Dossiers du mag'EconomieSanté / Médecine

Le pôle sanitaire de Koohnê, nouvel espoir de rééquilibrage (1)

C’est un secteur en plein essor en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs. « La santé » embauche, construit, investit dans du matériel de pointe, qu’elle soit entre les mains de gestionnaires...

C’est un secteur en plein essor en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs. « La santé » embauche, construit, investit dans du matériel de pointe, qu’elle soit entre les mains de gestionnaires privés ou publics. En province Nord, même constat. Le besoin en actes médicaux y est avéré, en raison de la démographie croissante de la région VKP et parce que la population ne s’y porte pas très bien. Près de 35% des Calédoniens atteints d’obésité résident dans le nord ; la moitié des habitants de la province sont touchés par le surpoids, les enfants tout particulièrement ; les maladies liées à une mauvaise hygiène de vie (diabète, affections cardiovasculaires) y sont en expansion… Ajoutés à cela le nombre d’accidentés graves sur les routes qui bat des records nationaux et la consommation abusive de drogue (alcool, cannabis), devenue pour certains un mode de vie…
En parallèle, le financement des dépenses de santé locales, via la CAFAT, est en déroute. A ces maux, les pouvoirs publics pourraient apporter la solution d’une politique de prévention rigoureuse. Pour l’heure, ils privilégient la construction d’infrastructures de soins. Le Centre hospitalier du Nord (le CHN) se dote donc d’un « pôle sanitaire » à Koné, le « PSK », hôpital qui viendra, en 2018, compléter ceux de Koumac et Poindimié en en redistribuant les missions. Ses bâtiments sortent de terre, deux ans après la date initialement prévue. Quelles sont les questions majeures à résoudre pour le faire fonctionner, dans l’intérêt général ?

PSK, version 2012 contre 2017

En avril 2012, le concours pour attribuer le marché de conception de hôpital de Koné était lancé. Les partenaires s’était fixé d’en avoir choisi le titulaire en mars 2013 parmi trois candidats (ARBE, Colas NC et la Société calédonienne de bâtiment-SCB) pour démarrer le chantier de construction en septembre 2013. Livraison de l’hôpital : fin 2015. Le budget du programme d’investissement avait été estimé à 3,9 milliards XPF TTC1.

Cinq ans plus tard, délais et budget ont glissé. L’hôpital, dont la construction (finalement confiée en mai 2014 à un groupement d’entreprises piloté par la société OCR) a commencé mi-2015, ne sera livré que fin 2017. Il aura coûté plus de 6,5 milliards XPF TTC. Pourquoi ces écarts ? « L’appel d’offres de 2013 a été déclaré infructueux, aucun projet n’ayant été jugé acceptable au regard des critères définis dans le règlement de la consultation », nous disent en cœur l’ICADE2, maître d’ouvrage délégué et la direction des affaires sanitaires et sociales de la Nouvelle-Calédonie (la DASS-NC), en une formule laconique. En réalité, la proposition des premiers candidats à la réalisation du PSK dépassait 8 milliards XPF, coût bien plus élevé que celui envisagé dans le cahier des charges de la DASS-NC. Il faut dire que ce cahier des charges avait été défini sur la base d’une étude datant de 2007, réactualisée en 2011. La Nouvelle-Calédonie, maître d’ouvrage, a revu sa copie, une nouvelle consultation d’entreprises s’est imposée.
Pour ce qui est du projet d’hôpital, il est resté le même : une offre médicale de soixante-trois lits, un plateau technique, quatre blocs opératoires, un service d’urgence, une hélistation, une pharmacie, un laboratoire d’analyses médicales… S’est confirmée en 2013 l’annexion d’un centre d’hémodialyse, à la réserve près que son financement a été ajouté au budget de construction du PSK plutôt que d’être laissé à la charge des opérateurs concernés3. Au total, trois niveaux de bâtiments (9 400 m² contre 7 300 m² prévus initialement) sur les six hectares de terrain cédés gratuitement par la province Nord à Païamboué.

Partenaires et financeurs

La Nouvelle-Calédonie est le maître d’ouvrage du futur complexe hospitalier. Elle s’appuie sur un groupement de deux sociétés auxquelles elle délègue cette maîtrise d’ouvrage : l’ICADE, déjà mandatée pour la construction du Médipôle de Koutio et du pôle hospitalier privé de Nouville4 ; la SECAL, spécialiste calédonien de l’aménagement du territoire (dont la province Nord est actionnaire à 10%). L’investissement (6,415 milliards XPF HT) se répartit parmi les partenaires suivants :
-l’agence sanitaire et sociale de Nouvelle-Calédonie (l’ASS-NC), pour 3,724 milliards XPF contre 2 milliards XPF dans le projet initial ;
-l’Etat, qui maintient sa participation initiale de 897 millions XPF, prévue au contrat de développement avec la Nouvelle-Calédonie pour 2011-2016 ;
-le CHN, pour 1,420 milliard XPF (dont 100 millions assumés par l’ASS-NC) contre 625,2 millions XPF initialement ;
-la province Nord, pour 274 millions XPF, comme prévu en 2012 ;
-le centre hospitalier spécialisé Albert Bousquet (le CHS), qui disposera d’une antenne dans le PSK, pour 200 millions XPF (contre 100 millions initialement).
Le coût de construction stricto sensu correspond à environ 66% de ce budget, la différence rémunérant les intermédiaires (SECAL, ICADE), le contrôle technique, les assurances et couvrant les aléas de chantier.

Parmi les grands absents des instances de pilotage du projet de construction du PSK, les organismes d’assurance maladie (CAFAT, bureaux d’aide médicale) qui financeront pourtant 80% des soins de l’hôpital, donc l’essentiel de son fonctionnement.

1. Les Nouvelles calédoniennes du 13 février 2012 : Un hôpital à 3,6 milliards CFP en septembre 2015. http://www.lnc.nc/article/nord/brousse-et-iles/un-hopital-a-3-6-milliards-en-septembre-2015. VKP Infos n°26 –Août/Septembre 2012.
2. ICADE : groupe immobilier français, filiale de la Caisse des dépôts, qui conseille les collectivités publiques dans la construction de leurs établissements de santé.
3. Les deux opérateurs de dialyse qui coopéreront seront l’Unité de néphrologie hémodialyse (Unh, entreprise privée) et l’association pour le traitement de l’insuffisance rénale, l’ATIR.
4. Le PHP, pôle hospitalier privé, en construction, ouvrira ses portes mi-2018. Il réunira les cliniques de la Baie des Citrons, de l’Anse-Vata et de la Vallée des Colons (Magnin)

Lire la suite du dossier :

Sans le Médipôle, pas de PSK ? / Rééquilibrage et filières de soins

Koumac et Poindimié, en sous-capacité

Le chantier du fonctionnement

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