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Nickel, la fin des cycles ?

De 2011 à 2015, la production mondiale de nickel a avoisiné les 2 millions de tonnes annuelles et accumulé les surplus. Conséquence : les stocks ont doublé sur les marchés...

De 2011 à 2015, la production mondiale de nickel a avoisiné les 2 millions de tonnes annuelles et accumulé les surplus. Conséquence : les stocks ont doublé sur les marchés et atteignent aujourd’hui 380 000 tonnes. Les opérateurs se sont vus contraints de réduire leur production de 6%. En 2016, la demande d’acier inoxydable, débouché du nickel à 70%, a retrouvé de la vigueur ; ce métal trouve de plus en plus d’applications ; les fabricants de batteries en consomment 20% supplémentaires chaque année. Le marché du nickel est donc déficitaire. Dans ce contexte, les cours auraient dû se ressaisir.
Las ! Que se passe-t-il ? C’est que la donne change, car l’offre change. Depuis le début des années 2000, date du lancement des projets calédoniens Goro et Koniambo Nickel, les pays producteurs ne sont plus les mêmes, ni les acheteurs. L’Indonésie et Les Philippines pèsent désormais 30% de la production mondiale ; ils destinent leur nickel à la fabrication, en Chine et en Indonésie, de fontes de nickel, ce « Pig iron » qui vient se substituer au nickel raffiné. Cette production très polluante est moins onéreuse ; elle s’appuie sur une main d’œuvre aux conditions de travail discutables. La Chine s’est imposée, en dix ans, comme le premier consommateur de nickel et comme un producteur majeur. Comment la Nouvelle-Calédonie se fait-elle sa place, sur ce nouvel échiquier ?

Les producteurs de minerai et métallurgistes calédoniens sont suspendus aux choix industriels de la Chine, des Philippines et de l’Indonésie, qui déterminent le prix du nickel. Depuis janvier 2016, les cours gravitent autour de 9 500 dollars US la tonne (soit environ 4,3 dollars la livre). Mi-2016, un épisode a laissé espérer une hausse favorable à notre économie locale : la ministre de l’environnement des Philippines, Régina Lopez, a fermé six mines jugées trop polluantes dans son pays et lancé l’audit environnemental de toutes les autres. Pratiquement aucune des mines philippines n’a passé l’examen. Madame Lopez, passionaria du nickel, a exigé leur fermeture, avec, à la clé, une chute potentielle de production de cent dix mille tonnes sur le marché mondial (environ 6% du total annuel produit). A cette annonce, les cours du nickel n’ont fait qu’un bond, dépassant 11 000 dollars la tonne. Mais, dixit Andrew Mitchell, analyste de Wood Mackenzie, l’une des banques spécialistes du nickel, ce marché a une forte propension à « se tirer une balle dans le pied ». Ainsi, dans le même temps, l’Indonésie revenait sur son interdiction d’exporter du minerai brut. Ce ban, décidé en janvier 2014, devait obliger les acheteurs, principalement chinois, à construire des usines sur le sol indonésien, pour y laisser de la valeur ajoutée. Résultat : les cours mondiaux ont chuté sous 9 000 dollars US la tonne. Aux Philippines, l’eau a coulé sous les ponts, le congrès a préféré les arguments des industriels (1,5 million d’emplois menacés en cas de fermeture des mines) aux invocations de Régina Lopez, limogée. Comment le président Rodrigo Duterte, surnommé le «Trump philippin » tranchera-t-il l’affaire ? Les professionnels du nickel prédisent le retour à une politique favorable aux mineurs et, en Indonésie, la reprise des exportations de minerai.

La Calédonie opte pour la rigueur

La production de Pig iron chinois aurait ainsi de beaux jours devant elle. De surcroit, l’industrie du nickel reçoit beaucoup de subventions publiques, y compris en Chine ; les producteurs, même peu rentables, continuent donc d’ajouter impunément leur nickel à un marché qui n’en a pas besoin. Les cours moyens s’enlisent et pourraient rester quelque temps autour de 9 500 dollars US la tonne. Or, à ce prix, tous les métallurgistes calédoniens perdent de l’argent. C’est pourquoi ils ont entrepris de réduire leurs coûts de production, chacun avec sa méthode : nouveaux « scalpers » et rythmes de travail pour NMC, « plan performance 2018 » et « rituels de suivi » pour la SLN, programmes « Lominger » et « Safe nickel » pour Koniambo Nickel SAS. Le discours est le même, indépendamment des concepts de gestion mis en avant : pour survivre, les Calédoniens doivent produire à un coût compris entre 4 et 4,5 dollars la livre (soit entre 8 800 et 9 900 dollars la tonne). Long chemin  : la SLN produisait à 6 dollars la livre en 2016 ; Koniambo Nickel SAS, avant d’atteindre l’objectif de coût imposé par les marchés, doit faire produire son usine de Vavouto à pleine capacité et ce ne sera pas le cas en 2017. Pour NMC, la question se pose avec moins d’acuité car son actionnaire à 49%, l’aciériste Posco, est aussi son acheteur exclusif de minerai. La société dirigée par André Dang pèche d’ailleurs plutôt par son manque d’anticipation sur les investissements : aujourd’hui, elle doit dépenser, rattraper le temps perdu pour être en mesure de doubler sa production tout en baissant ses coûts. Car il faut tenir l’engagement contractuel d’approvisionner l’usine coréenne de la SNNC, propriété à 51% de la société-mère SMSP.

Il n’est pas illégitime de se demander quel est l’impact de ce changement de paradigme du marché du nickel sur les retombées économiques du « projet Koniambo ». La SMSP, son actionnaire majoritaire, annonçait en 2014 un retour sur investissement de près de 7%, fondé sur un cours du nickel à 9 dollars US la livre. Voilà qui lui permettait de payer son investissement dans Koniambo Nickel SAS en vingt-cinq ans. Lorsqu’on l’interroge, aujourd’hui, sur l’actualisation de ses projections avec un cours durablement installé à 4,5 dollars la livre, elle ne répond pas et rappelle simplement que la construction du complexe de Vavouto a déjà rapporté 230 milliards XPF à la Nouvelle-Calédonie.

 

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« NMC n’a qu’une option : se rénover, travailler mieux et produire plus »

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