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Ambitions louables, résultats poussifs

Dans leur contenu, les objectifs du schéma provincial de gestion des déchets ne sont pas ambitieux : il s’agit essentiellement de rattraper le retard accumulé en matière d’ordures ménagères, surtout...

Dans leur contenu, les objectifs du schéma provincial de gestion des déchets ne sont pas ambitieux : il s’agit essentiellement de rattraper le retard accumulé en matière d’ordures ménagères, surtout pour le nouveau pôle économique de VKP. Mais ce retard est tel que le calendrier  prévu était, lui, courageux, dans une province qui doit construire tout à la fois.

L’éco-organisme Trecodec a pourvu les communes du nord d’une cinquantaine de points d’apport volontaire pour les piles, huiles usagées, batteries, véhicules hors d’usage et pneus.

L’éco-organisme Trecodec a pourvu les communes du nord d’une cinquantaine de points d’apport volontaire pour les piles, huiles usagées, batteries, véhicules hors d’usage et pneus.

En pratique, la province Nord programmait, avant fin 2017, de soutenir la construction d’infrastructures, essentiellement trois installations de stockage des déchets non dangereux (ISDND) supplémentaires, pour y rattacher les quatorze communes non desservies : une sur VKP ; une à Touho et la dernière à Canala, ces deux derniers projets étant déjà financés et engagés en 2012. Elle programmait aussi de pourvoir les communes sans ISDND (treize au total) de centres de tri et de transfert des déchets. En termes financiers, c’était faire passer le budget annuel total de fonctionnement des communes consacré à la gestion des déchets de 280 millions CFP (soit 6 200 CFP par habitant) à 470 millions CFP (soit 10 400 CFP par habitant), une augmentation de 60% sur cinq ans. Le montant des investissements en équipement envisagés était estimé à 2,2 milliards CFP, à financer en partie par la province Nord.

L’installation de stockage des déchets de Canala est la dernière à être entrée en service, en novembre 2015.

L’installation de stockage des déchets de Canala est la dernière à être entrée en service, en novembre 2015.

Cinq ans plus tard, la population et l’activité économique ont augmenté dans le Nord : le dossier « déchets » a piétiné. C’est le service du développement durable de la direction provinciale du développement économique et de l’environnement (DDEE) qui orchestre la mise en œuvre du schéma de 2012. La petite équipe de Lady Pouye et Candina Néaoutyine s’efforce de faire progresser la concertation avec les communes et prospérer la logique de « mutualisation des moyens, de mise en réseau, pour amener tout le monde à la même dynamique ». Il lui manque cependant l’implication des élus et des compétences en nombre suffisant pour convaincre tout le monde sur le terrain et faire évoluer les mentalités à grande vitesse. Le budget provincial alloué à la gestion des déchets reste limité, même s’il augmente au fil du temps. En 2015, il pesait 63 millions CFP, soit 19% des dépenses pour « l’environnement » et 3% du total du budget de la DDEE (2,068 milliards CFP)1. Les résultats se font par conséquent attendre. Les ISD de Canala et Vieux-Touho sont entrées en service, mais avec deux ans de retard et sans centre de tri, l’une mi-2014, l’autre en novembre 2015. Pour Voh, Koné, Pouembout et Poya, c’est la bérézina : non seulement la livraison de l’ISD n’est-elle pas intervenue en janvier 2016, comme planifié, mais les protagonistes (province Nord, SIVOM-VKP, communes concernées et l’entreprise Nord Avenir, pressentie pour porter le projet) ne se sont pas même entendus, ni sur les modalités de construction, ni sur le site à retenir. La construction des déchèteries municipales peine aussi : seule Poum a inauguré la sienne en septembre 2016. Son corollaire, la réhabilitation des dix-sept décharges communales insalubres, qui devait avoir abouti mi-2016, vient de commencer avec celle de Touho, critique car elle est située près de la mangrove, dans la zone côtière classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le sentiment qui domine est celui de l’inertie provinciale. La prise de conscience progresse néanmoins depuis l’adoption du schéma car les communes travaillent désormais leur « schéma local de gestion » dont le fil conducteur est la mutualisation des opérations avec leurs voisines. C’est l’exemple de Pouébo et Ouégoa qui se tournent vers le SIVM-Nord ; de Canala et Kouaoua qui ont créé le SIVOM Centre Est. Tout est seulement très long, ce qui suggère une volonté politique pas très affirmée.

Le lycée agricole de Pouembout développe depuis 2011 une unité de compostage de déchets verts, pour appréhender la technique dans les conditions climatiques calédoniennes et confirmer sa pertinence économique. Il s’agit de créer une filière de valorisation de ces déchets, le compost étant livré aux pépiniéristes et agriculteurs.

L’un des volets du schéma provincial a bien fonctionné : l’instauration, depuis 2013, de cinq filières de collecte, tri et traitement de déchets dangereux sur les six envisagées via l’éco-organisme Trecodec. En 2017, la collectivité devrait y inclure les déchets d’équipement électriques et électroniques ; elle diligente depuis 2015 avec les communes une opération de ramassage des déchets de gros électroménager accumulés sur leur territoire. La province Nord mise aussi sur les partenariats pour promouvoir la réduction de la production de déchets. Pour son compte, le centre d’initiation à l’environnement (CIE), association de la vie civile, fait campagne sur cette nécessité. L’Etat l’aide, via l’ADEME (agence pour la maitrise de l’environnement et de l’énergie, cf. l’article « Déchets, l’Etat en soutien »), à introduire la pratique du compostage dans les esprits.

Lire aussi dans ce dossier :

-Déchets, cette face gênante du développement

-Déchets, les questions en suspens

-Déchets : l’Etat en soutien

1. En 2014, les dépenses liées à la gestion des déchets étaient de 33 millions CFP, soit 11% du budget environnement et 1,5% du budget de la DDEE. Source : rapports d’activité des services de la province Nord pour 2014 et 2015.
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