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La SLN omniprésente

Mauvais résultats financiers, joutes entre actionnaires pour savoir qui paierait pour sa survie, intervention de l’Etat sous forme de prêt et relance du projet de centrale énergétique de Doniambo...

Mauvais résultats financiers, joutes entre actionnaires pour savoir qui paierait pour sa survie, intervention de l’Etat sous forme de prêt et relance du projet de centrale énergétique de Doniambo sans Eramet… La SLN a, contrairement à Koniambo Nickel SAS, abondamment nourri l’actualité médiatique depuis le début d’année 2016.

Que retenir de cette actualité 2016 apparemment chargée pour la SLN, une fois les débats dépassionnés ? D’abord, le recours unanime des actionnaires de cette société à l’Etat pour résoudre des difficultés financières devenues critiques. Etat qui paiera, officiellement pour soutenir Eramet, groupe métallurgique français « stratégique » en crise et la Nouvelle-Calédonie, au moment où la sortie de  l’Accord de Nouméa exige l’apaisement sur la question du nickel. Dans le même temps, alléguant la nécessaire amélioration de la « compétitivité » de sa filiale, Eramet ferme la ligne de production de mattes de nickel1 (l’atelier Bessemer) de la SLN, qui fournissait son usine de Sandouville. Le groupe s’approvisionnera désormais auprès du finlandais Boliden, plus proche. On peut comprendre cette logique, d’autant plus que la confection des précieuses mattes en Nouvelle-Calédonie n’était pas si bien rémunérée par Eramet. Enfin, le projet de centrale énergétique de Doniambo, dont la construction est annoncée depuis 2007 comme salutaire pour l’avenir et les finances de la SLN, est réactivé. Porté à bout de bras par le député calédonien Philippe Gomès, à la fois vice-président de l’actionnaire STCPI (cf. notre schéma ci-dessous) et président de la société de production électrique calédonienne Enercal, ce projet se fera sans Eramet. Le conseil d’administration du groupe l’avait enterré en octobre 2015 ; ses dirigeants, sous l’autorité de leurs actionnaires majoritaires privés (la famille Duval), acceptent donc bien la nouvelle démarche ; ils ne semblent plus, depuis longtemps, discerner d’intérêt à investir sincèrement en Nouvelle-Calédonie. Déjà le détour par Weda Bay avait de quoi mettre la puce à l’oreille…. Et c’est sous l’œil de l’Etat qu’ils ont avalisé, fin juillet 2016, le prêt de 325 millions d’euros destinés à permettre à la SLN de se redresser2. Qui sait si la Nouvelle-Calédonie ne finirait pas bientôt par exiger la fin des conventions (de trésorerie, de commercialisation, d’assistance technique…) très avantageuses, en vertu desquelles Eramet assure de fait la gestion de la SLN à Paris, depuis de nombreuses années ?

Une nouvelle vie sans charbon

Jusqu’en 2015, Eramet projetait une centrale alimentée par du charbon, au grand dam des environnementalistes calédoniens. Une expertise diligentée par l’Etat avait conclu, en octobre 2013, que le charbon était en effet la seule solution économique acceptable. L’alternative du gaz, plus « propre », posait le problème de son approvisionnement, par absence de navires méthaniers de petite taille susceptibles de livrer les faibles volumes requis à la Nouvelle-Calédonie. Au regard des avantages environnementaux qu’ils présentaient, les combustibles autres que le charbon eussent engendré un « surcoût excessif » pour Eramet. Aucun parti politique calédonien ne s’était alors levé contre les recommandations des experts de  l’Etat.
Trois ans après, la donne aurait changé. Il y aurait désormais à Gladstone, dans le Queensland, en Australie, des producteurs de gaz prêts à livrer le combustible à Nouméa via des navires de petite capacité. Le projet de centrale sera donc alimenté par du gaz naturel. Autre changement fondamental, c’est un opérateur public local, « l’agence calédonienne de l’énergie », qui portera l’investissement. Sa constitution est prévue fin 2016. L’agence détiendra 51% du capital de la société hébergeant la centrale énergétique, 40% étant alloués à des capitaux privés et 10% à la SLN. « Pour le financement, il faut lever 600 millions d’euros, indique Philippe Gomès, contre un milliard d’euros pour une centrale au charbon. 150 millions en défiscalisation, 100 millions en fonds propres, 350 millions en prêts bancaires. J’ai obtenu de l’Etat qu’il apporte sa garantie à la construction de la centrale. » Deux nouvelles expertises sont en cours, l’une mandatée par l’Etat, l’autre confiée à Gazfin (filiale d’EDF) par Enercal, qui exploitera la centrale. Elles réactualiseront le dossier technique et les coûts du projet.

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Une version 2016 au gaz

Les turbines à combustion qui composeront la nouvelle centrale électrique nécessiteront 48 mois de construction et un an de mise en route environ, pour une entrée en production en 2022. Leur puissance ? 200 mégawatts au départ, dont 40 réservés à la distribution publique et 160 à la SLN. Puis 220 mégawatts en 2027.

1. Les mattes, issues de la première fusion du minerai, sont des composés très riches en nickel (70%) cédés à Eramet qui les transformait en un nickel de haute pureté dans son usine de Sandouville (près de Le Havre en France).
2. Le gouvernement français, via l’Agence des participations de l’Etat, prêtera, en parallèle à Eramet, 200 millions d’euros à la SLN.
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