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VKP dévoile son futur aérodrome

La fréquentation de l’aérodrome de Koohnê croît de 3 % l’an. Le trafic aérien de la région ne peut plus se satisfaire de l’infrastructure actuelle, hors norme, coincée entre...
La fréquentation de l’aérodrome de Koohnê croît de 3 % l’an. Le trafic aérien de la région ne peut plus se satisfaire de l’infrastructure actuelle, hors norme, coincée entre la piste et la route territoriale n°1. Aussi la Nouvelle-Calédonie lance-t-elle la construction d’une nouvelle aérogare, au pied du massif du Koniambo. Visite sur plan du futur joyau de VKP.

Son architecture ne laissera rien au hasard… Karine Féré Demortier, l’architecte mandataire du groupement de maîtrise d’oeuvre qui a remporté l’appel d’offres pour la conception de l’aérodrome de Koohnê, explique la genèse de son projet : « Il est issu de la rencontre entre un lieu, le massif du Koniambo et les hommes attachés à cette terre, dont les coutumiers et propriétaires terriens. J’ai d’abord travaillé avec eux, je les ai écoutés. Ils m’ont parlé de l’âme et de la mystique du lieu. Je me suis immergée dans l’univers du Koniambo, sa nature, sa lumière ». Car la « méthode Karine Demortier » consiste à restituer, par le dessin, l’âme d’un site pour donner au bâtiment à construire sur ce site une résonnance culturelle incontestable. « Je voulais réveiller les forces qui sommeillent au pied du Koniambo et les cristalliser dans notre projet », sourit-elle, sûre de son intuition.

L’œil du lézard. A l’approche de l’aérogare, le voyageur passe sous une pergola ronde, qui symbolise l’œil bienveillant du maitre des lieux, le lézard, totem de certains clans de la région. Sa pupille sera le centre des échanges, comme ce site l’était autrefois. La pergola est adaptée pour accueillir des manifestations culturelles et des spectacles de danse mais elle constituera aussi un espace commercial où les artisans de la région vendront leurs productions. « Les coutumiers des lieux m’ont appris que huit sources coulent sur le massif du Koniambo ; elles jailliraient du tréfonds de l’œil du lézard, révèle Karine Féré­ Demortier. Nous les avons figurées sur le parvis, par un mur minéral avec huit rythmiques fluctuant au gré de l’altimétrie de chaque source. » Dans le décor, la mine n’est pas oubliée : la géométrie des poteaux qui couvrent le parvis rappelle celle des convoyeurs de minerai qui descendent les montagnes. Entre eux, un matériau translucide ajoure la façade d’un jeu d’ombre et de lumière évoquant l’ancien chemin de fer qui transportait le minerai.

Vue du ciel. Un aérodrome s’aborde aussi depuis les airs. Les espaces paysagers du parvis s’inspirent donc des paysages fabuleux que l’on découvre dans les environs, avec leur palette de couleurs. En effet, l’entrée de l’aérogare dessine des bras de mer sinueux, les routes minières.

Pénétrons dans l’aérogare. Son hall fait la part belle au monde minéral. Il est tapissé d’un mur en pierre sèche, utilisée comme fondement de certaines cases kanakes, dont on trouve de nombreux gisements sur la route du col d’Atéou. Il abritera, au fond, le bureau d’information, l’accès au contrôle de sureté, la sortie de la salle de débarquement. Du hall au tarmac, un mur en béton de terre rappelle les ocres de la terre environnante.  Il limite, par son épaisseur (40 cm), les effets sonores des avions et les apports thermiques. L’architecte a également choisi le béton de terre pour conférer à l’aérogare une ambiance intime. Le hall bénéficie d’une ventilation naturelle grâce à une résille en bois, sur sa partie haute. L’ensemble cultive le bien-être du voyageur.

Prêt pour s’envoler ? La salle d’embarquement, espace d’attente, entretient la contemplation. Bas-reliefs, motifs des poteries Lapita… « Cette salle pourra héberger des expositions d’œuvres d’artistes locaux. Nous serions ravis de mettre ainsi à la portée du grand public des fragments d’art et d’histoire locaux. Ils viendront compléter notre approche architecturale qui ajoute une pierre à l’édifice du destin commun », souligne Karine Féré Demortier.

Bienvenue au voyageur ! Le passager qui débarque est aussitôt immergé dans l’univers du Koniambo. Le lézard, dessiné par l’ossature de la case, l’enveloppe de son œil bienveillant ; le pic Bwena lui apparait dans les jeux de géométrie sur la toiture. Dans la salle d’arrivée, le nouvel arrivant lira, sur un pan de mur dédié, des explications sur les tribus du massif de Koniambo.

Les zones techniques. Elles ont demandé un travail particulier à l’architecte, en collaboration avec les équipes techniques de l’aérodrome, car celui-ci est avant tout un outil de travail. « Nous devons concevoir un lieu pratique, ergonomique. Nous nous sommes rendus à l’aérodrome de Magenta par exemple pour examiner la configuration et l’usage des zones de fret, de la tour de vigie, etc. Cet aspect complète la vision esthétique de la nouvelle infrastructure, pour en faire une porte d’entrée efficace sur la province Nord, ce territoire riche et authentique », conclut Karine Féré Demortier. La commission d’appel d’offres a été séduite. Quant à la vieille aérogare, la Nouvelle-Calédonie n’a pas statué sur son sort ; elle sera désaffectée et probablement démolie.

Le projet d’aérodrome, en chiffres

Les projections de l’aviation civile anticipent 27 500 passagers par an à compter de 2035.
Fin des études et début des travaux de construction : début 2019.
Mise en service (prévision) : début 2021.
Montant estimé des travaux : 830 millions XPF, qui s’ajouteront au montant déjà investi par la Nouvelle-Calédonie pour étendre la piste, construire une nouvelle bretelle d’accès et un parking pour avions, soit 1,5 milliard XPF.

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