nord. La convention prévoit aussi les EVASAN vers le CHT des grossesses pathologiques, etc. Toujours dans l’objectif de développer, en faveur des zones d’attraction du CHN, une filière de soins cohérente. » Pour retenir les médecins, l’hôpital devra cependant franchir les seuils d’activité qui rendent attractif l’exercice médical.

De son côté, la direction du CHN doit satisfaire une longue liste d’actions, pour garantir la bonne marche de son nouvel  établissement :
-conduire le changement, pour que ses personnels s’accaparent le nouveau pôle sanitaire et opérer des recrutements complémentaires pour l’animer. Les programmes de formation à l’attention de candidats locaux sont désormais lancés, avec l’accompagnement de la Direction de l’enseignement et de la formation provinciale (la DEFIJ) mais il n’est pas certain que le CHN parvienne à combler les effectifs ;
-mettre en œuvre son projet médical, adopté fin 2015 et lui donner une dynamique ;
-veiller au respect du budget de fonctionnement, estimé à 1,2 milliard XPF annuel pour le seul PSK, dont 20% à la charge de la province Nord et 80% à celle de la CAFAT. Le CHN a été épinglé par la Chambre territoriale des comptes il y a quelques années et n’a cependant pas surmonté ses difficultés financières. Il vit sous perfusion des institutions, augmentant ainsi sa dette ;
-entretenir le complexe immobilier que la Nouvelle-Calédonie lui met à disposition, puisque le CHN en sera l’exploitant et administrer la relation avec ses différents locataires (ASS-NC, opérateurs de dialyse, CHS…). A ce jour, ces derniers n’ont reçu aucun projet de convention et ne peuvent pas même chiffrer le loyer dont ils seront redevables ;
-assurer enfin la logistique, depuis la restauration et la blanchisserie jusqu’au traitement de déchets parfois dangereux et inhabituels dans la région VKP.

Pour décider l’ouverture de l’hôpital de Poindimié, dans les années 90, deux questions faisaient hésiter les responsables de santé publique : la province Nord serait-elle en mesure de financer le fonctionnement de deux hôpitaux en dehors du grand Nouméa ? Le niveau d’activité des deux sites (Koumac et Poindimié) permettrait-t-il de recruter des médecins spécialistes (radiologues, gynécologues-obstétriciens, biologistes, psychiatres, ophtalmologues…) et de sédentariser du personnel qualifié ? Vingt ans après, l’on sait que la réponse est : « Non ». En 2017, pour le PSK qui sort de terre, les questions sont identiques, dans un contexte où la Nouvelle-Calédonie ne parvient pas à maîtriser ses dépenses hospitalières. Soyons optimistes.

Le point fort du PSK : les urgences

L’hôpital de Koné comportera un service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR). Les autorités locales se sont montrées pragmatiques. Plutôt que de coller aux standards français (l’implantation d’un SMUR exige que la zone desservie compte trente mille habitants au moins et que le temps d’accès à ce service n’excède pas quarante-cinq minutes), elles ont considéré la réalité locale : le PSK ne servira que seize mille cinq cents habitants situés à moins de quarante-cinq minutes de trajet mais le taux de recours aux services d’urgence est supérieur pour le CHN (environ 30% de la population de sa zone d’attraction), à ceux de Nouméa (20% environ) et de la France métropolitaine (24% environ). Le PSK sera une solution plus adaptée que l’évacuation des patients en masse vers Nouméa.

Quelle implication pour les aménageurs provinciaux ?

Les sociétés immobilières de VKP, Sodean et Nord Aménagement que l’on sait mal en point, interviennent-elles sur le chantier du PSK ? Non pour Sodean, oui pour Nord Aménagement, l’ex‑Saeml Grand projet VKP. La province Nord lui a confié la maîtrise d’ouvrage déléguée dans la construction, à côté de l’hôpital, d’un centre d’hébergement de quinze chambres (vingt-quatre lits) dédié aux patients en attente ou ensuite de soins (hospitalisés de jour, femmes en attente d’accoucher…) et aux familles de patients domiciliés loin du PSK. La province Nord finance ce chantier de 290 millions XPF grâce au contrat de développement 2011-2016 avec l’Etat. Les travaux ont commencé en mars 2017, pour s’achever normalement en juillet 2018. Ce centre proposera un logement à des tarifs inférieurs aux hôtels de la région. Il comprendra aussi une salle commune pour la détente et la restauration de ses locataires, une blanchisserie… « Le terrassement arrive à sa fin, précise Adrien Bouju, chargé d’opérations de Nord Aménagement. Les locaux collectifs seront construits en béton et les chambres en ossature bois. Bien sûr, l’architecture du bâtiment sera connectée à celle de l’hôpital. Mais il aura une structure très aérienne, intégrée dans le paysage, pour apporter de la sérénité aux gens qu’il hébergera. » Qui en sera le gestionnaire ? Le CHN ? La question reste posée.

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