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Les politiques et le nickel

Les Républicains Ils se sont faits virulents pour « soutenir les exportations de minerai, essentielles à la survie de l’activité minière… », sans pour autant proposer de réflexion industrielle...

Les Républicains

Ils se sont faits virulents pour « soutenir les exportations de minerai, essentielles à la survie de l’activité minière… », sans pour autant proposer de réflexion industrielle étayée. Une seule constante, dans la position de ce parti : la défense du statu quo au sein de la SLN et donc l’opposition à la prise de contrôle de son capital par les intérêts calédoniens. En corollaire, Les Républicains ne se disent pas convaincus par le modèle économique de l’usine du Nord, majoritairement détenue par la puissance publique ; celle-ci doit limiter son action à la fixation du cadre général d’intervention des entreprises métallurgiques. Une évolution cependant début 2016 : le sénateur Pierre Frogier, leader du parti, demande expressément à l’Etat de s’investir davantage dans la politique industrielle calédonienne et de prendre le contrôle, « à titre conservatoire » de la SLN « jusqu’à la fin du processus de sortie de l’Accord de Nouméa ». Prise de conscience de l’enjeu de ne pas laisser cet outil industriel entre les mains de l’actionnaire privé Duval, dont les préoccupations sont très éloignées de l’avenir de l’économie calédonienne ? « Il est grand temps de faire de la SLN une entreprise du XXIe siècle », scande Pierre Frogier.

Calédonie Ensemble

L’entretien que le député Philippe Gomès a accordé au VKP Infos, fin avril 2016, donne l’essentiel de la position de ce parti non indépendantiste sur le nickel. Calédonie Ensemble prône la maîtrise de la ressource minière et, par conséquent, la participation publique majoritaire au capital des usines, l’arrêt progressif des exportations de minerai sans retour de valeur ajoutée et la surveillance des autorités sur le secteur du nickel. Une position qui rejoint celle des Indépendantistes, non pas par « indépendantisme » selon les leaders de Calédonie Ensemble, mais par « bon sens », pour préserver une ressource stratégique non renouvelable. « Nous ne serons pas le premier pays au monde à raisonner ainsi », souligne Philippe Gomès. « La France le fait pour son nucléaire, la Norvège pour son pétrole, le Chili pour son cuivre, et ce ne sont pas des états marxistes ! » En pratique, Calédonie Ensemble met en œuvre cette politique en s’opposant, au sein des conseils d’administration de la SLN et d’Eramet, aux décisions jugées contraires aux intérêts calédoniens (distribution de dividendes, suspension du projet de centrale thermique…) et en prétendant contrôler étroitement les exportations de minerai vers la Chine. Sur le papier.

L’Union calédonienne

Le parti indépendantiste dit suivre la « doctrine nickel » arrêtée par le Front de libération kanak socialiste (le FLNKS) en novembre 2014 et janvier 2015. La Calédonie doit maîtriser l’exploitation de sa ressource en la valorisant au mieux. D’où l’entrée de la province Nord au capital du groupe SMSP en 1990 et le soutien à son développement depuis, avec l’étape capitale de la construction de l’usine du Nord. Les Indépendantistes veulent traiter sur place le minerai de nickel ; ils acceptent l’investissement dans des usines calédoniennes « off-shore » (à l’exemple de celle de la SMSP à Gwangyang) pour valoriser le minerai inexploitable localement. C’est une « dynamique complémentaire » bénéfique à la Nouvelle-Calédonie car elle procure des revenus financiers directs au pays (dividendes de la filiale étrangère), des rentrées commerciales (en période de cours bas du nickel, l’usine off-shore garantit un débouché au minerai calédonien) et pérennise l’activité de vieilles mines délaissées. En corollaire, le FLNKS est opposé à la vente brute de minerai à des acheteurs étrangers, sans retour de valeur ajoutée industrielle, considérée comme un manque à gagner pour la Nouvelle-Calédonie. Les exportations de minerai brut doivent donc cesser pour 2019. Avec le conflit des rouleurs en 2015, l’Union calédonienne a semblé s’éloigner de cette doctrine, en votant l’ouverture d’exportations vers la Chine. « Une position pragmatique en temps de crise », selon son responsable Daniel Goa, « le temps que les projets majeurs en cours aboutissent ». Des dissensions internes au parti expliqueraient ces hésitations ; le fait de se laisser dépasser par le lobby d’intérêts privés également. Quoi qu’il en soit, c’est la position de l’Union calédonienne sur le dossier SLN, dans les prochaines semaines, qui permettra d’y voir plus clair. Le parti adhérait jusqu’à présent à la volonté de rendre la STCPI1 majoritaire au capital de la SLN pour en prendre la gouvernance.

Le Palika

Ce parti, central dans la coalition de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), est également membre du FLNKS, dont il porte la « doctrine nickel ». Il s’oppose fermement aux exportations de minerai demandées par les petits mineurs et a constitué un « Comité pour la doctrine nickel » lors du conflit des rouleurs de 2015. Le Palika, majoritaire au sein de l’Assemblée de la province Nord, met en œuvre cette doctrine depuis 1999, par son soutien au groupe SMSP. Sur le dossier SLN, il peine cependant à dépasser les déclarations de principe. Représenté au sein de la STCPI, il y garde une position attentiste. Ses dissensions avec l’Union calédonienne sont connues, malgré la doctrine définie conjointement : pour preuve, le secteur des mines reste, deux ans après les élections provinciales de 2014, non attribué au gouvernement. Historiquement, il était dévolu à un Indépendantiste. Palika et Union calédonienne sont en désaccord sur la personne à nommer

1. Société territoriale calédonienne de participations industrielles, créée en 2000, dont les provinces calédoniennes détiennent le capital, via deux sociétés d’économie mixte, Promosud pour le Sud (50 %) et Nordil pour le Nord et les Iles (50%). L’objectif était d’acquérir 30 % du capital de la SLN et 8 % du capital d’Eramet. En 2007, comme prévu par les accords constitutifs de la STCPI, celle-ci a atteint 34% du capital de la SLN, en échangeant 4% d’actions Eramet.

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