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Baco, un succès pour le foncier coutumier

Baco, c’est « mon peuple », en paicî. La tribu est implantée de longue date, à Koohnê, sur un site au  confluent de  flux migratoires. Elle a donné l’hospitalité...

Baco, c’est « mon peuple », en paicî. La tribu est implantée de longue date, à Koohnê, sur un site au  confluent de  flux migratoires. Elle a donné l’hospitalité à des personnes venues de toute part et, par son  ouverture sur l’extérieur, a joué un rôle dans les évènements qui ont rythmé l’histoire de la Nouvelle-Calédonie. Depuis dix ans, les clans de Baco s’investissent dans le développement de VKP. Ils sont  reconnus comme précurseurs  dans la valorisation du foncier coutumier, entrepris grâce à l’accompagnement  de  la  Saeml  Grand  projet VKP (actuelle Nord Aménagement). Et leur vision paye…

Au début des années 80, la tribu disposait d’un foncier réduit, circonscrit par le village et les propriétés des colons. Quand les  rétrocessions foncières ont commencé, sous l’égide de l’agence de développement rural et d’aménagement foncier (l’ADRAF), certains de ses clans ont déposé  des  revendications, en particulier sur une  partie de l’immense station d’élevage de  la  famille  Ballande (1 400 hectares).

La période, trouble, divise la population de la tribu politiquement. « Devant les  germes  de discorde, les vieux ont décidé  que les quatre  clans hôtes de la tribu, qui regroupent ses vingt-trois clans, représenteraient tous les  habi­tants dans les  négociations sur la  répartition des  terres, au moment de la  rétrocession de la station  Ballande  », explique Antoine  Poady, le mandatai­re  du groupement de droit particulier local  (GDPL)  Bako.  L’ADRAF avait demandé  aux  clans de constituer un  groupement d’intérêt économique (GIE) pour leur  céder les  terres redevenues coutumières (les GIE seront remplacés par les  GDPL après 1982). Tous ont donc été associés, qu’ils aient revendiqué des terres ou non. La répartition du  début des années 80 prévaut encore aujourd’hui. Baco rassemble quatre  GDPL claniques, qui détiennent 80 % du foncier rétrocédé : Wabealo, Poaxou (Poadjane), Poa Vi Dapthia et Bako.

Antoine Poady, mandataire du GDPL Bako, apprécie le chemin parcouru depuis 1980. « A l’époque, nous  revendiquions la propriété Ballande. Aujour­d’hui, cette famille revient, pour implanter ses enseignes sur notre foncier. »

Fin 1988, la provincialisation s’impose. Les  clans de Baco nouent des contacts avec  l’exécutif provincial. « Les tentatives d’exploitations agricoles sur nos  terres avaient, jusque-là, échoué, reprend Antoine  Poady. Les clans ont pensé que la  meilleure manière de les valoriser était d’accompagner le développement de  Koohnê. Jean-Marie Tjibaou nous l’avait dit quand il  était  président de la  région  Nord.  » Une  «  mission  d’aménagement de la  province Nord  et des îles  », constituée dans  le  cadre de la politique des «  villes nouvelles de France  », étudie la  création d’un pôle urbain à  Koné. Il  s’appuiera sur la construction d’une  route transversale (la Koné-Tiwaka) qui liera l’ouest (de  Poya à Koumac) et l’est (de  Poindimié à  Hienghène). Cependant,  le coup d’accélérateur ne vient qu’après 2001, avec le  projet d’usine du  Nord. Les clans de  Baco rappellent à l’exécutif provincial leur souhait de participer au développement de la région.

Le parc d’aménagement, un bond en avant

A partir de 2004, la province Nord, sa  «  cellule Koniambo » dédiée à l’aménagement de  VKP (alors dirigée par Bernard  Boué-Mandil), les quatre GDPL  claniques de Baco, la mairie de Koné et l’ADRAF se réunissent mensuellement, à la maison commune de Baco, pour tenter de mettre en valeur le foncier de la  tribu. L’entrée en matière est délicate  : les  chefs de  clans sont perplexes étant donné les  échecs précédents, certains GDPL vivent des conflits internes… « On  s’est beaucoup disputé, mais cela faisait par­tie du processus, se souvient Patricia Goa, élue provinciale et l’une des responsables du GDPL  Bako. Une fois les divergences exprimées, nous avons pu nous fixer des  objectifs sans revenir dessus. Notre force, à  Baco, c’est d’avoir compris que nous de­vions nous rassembler, car nous sommes liés coutumièrement et habitons à côté les  uns des autres. »

Sur proposition de la société d’économie mixte provinciale, la « Saeml VKP » (devenue Nord Aménagement en 2016), les discussions abordent  la  construction d’une  zone  d’activités  (la ZA Baco) sur les  terres claniques.  Les  GDPL, accompagnés par la  Saeml VKP, acceptent le  prin­cipe de mettre leur foncier à disposition  du  monde  économique, contre un loyer, puis osent davantage : ils forme­ront des sociétés civiles immobilières qui deviendront copropriétaires des bâtiments des entrepreneurs qui souhaitent s’instal­ler sur VKP. La zone d’activités de Baco nait, le long de la transversale Koné-Tiwaka.

« Notre force, à Baco, c’est d’avoir compris que nous devions nous rassembler »

La  réflexion se poursuit par un projet d’envergure : le parc d’aménagement de  Baco. Il n’implique, cette fois, que le  GDPL  Bako (soit six clans). La Saeml  VKP anime un  groupe de travail avec des  architec­tes urbains, pour déterminer à quels usa­ges affecter le foncier  : habitat, acti­vités écono­miques, culturelles, sociales… Le  GDPL les  aide à comprendre l’historique du foncier et à appréhen­der tous les  facteurs qui peuvent impacter sa mise en  valeur. «  Il  ne  faut pas qu’un clan soit gêné irrémédiablement par l’installation d’une  activité », prévient Antoine  Poady. Suivent les  négociations avec des investisseurs, dont des  grands groupes calédoniens  (Ballande, Hayot, Ubinger,  etc.). «  La  collaboration entre ces deux mondes  était assez inattendue  », sourit Patricia Goa.

Quand la raison l’emporte

Le parc d’aménagement occupe aujour­d’hui  quatre-vingts hectares. Certains lots sont encore disponibles. Il héberge des  structures importantes pour l’expansion économique de VKP : l’antenne de l’Université, la gare routière, l’agence  Enercal…  Le GDPL Bako est présent dans les sociétés qui en ont bâti les  murs. Antoine Poady et Patricia  Goa, fiers  de ce succès, sont unanimes : «  Nous  avons mouillé la chemise et avons dépassé nos a priori. Nous sommes allés chercher les  forces vives de la tribu et des  compétences extérieures. » De fait, le  GDPL Bako et Nord Aménagement ont joué un rôle de facilitateur pour les entrepreneurs qui leur ont fait confiance. «  Nous  n’oublions pas qu’ils ont mis beaucoup d’argent dans les opérations que nous avons réalisées ensemble, déclare Antoine  Poady. Nous devons leur  garantir de la  stabilité.  »

Dans ses sociétés, le  GDPL Bako ne verse pas  de divi­dendes pour l’instant. Il pri­vilégie le  remboursement des emprunts et la  constitution  d’une trésorerie qui servira,  ultérieurement, de nouveau projets. Car  le processus a de l’avenir. «  Nous  avons encore six cents hectares à parta­ger. Certaines terres seront dédiées à l’agri­culture après construction du  barrage de  Pouembout  ; d’autres à une  ferme photovoltaïque. Le  reste sera redistribué aux  six clans par tirage au  sort  », expose Antoine Poady. Désormais, Nord  Aménagement peut promouvoir ce  modèle de valorisation du foncier coutumier partout en province Nord.

Le foncier de Baco, c’est en 2017 5 000 hectares, contre 800 en 1980.

Le parc d’aménagement de Baco était inclus au programme chargé du Premier ministre, en visite quatre jours en Nouvelle-Calédonie début décembre 2017. Monsieur Edouard Philippe est venu constater l’avant-gardisme de VKP dans la valorisation des terres coutumières.

Vous voulez investir sur le parc d’aménagement de Baco ? Contactez Nord Aménagement. Tél. 47 58 00.

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