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Energies renouvelables, pourquoi s’en priver ?

La Nouvelle-Calédonie veut progresser vers l’autonomie énergétique. Pour vivre, elle importe aujourd’hui, à  98 %, des énergies fossiles (charbon et produits pétroliers). Une dépendance qui coûte cher à la...
La Restauration calédonienne du Nord a fait recouvrir ses 200 m² de toiture de panneaux photovoltaïques qui produisent 30 kWc d’électricité, avec une capacité de stockage de 30  kWh. Cette énergie alimente ses chambres froides ; le surplus est revendu au réseau public. Un chantier réalisé par l’entreprise Volt SARL.

La Nouvelle-Calédonie veut progresser vers l’autonomie énergétique. Pour vivre, elle importe aujourd’hui, à  98 %, des énergies fossiles (charbon et produits pétroliers). Une dépendance qui coûte cher à la  population,  aux fragiles écosystèmes du pays, à la planète. Les vertus de la « transition énergétique verte » ont donc récemment envahi le débat public et mi-2016, le Congrès a adopté un « schéma » pour la  mettre en  œuvre.
Depuis, que se passe-t-il concrètement ? Des projets émergent-ils? Les entreprises et particuliers qui  misent sur les énergies renouvelables sont-ils soutenus ? En province Nord, l’habitus de la surconsommation et de la jouissance immédiate s’est bien installé ; la  pédagogie à grande échelle sur la maîtrise de l’énergie devient donc nécessaire. La collectivité l’a compris, mais son action reste très circonscrite et retardataire. Elle vient de lancer un « plan énergie-climat » encore vague. Approche  d’une question complexe par un bout de lorgnette écoresponsable.

 

 Electricité, la lente transition

Le corpus réglementaire de l’Accord de Nouméa a confirmé les pleins pouvoirs de la Nouvelle-Calédonie pour agir en matière de production et de transport d’électricité, de réglementation de la distribution publique et de réglementation des prix. Qu’a-t-elle fait de ces pouvoirs ?

En 1981, la Nouvelle-Calédonie a créé le  comité territorial pour la maîtrise de l’énergie (CTME), pour marquer sa volonté de s’engager vers les économies d’énergie et le développement des énergies renouvelables. En janvier 1982, elle y a ajouté la  taxe  pour les énergies renouvelables  (TER). Puis, plus rien, jusqu’en  janvier  1989, date de l’instauration du fonds de concours pour la  maîtrise de l’énergie  (FCME), outil institutionnel de promotion des énergies renouvelables et de l’utilisation rationnelle de  l’énergie. En  avril  2008, après une nouvelle période d’inertie relative, le comité permanent de l’énergie (CPE) voit le jour. Cette  «  plateforme d’échanges entre les  collecti­vités du pays  » – les pro­vinces et les  communes en sont membres  – devait « élabo­rer une  stratégie en matière de maîtrise de l’énergie ». La direction de l’industrie, des  mines et de l’énergie du gouvernement  (DIMENC), secrétaire du comité, relevait alors : « La fragilité de l’économie calédo­nienne en matière énergéti­que  se  double d’un manque à gagner considérable du fait de la faiblesse de la va­lorisation des  ressources locales  : les énergies renouvelables. Le recours aux  énergies importées, solution de faci­lité, handicape indéniablement l’économie calédonien­ne… et bloque le développement d’activités et d’emplois qualifiés et productifs dans des  domaines essentiels pour le  développement harmonieux et durable de l’éco­nomie du  territoire… L’utilisation quasi-exclusive des  énergies importées, produits pétro­liers et charbon pour la production d’électricité, engendre des niveaux élevés d’émissions de  gaz à effet de serre, au  premier chef par l’industrie métallurgique du  nickel. Les  émissions annuelles par habitant  de gaz carbonique sont environ deux fois celles de la France métropo­litaine… ».

Lumière sur l’approche calédonienne

La société d’économie mixte calédonienne Enercal dé­tient, de fait, par concession, le monopole du transport de l’électricité ; elle assure aussi sa  distribution en  province Nord (sauf à Koumac et Kaala-Gomen qui dépendent de la société EEC, filiale du  groupe Engie, ex-GDF-Suez). A Nepoui, Enercal exploite la centrale Jacques Iekawe, pour répondre aux besoins de la  distribution  publique. Ses quatre moteurs diesel alternateurs d’origine, d’une puissance totale de 53 MW, et ses  groupes mis en service ensuite, fonctionnent au fioul lourd.

Une question se profilait : la Nouvelle-Calédonie pouvait-elle longtemps s’exo­nérer de l’effort international de réduction des émissions de gaz à effet de serre ? Hélas ! Fin 2017, elle s’en exonère encore. Pourtant, la réflexion progresse… En janvier 2009, le Congrès a voté la première «  programmation pluriannuelle des investissements de production électrique (PPI) » pour 2008 à 2015. Mais le législa­teur  calédonien (par impéritie ? Par soumission aux lobbies industriels ?) a ignoré le pendant de cette programmation : la réforme de la méthode de calcul des prix publics de l’électricité (qui étaient déconnectés des prix du marché mondial des énergies fossiles, donc bien inférieurs) et de fixation des tarifs de rachat de l’électricité issue des énergies renouvelables. Dès lors, comment appliquer cette programmation dans de bonnes conditions ? Conséquence logique  : les prévisions d’augmentation de la capacité de production électrique à partir d’énergies renouvelables (+18 MW pour le photovoltaïque et +42 MW pour l’éolien) n’ont pas été atteintes. En 20121, le  Congrès réajuste la réglementation : il vote la possibilité d’appels à projets pour soutenir les  énergies renouvelables et engage la refonte du système tarifaire de l’électricité, désormais un peu plus incitatif à la transition énergétique (voir en page suivante).

En parallèle, sous le pilotage du comité permanent de l’énergie, les pouvoirs pu­blics et énergéticiens travaillent, huit ans  durant, un projet de « schéma de transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie », dit  «  STENC ». Ce schéma, quoique dénoncé au final pour sa timidité par EPLP – l’association environnementaliste calédonienne la  plus percutante, qui avait fait des  pro­positions au groupe de travail –, a été voté le 23 juin  20162. Il  appor­­te  une coloration verte à la politique énergétique locale mais laisse perplexes beaucoup de Calédo­niens préoccupés par l’équilibre de la  société dans  laquelle ils vivent. En  effet, on  observe un décalage entre la  volonté politi­que affichée d’une « mo­dification profon­de  du  système de production et de  consommation de l’énergie » et les  objec­tifs que le  STENC fixe.

1. Délibération n°195 du 5 mars 2012 relative au système électrique.
2. Délibération du Congrès n°135 du 23 juin 2016 portant approbation du schéma pour la transition énergétique de la  Nouvelle-Calédonie.

Lire la suite du dossier :

STENC : déjà du retard !

Energies renouvelables, état des lieux.

Une encyclique pour les énergies renouvelables.

Quand la province Nord s’en mêle.

Dau Ar, le fioul lourd en moins.

L’expertise française du photovoltaïque.

« Le photovoltaïque est une technologie géniale ! », interview de Thierry Bonnet de Larbogne, patron de Volt SARL.

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