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L’ADECAL Technopole mise sur la croissance bleue

Le phytoplancton, abondant dans les eaux côtières calédoniennes, recèle des milliers d’espèces de micro-algues. Pour l’ADECAL Technopole, il est temps de s’y intéresser, tant leurs propriétés offrent d’applications potentielles...

Le phytoplancton, abondant dans les eaux côtières calédoniennes, recèle des milliers d’espèces de micro-algues. Pour l’ADECAL Technopole, il est temps de s’y intéresser, tant leurs propriétés offrent d’applications potentielles innovantes dans l’industrie. La technopole de Nouvelle-Calédonie s’est donc  vu confier la mission de développer cette nouvelle filière, gage de diversification pour l’économie locale.

adecal-techniciens-dsc_7411Les entreprises calédoniennes disposent depuis 2011 d’un outil précieux pour les assister en matière d’innovation et de transfert technologique : c’est la Technopole de l’ADECAL. Son pôle marin mène, en partenariat avec l’institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (l’IFREMER), des travaux pour déployer une filière de production de micro-algues marines calédoniennes. Ce projet, nommé « Amical » pour « aquaculture de micro-algues en Nouvelle-Calédonie », a été retenu en 2011 par le comité interministériel de l’Outremer, qui finance ses investissements (1,8 million d’euros, soit 214 millions de francs CFP). Le gouvernement et les provinces néo-calédoniens en portent les frais de  fonctionnement.
Pour administrer Amical, la Technopole bénéficie de la caution scientifique de l’IFREMER et d’une  infrastructure de pointe en Nouvelle-Calédonie. Elle a, de surcroit, noué des partenariats localement avec l’université de Nouvelle-Calédonie, l’institut de recherche  pour  le développement (IRD) et le groupe Glencore (qui s’intéresse aux possibilités de capter le CO2 industriel grâce aux micro-algues)  mais aussi à l’extérieur, avec, par exemple, le centre de recherche australien CSIRO, le commissariat à l’énergie atomique français (CEA), l’institut méditerranéen d’océanologie (le MIO) et les pôles de compétitivité « Trimatec » ou « Mer Méditerranée ». Comment le travail s’organise-t-il ? Un laboratoire d’étude sur les micro-algues (le LEMA), installé sous convention à l’aquarium des lagons à Nouméa, procède à la sélection des espèces les plus productives du lagon et les isole. Certains microorganismes échantillonnés sont envoyés au laboratoire réputé de physiologie et biotechnologie des  algues de l’IFREMER  à Nantes, qui détermine leur groupe d’appartenance, leur composition biochimique et leur optimum de croissance. Les souches  isolées sont transférées au laboratoire technologique des micro-algues (le LTMA), construit sur la presqu’île de Foué, à  Koné.

Progrès à grande vitesse

A Foué, Nicola Morezzi, responsable du LTMA et son assistant Kento Nakagawa, « repiquent » les souches de micro-algues puis assurent leur multiplication dans des volumes d’eau croissants, alimentés en dioxyde de carbone et placés sous lumière artificielle,  jusqu’à des bassins  à  ciel ouvert de six mille litres. « A terme, le LTMA pourra réaliser des études de faisabilité technico-économique et définir le meilleur procédé de production pour chaque espèce. Nous voulons développer une filière, donc nous cherchons à optimiser les rendements dans le contexte calédonien, ensoleillement, coûts de production, etc. », explique monsieur Morezzi. Les deux biologistes mettent tout en œuvre pour éviter la contamination des micro-algues par des prédateurs herbivores (le zooplancton). «  Double flux, climatisation, lampes ultra-violet, filtration de l’eau, désinfection de tous les équipements après utilisation… », énumère Kento Nakagawa.

Après deux ans de recherche, le projet Amical a identifié une trentaine d’espèces de micro-algues ; il escompte que certaines seront valorisables grâce à des applications sur les marchés de l’alimentation animale (provende pour les fermes de crevettes locales), la nutrition et la cosmétique. Pour le LTMA, l’avenir est très prometteur : « La biodiversité des micro-algues en Calédonie reste peu connue et largement sous-évaluée. Le projet Amical a pour but d’améliorer nos connaissances et d’en isoler régulièrement », conclut Nicola  Morezzi. Atout considérable de cette culture : son impact environnemental est réduit, d’autant plus que l’on recyclera les effluents industriels polluants (azote, phosphore, CO2) en nutriments pour les micro-algues. Où les économies verte et bleue se rejoignent.

Perspectives industrielles

Les scientifiques du monde entier ont dénombré quelque soixante-douze mille espèces de micro-algues, « petites plantes aquatiques » aux caractéristiques alléchantes pour l’industrie. Leurs molécules et pigments seraient exploitables pour l’alimentation humaine et animale (grâce à de grandes concentrations en protéines, oligoéléments et lipides) et pour des marchés à forte valeur ajoutée comme ceux des aliments fonctionnels1, de la cosmétique, de la pharmacie. Les micro-algues permettront de fabriquer des produits contre le vieillissement cellulaire (antioxydants, anti-radicalaires…). D’autres applications existent dans l’énergie (biocarburants) et dans des procédés préservant l’environnement (traitement des eaux, captation du CO2 émis par l’industrie).

1. Ces « alicaments » sont des aliments enrichis bénéfiques pour la santé, par exemple les yaourts au bifidus, aux probiotiques, la margarine à l’Oméga3.
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