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Pourquoi s’intéresser au parc naturel de la mer de Corail ?

Le 23 avril 2014, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a créé le « parc naturel de la mer de Corail ». C’était normalement le point de départ d’une politique...
L’îlot Leleizour, dans les Atolls d’Entrecasteaux, est une réserve intégrale, comme l’îlot Surprise. La circulation y est interdite. Ils s’étendent sur 0,5 km².

Le 23 avril 2014, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a créé le « parc naturel de la mer de Corail ». C’était normalement le point de départ d’une politique rationnelle de surveillance et d’exploitation des espaces marins dont la France et la Calédonie sont coresponsables1. Le 11 octobre 2016, puis le 8 décembre, des représentants du comité de gestion du parc étaient sur VKP pour expliquer le travail fourni depuis deux ans et demi. Un enjeu : préparer l’enquête publique qui aura lieu en février 2017 sur le projet de plan de gestion de cette immense zone maritime.

Le parc naturel de la mer de Corail est une aire marine protégée de 1,3 million de kilomètres carrés, la plus grande de France et la deuxième du monde. Elle s’étend sur la zone économique exclusive de la Nouvelle-Calédonie. Les gouvernements français et calédonien l’ont instaurée pour « concilier développement économique, social et préservation de cet environnement exceptionnel ». De fait, cet espace marin héberge vingt-cinq espèces de mammifères marins, une cinquantaine d’espèces de requins, une vingtaine d’oiseaux nicheurs, cinq de tortues et 41% des récifs coralliens de Calédonie, particulièrement menacés. On y trouve aussi des écosystèmes jusqu’à 7 919 mètres. Avec ce parc, la France a considérablement renforcé son réseau d’aires marines protégées, le haussant de 4 à 16% des eaux sous sa juridiction.

Le 8 décembre, la direction des affaires maritimes du gouvernement néocalédonien, dont un service assure le secrétariat du comité de gestion du parc naturel de la mer de Corail, délivrait de l’information au public dans la galerie Téari à Koné, avant de poursuivre à 17h au lycée Michel Rocard à Pouembout.

A sa création, les environnementalistes, tout en saluant l’initiative, soulignaient que le parc était une coquille vide à laquelle il ne faudrait pas tarder à attribuer des moyens ; ils demandaient du discernement dans le choix des zones à protéger en priorité. Depuis, un comité s’est constitué pour sa gestion, avec trente-deux membres désignés pour cinq ans et répartis en quatre collèges : institutionnel (le haut-commissaire et le président du gouvernement calédonien sont coprésidents du comité), coutumier (les présidents des huit aires coutumières), scientifique et le dernier issu de la société civile. Il avait trois ans pour proposer un plan de gestion du parc, dans l’objectif d’y réglementer l’activité humaine2. Ce plan est « en cours d’écriture » selon les affaires maritimes, pour une validation gouvernementale espérée en 2017. D’où l’organisation prochaine d’une concertation publique à son sujet.

Avant le plan, l’état des lieux

C’est à la demande de son collège coutumier qu’une présentation des travaux du comité de gestion s’est déroulée à Koné en octobre 2016, à la direction de la culture provinciale. Plus précisément, on y a parlé de la dimension culturelle du parc naturel, sur le fondement des recherches de mademoiselle Marlène Dégremont, doctorante en anthropologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Marseille et stagiaire à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), qui écrit sa thèse sur la gouvernance des espaces marins en Polynésie française et en Nouvelle-Calédonie. Quoiqu’inhabité, cet espace  marin compte en effet dans la vie des Calédoniens, en particulier celle des Kanak. Comment perçoivent-ils cet environnement ? Quel est le patrimoine immatériel en jeu ? Marlène Degrémont a travaillé ces questions pendant six mois, au sein des aires Hoot Ma Waap et Paicî Cèmuhi. «  Le parc contient peu de terres émergées, environ 5 km². Pourtant les échanges sont nombreux entre la population et les éléments naturels. » En s’appuyant sur une carte toponymique établie par la direction des infrastructures et de la topographie du gouvernement (la DITTT) en 1989, la jeune chercheuse a identifié ces échanges, jusqu’aux cimetières marins situés sur les passes des grands récifs. « Les noms donnés aux lieux sont autant de clés qui permettent de saisir la richesse de ce patrimoine unique. » Marlène Dégremont retient que  la Nouvelle-Calédonie est la « pirogue du Pacifique » avec la Grande Terre pour structure à  plat et les îles Loyauté pour balancier. « L’image est souvent revenue dans les entretiens, comme un lien entre terre et mer. » Désormais, il faudra inclure ce patrimoine dans le projet de gestion du parc naturel. La doctorante propose des régates symboliques dans ses eaux ; également, une étude sur les espèces totémiques que le parc comporte. D’autres idées ont émergé de la discussion à Koné, comme la confection d’une carte marine en langue, des actions de communication sur les zones de cogestion coutumière, les espaces tabous… Les coutumiers voudraient voir la démarche d’étude de mademoiselle Degrémont étendue à toute la côte Est.

Aurélie Fourdrain, des affaires maritimes, a aussi rencontré des représentants coutumiers en décembre, à Gatope, pour leur exposer les enjeux du parc naturel de la mer de Corail. Ils ont témoigné de leur volonté de participer à l’élaboration du plan de gestion du parc, via la consultation publique prévue mi-février 2017.

Au final, trois ans après la création du parc naturel, les aires protégées ‒ les Atolls d’Entrecasteaux ‒ ne représentent que 3 240 km², soit 0,25% de sa surface. Pour y aller, les navires et plaisanciers doivent se déclarer aux affaires maritimes3 et respecter sur place la vitesse limitée, les zones de mouillage, les itinéraires de visite, l’interdiction de nourrir les animaux ou de les effrayer d’une quelconque manière, comme le rappellent les panneaux d’information installés sur les îlots. La pêche professionnelle y est interdite. Plus généralement, dans le parc, on ne peut plus pêcher requins, tortues et baleines et les navires locaux sont surveillés de près (suivi satellites, interdiction d’utiliser certains outils de pêche…). Mais le chemin est encore long pour préserver la biodiversité du parc avec l’ambition qu’elle mérite.

1. En vertu de la loi organique 99-209 du 19 mars 1999, l’Etat et la Nouvelle-Calédonie se partagent les compétences en matière maritime (gestion des eaux territoriales, de la zone économique exclusive, police et sécurité de la circulation maritime, sauvegarde de la vie en mer, réglementation des droits d’exploration, d’exploitation, de gestion et de conservation des ressources naturelles…). Toutes informations sur le parc naturel à affmar.gouv.nc.
2. Conformément à l’arrêté 2014-1063/GNC du 23 avril 2014 portant création du parc.
3. Il faut pour cela envoyer un mail, quinze jours avant sa visite, à : parc_mer_de_corail.dam@gouv.nc.

Sous l’œil d’une ONG

Pour créer le parc naturel de la mer de Corail, le gouvernement calédonien a reçu l’appui de l’organisation non gouvernementale Pew4 et de l’agence des aires marines protégées française, établissement public qui a, depuis, vu ses missions transférées à l’agence française pour la biodiversité5. Sous tutelle du ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, la nouvelle agence doit contribuer à décliner, en France métropolitaine et dans l’outremer, la convention sur la diversité biologique signée au sommet de la Terre à Rio, en juin 1992, ainsi que la stratégie européenne pour mieux protéger la biodiversité.

4. http://www.pewtrusts.org/en/
5. Par la loi n°2016-1087 du 8 août 2016 pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages.

Gestion du parc : aspects financiers

C’est le gouvernement calédonien qui assure le financement de la gestion du parc naturel. Pour l’année 2015, son budget primitif avait prévu d’affecter environ 50 millions CFP à la création de l’espace protégé et à l’utilisation du navire Amborella, chargé des opérations de suivi du parc. En fait, 25 millions CFP ont été dépensés seulement, essentiellement pour réunir le comité de gestion, procéder à des actions de communication et maintenir l’Amborella. Le budget primitif 2016 ne prévoyait que 31 millions CFP pour  les mêmes postes de dépenses : principe de réalité ou restriction budgétaire ? Quoi qu’il en soit, ces moyens permettront-ils d’atteindre dans les temps les objectifs fixés à la création du parc naturel de la mer de Corail ?

Cinq minutes pour se faire une idée

Vous voulez visualiser le parc naturel de la mer de Corail et ses enjeux ? Regardez sur Youtube le film (5 min 30 s) Paradis originels, les récifs du parc naturel de la mer de Corail, qui a remporté le prix du documentaire du festival international d’Hyères du monde sous-marin et du patrimoine maritime, début juin. Réalisé sur fonds gouvernementaux par Florent Cadé.

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