Dossiers du mag'EconomieInstitutionsSanté / Médecine

Le pôle sanitaire de Koohnê, nouvel espoir de rééquilibrage (2)

Sans le Médipôle, pas de PSK ? L’assistance du CHT dans la mise en route du PSK est annoncée depuis 2012. Les parties (CHT et CHN) devaient négocier une...

Sans le Médipôle, pas de PSK ?

L’assistance du CHT dans la mise en route du PSK est annoncée depuis 2012. Les parties (CHT et CHN) devaient négocier une convention en fixant le champ d’application. « C’est bien toujours d’actualité, confirme Jacqueline Bernut, présidente du conseil d’administration du CHT. CHT et CHN ont travaillé un projet médical commun, dans l’objectif de créer une filière de soins territoriale, conformément à la planification quinquennale de l’offre de soins hospitaliers votée par le congrès en décembre 20165. Fin juin 2017, nous devrions examiner ce projet en conseil d’administration. » Mais que contiendra-t-il ? Le Médipôle devrait fournir des ressources humaines au PSK, lui transférer savoir-faire et technologie, l’accompagner dans l’élaboration de son projet d’établissement. Il continuera d’accueillir les patients dont les pathologies ne pourront pas être traitées dans le nord. La contribution du CHT ne s’arrête pas là. En adoptant en décembre 2016 – une première – des orientations pluriannuelles pour le secteur de la santé, les élus du congrès ont introduit le principe de faire peser sur le CHT une partie de l’effort de financement du PSK. Ils ont ainsi voté le gel du taux d’évolution des dépenses du CHT en 2018 et 2019 pour affecter les ressources rendues disponibles au PSK6. Le CHT ne recrutera pas en 2018 et 2019 ; le CHN pourra, lui, financer 1,2 milliard XPF de dépenses nouvelles et créer cent vingt postes pour l’entrée en fonctionnement du PSK. L’hôpital de Koné porte aujourd’hui, plus que Koniambo Nickel SAS, l’espoir de faire faire un bond au rééquilibrage économique en faveur du nord.

Rééquilibrage et filières de soins

C’est bien, en effet, le « rééquilibrage » (dont celui de l’offre de soins en Nouvelle-Calédonie) et le déploiement du bassin démographique de VKP, que les institutions mettent en avant pour justifier l’ouverture du PSK. « L’hôpital de Koné fera du CHN l’un des pions majeurs de la carte sanitaire de Nouvelle-Calédonie, indique Didier Darbon, chef de service de la tutelle et de la planification hospitalières de la DASS-NC. Il résulte d’un compromis entre l’objectif de faciliter l’accès aux soins de la population la plus large et les contraintes de sécurité inhérentes aux plateaux techniques hospitaliers. Selon nos études annuelles sur la situation sanitaire locale7, les indices d’équipement installé en Nouvelle-Calédonie sont très inférieurs aux indices métropolitains pour les spécialités de médecine, chirurgie et obstétrique. Idem pour l’hospitalisation de moyen séjour. » L’hôpital n’est toutefois pas un impératif de santé publique, quoi qu’en disent nos élus, même s’il répartira de manière plus homogène l’offre de soins en médecine, chirurgie et obstétrique dans le pays et permettra aux structures hospitalières du nord de mieux prendre en charge les urgences, volumineuses. Car aucun des indicateurs habituellement examinés pour implanter un hôpital de ce type n’était rempli pour la province Nord ; le faible taux d’hospitalisation du CHN à Koumac et Poindimié, malgré les besoins théoriques de la population du nord, ne plaidait pas en faveur de l’ajout d’un troisième établissement. La DASS-NC tempère ce raisonnement : « Ces éléments peuvent être objectivés. Par exemple, par l’apparition en province Nord de pathologies du vieillissement de plus en plus lourdes (cancers, maladies de l’appareil circulatoire et/ou respiratoire…) qui exigent une prise en charge spécialisée ; ou par l’accidentologie croissante, qui impose des soins traumatologiques en plateaux techniques ad hoc. Par la hausse du niveau d’exigence des populations en termes de santé, également… L’économie de la santé n’offre pas encore de modèle permettant d’estimer à court terme la valeur ajoutée qu’apporte une prise en charge sanitaire de qualité… On peut avancer que les investissements opérés depuis trente ans [les hôpitaux du nord, Ndlr] ont été utiles au maintien de la couverture des besoins sur les zones d’attraction de Koumac et Poindimié ». Mais aucun chiffre récent ne vient étayer ces arguments. La DASS-NC ne dispose toujours pas, trente-sept ans après l’implantation de l’hôpital de Poindimié, des outils d’aide à la décision, données et statistiques normalement nécessaires pour dimensionner une infrastructure comme le PSK. Elle dit tenter, depuis tout ce temps, « d’adapter l’organisation des soins en province Nord aux flux et à la géographie des patients, complexes ». C’est dans ce contexte que le plateau chirurgical de Koumac sera redéployé sur Koné, pour « maximiser son recours » et que l’établissement du CHN à Poindimié a été reconverti pour ne dispenser que les soins de moyen séjour8. «  La réflexion sur la nécessaire réorganisation du CHN, pour améliorer la couverture géographique de la population du nord et diversifier l’offre de soins, a débouché, après plus de sept ans de maturation, sur un consensus, celui de recomposer le dispositif hospitalier en implantant un nouveau plateau technique à Koné », indique la DASS- NC.

La construction de « filières de soins », élément de rééquilibrage mais surtout de rationalisation de la politique de santé publique, semble recueillir aujourd’hui l’adhésion des élus calédoniens. Dans cette construction, le pôle sanitaire de Koné a un rôle à jouer, aux côtés du Médipôle : la planification hospitalière pluriannuelle alloue ainsi au CHN six « chantiers prioritaires » sur les treize récemment votés par le congrès (voir notre encadré « Le CHN, priorité du congrès » ci-dessous). Le gouvernement fixe au PSK les objectifs d’un « établissement de proximité ». Il devra ainsi assumer 75% de l’activité chirurgicale et obstétricale correspondant aux besoins de la population du nord et 80% des hospitalisations en médecine.

Le CHN, priorité du congrès

Messieurs Yannick  Slamet (en photo), président de la commission de la santé de l’assemblée provinciale et Jean-Claude Athéa, nommé le 1er avril 2016 directeur des affaires sanitaires et sociales de la collectivité, suivent le dossier du CHN pour le compte de la province Nord.

Le 15 décembre 2016, le congrès a voté, au rang des priorités de santé publique, les mesures suivantes :
-doter le CHN des effectifs nécessaires à l’ouverture du pôle sanitaire de Koné au premier trimestre 2018 ;
-doter le CHS Albert Bousquet des effectifs nécessaires à l’ouverture de son antenne médico-psychologique dans le PSK et d’une unité de quatorze lits de remédiation cognitive et de réhabilitation psycho-sociale à Koumac ;
-doter le CHT Gaston Bourret d’une équipe de chirurgiens, anesthésistes, gynécologues, pédiatres et urgentistes en capacité d’assurer le fonctionnement et la permanence des soins sur le PSK en 2018 (en complément des moyens mobilisés en interne ou par la province Nord) ;
-organiser l’offre d’examens radiologiques du CHN (équipement, formation, télé-imagerie, supervision médicale et paramédicale) par le CHT Gaston Bourret ;
-développer des vacations de médecins spécialistes du CHT Gaston Bourret pour satisfaire la couverture des besoins du CHN (cardiologue, pneumologue, neurologue, ORL), en complément de l’offre locale libérale et des ressources provinciales ;
-développer la couverture gériatrique sur le PSK.

 

 

A lire aussi dans ce dossier :

Le pôle sanitaire de Koohnê, nouvel espoir de rééquilibrage (1)

Koumac et Poindimié, en sous-capacité

Le chantier du fonctionnement

5. La « planification de l’offre de soins hospitaliers publics et privés de la Nouvelle-Calédonie pour la période 2017-2022 » fait l’objet d’une annexe à la délibération du congrès n°196 du 15 décembre 2016 relative au taux directeur d’évolution des dépenses hospitalières pour l’exercice 2017.
6. Voir note précédente.
7. Voir la dernière étude de la DASS-NC relative à 2015 – http://www.dass.gouv.nc/portal/page/portal/dass/observatoire_sante/situation_sanitaire/
8. Moyen séjour : soins faisant suite aux opérations chirurgicales et obstétriques, médecine physique et de réadaptation…
Rubriques
Dossiers du mag'EconomieInstitutionsSanté / Médecine

A LIRE ÉGALEMENT

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales.

VISA Location