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« La priorité : former les agents sur le terrain »

Bien sûr, il y a l’argent versé au bénéfice du développement économique. Mais au terme de cinq ans passés en province Nord, Michel Sallenave, le commissaire délégué de la...

Bien sûr, il y a l’argent versé au bénéfice du développement économique. Mais au terme de cinq ans passés en province Nord, Michel Sallenave, le commissaire délégué de la République, est convaincu que l’accompagnement par l’Etat des techniciens des collectivités locales, est indispensable pour pousser le rééquilibrage. La parole à ce haut-fonctionnaire méritant qui a quitté la Nouvelle-Calédonie en mai 2018.

VKP Infos : Quelle est l’approche de l’Etat pour la nouvelle génération de contrats de développement ?
Michel Sallenave : L’approche de l’Etat n’a pas varié. Quoiqu’il ne soit pas compétent en matière de développement économique, il y participe via ces contrats. Nous faisons donc en sorte, sur le terrain, que les opérations retenues voient le jour et servent le rééquilibrage. Dans les contrats de développement 2017-2021, quelques éléments viennent appuyer cette démarche de rigueur : l’Etat a regroupé les opérations par grands enjeux ; il a renforcé le dispositif de suivi et d’évaluation de l’exécution des contrats qu’il avait mis en place avec la génération 2011-2015. Le principe est simple : l’Etat doit agréer l’opération selon des critères objectifs fixés préalablement, sinon on n’engage pas de travaux. Les collectivités se plient progressivement à cette règle ; elles nous transmettent les informations nécessaires. Par exem­ple, nous avions demandé en 2011 en province Nord un schéma directeur de l’eau potable avant de financer des infrastructures dans ce domaine. Les communes doivent tarifer le service de l’eau, inscrire les dépenses sur un budget annexe et obtenir un taux minimum de recouvrement des factures. Il s’agit d’impulser un réflexe de gestion saine des deniers publics. C’est un travail de  longue haleine mais les maires et les coutumiers en ont compris l’importance.

En province Nord, les contrats de développement 2017-2021 poursuivent l’action publique dans les domaines déjà retenus par la génération précédente : infrastructures, réseaux d’eau, habitat… Cependant, ils introduisent une nouveauté qui intéresse directement ce territoire : c’est le volet « Jeunesse », issu des discussions en Comité des signataires. L’Etat va contribuer à construire des équipements, comme les plateaux sportifs, mais il va aussi soutenir des dispositifs d’accompagnement scolaire et des actions culturelles à destination des jeunes Calédoniens. Nous croyons en particulier à l’efficacité des projets éducatifs locaux (PEL) des communes, qui prévoient des actions de proximité. Nous allons d’ailleurs proposer d’y inclure la prévention de la délinquance : la gendarmerie, le commissaire de la République y participeront. Le pro­cureur de la République viendra une fois par an. Pour le bien-être de la jeunesse, nous sommes persuadés qu’il faut travailler à l’échelle communale.

VKP Infos : Quel sera l’impact du résultat du référendum du 4 novembre 2018 sur les contrats de développement ?
Michel Sallenave : Il est difficile de répondre à cette question. En cas d’accession à la pleine souveraineté, le sort des contrats ferait l’objet de la négociation globale, quel que soit le cas de figure.

VKP Infos : Vous êtes constamment sur le terrain. Que faites-vous ?
Michel Sallenave : Depuis environ deux ans, l’Etat met l’accent sur la mise à niveau des collectivités locales, province et communes, pour les amener à exercer pleinement leurs compétences. Nous resserrons notre contrôle de légalité, pour les faire « grandir » ; nous formons leurs agents, leur assurons un appui technique via le service technique d’assistance aux communes (STAC). En outre, dans son rôle de préservation de l’ordre public, le haut-commissariat ne joue pas seulement du bâton : il fait de la prévention, en collaboration avec les collectivités locales. En province Nord, nous sommes souvent médiateurs dans des conflits entre clans kanaks. Malgré la diminution des compétences de l’Etat, on lui demande d’être extrêmement impliqué… La province Nord est en transition. L’usine de Koniambo Nickel, au-delà de l’activité créée, a apporté sur VKP une culture « d’entreprise » et industrielle nouvelle. Mais elle  a aussi, c’est dans l’ordre des choses, multiplié la délinquance. Il faut par ailleurs résoudre la question du déséquilibre entre la côte Ouest et la côte Est.
Pour exercer ma mission, je suis entouré d’une équipe de dix-sept personnes, à la subdivision de Koné et au STAC de Poindimié. Je passe l’essentiel de mon temps à suivre les projets, assurer la relation avec les élus et les services provinciaux, avec les élus municipaux, à aider leurs agents sur le terrain. Je supervise aus­si l’organisation des élections. A titre personnel, je me suis investi dans la prévention de la délinquance. L’ensemble demande d’accorder énormément de temps à la discussion, mais, lorsque les gens nous quittent, ils sont satisfaits.

 

Lire aussi dans ce dossier :

L’Etat, compagnon de la dernière heure.

Rééquilibrage : un objectif au long cours.

Bref bilan du contrat de développement Etat-province Nord 2011-2016.

2017-2021 : un nouvel essor économique ?

Plus d’argent pour le nord.

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Pourquoi le compagnonnage convainc Michel Sallenave.

 

 

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