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STENC : déjà du retard !

Le schéma de transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie retient trois objectifs, sept orientations stratégiques et des   « leviers » pour les mettre en œuvre d’ici 2030. Plus d’un an...

Le schéma de transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie retient trois objectifs, sept orientations stratégiques et des   « leviers » pour les mettre en œuvre d’ici 2030. Plus d’un an et demi après son adoption, une série de mesures « prioritaires » ne sont pas prises. Le gouvernement aurait dû remettre au Congrès un  premier rapport d’étape ; les provinces auraient dû engager certaines actions. On nous dit pourtant que le temps nous est  compté.

STENC, premier objectif : les Calédoniens doivent, d’ici 2030, réduire de 20 % leur consommation primaire1 d’énergie et de 25  % leur consommation finale, hors mine et métallurgie (les chiffres de référence sont ceux de l’année 2014). Or, ne serait-ce qu’en  province Nord, le secteur minier et métallurgique représente près de 80 % de la consommation d’électricité ; il engloutit trois-quarts des énergies fossiles que nous  importons… S’il est exclu de l’effort commun, sur quoi portera cet effort ?

STENC, deuxième objectif : la part du  renouvelable devra atteindre 100 % de la consommation de la distribution publique d’énergie électrique et 100 % de l’énergie électrique dans les îles. L’expansion du renouvelable est donc limitée au « hors mine  », qui, au total, ne représente que 25 % de la  consommation d’électricité.

STENC, troisième objectif : les Calédo­niens réduiront leurs émissions de  gaz à effet de serre de 35 % dans les secteurs résidentiel et tertiaire ; de 15 % dans les  transports ; de 10 % dans la mine et la  métallurgie (sur la base de capacités nominales de production non encore atteintes à ce  jour…). A nouveau, le nickel entrave la bonification de la société calédonienne. Il nous faudra compter sur Koniambo Nickel SAS, Vale  NC et SLN, « entreprises citoyennes », pour qu’elles pallient leurs émissions, par leur bonne volonté…

STENC, leviers d’actions. Sur la vingtaine retenue, certains sont directement appli­cables. Ainsi, le schéma enjoint la puissance publique à se montrer « exemplaire  » dans sa réponse aux « défis énergétiques  »  : transparence de ses administrations ; réduction de sa facture énergétique ; insertion de critères d’efficacité énergétique dans la  commande publique, dans la gestion de son patrimoine bâti, de ses déplacements,  etc. ; soutien aux écoproduits. Il  souligne aussi l’importance d’« évaluer le niveau de connaissance et de sensibili­sation de la population à la maîtrise de l’énergie ». Enfin, le STENC suggère – mais ce n’est pas prioritaire – « d’étudier la fai­sabilité de la mise en œuvre d’une fiscalité sur l’énergie consommée et les émissions de CO2 ».

Pour nuancer la déception citoyenne, le  gouvernement relève que l’actualisation du schéma est prévue tous les cinq  ans. En  outre, le STENC préconise un travail étroit entre pouvoirs publics et métallurgistes pour « concilier les performances économiques des industries et la réduction des impacts environnementaux ». Il  s’agit de faire de nos métallurgistes, comme de tous nos industriels, des « acteurs écoresponsables ». A court terme, les partenaires réaliseront « une étude de benchmark des performances énergétiques  »  des  métallurgistes calédoniens. A  plus long terme, ils élaboreront « un  ca­dre normatif imposant la compensation carbone  » aux métallurgistes. Ainsi, en  contrepartie de leurs émissions de gaz à effet de serre, ceux-ci financeront des  projets évitant ces  émissions. Toutefois, le  schéma ne précise aucune échéance. Un  an et demi après son vote, aucun livrable n’est rendu.

1. L’énergie primaire est l’énergie potentielle contenue dans les ressources naturelles (le bois, le gaz, le pétrole, etc.). L’énergie finale est l’énergie consommée et facturée au consommateur après production, transport et transformation du combustible, en tenant compte des pertes de ces processus.

Des chiffres qui datent

Vous vouliez vérifier si la volonté affichée de « maîtriser l’énergie » se traduit dans les  faits  ? Hélas ! Les informations dis­ponibles sur les  différents sites publics (dimenc.gouv.nc ou maitrise-energie.nc) remontent à 2015. VKP Infos est en attente de chiffres plus frais qui devraient lui parvenir d’Enercal

Production. En 2015, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité a augmenté de 16,4 %. L’hydraulique (essentiellement via le barrage de Yaté), l’éolien et le  photovoltaïque ont progressé respectivement de 17,7 %, 7,6 % et 45,8 %.

Consommation. En 2015, l’électricité représente 26,8 % de la consommation finale d’énergie, avec 2 842 GWh (244,4  ktep) consommés, dont 74 % par les usines métallurgiques et sites miniers. En province Nord, les besoins de l’usine de Vavouto constituent 79,8 % de la consommation globale d’électricité.

Unités de mesure, lexique.
La « tep » est la tonne d’équivalent pétrole, unité de mesure de l’énergie. Elle corres­pond au pouvoir calorifique d’une tonne de pétrole en moyenne (soit 42 giga-joules).
Le kWh, kilowattheure, est l’unité de quantité d’énergie (équivalent à 3,6  mégajoules).
Le kWc, kilowatt-crête, s’applique aux ­panneaux photovoltaïques, pour prévoir la quantité d’électricité qu’ils peuvent produire dans des conditions optimales. Le Wc (watt-crête) est la puissance électrique maximale qu’un panneau peut fournir dans des conditions de température et d’ensoleillement standard (25°C, ciel dégagé…).

Les ombres du rééquilibrage

Le schéma de transition énergétique note qu’en 2008, la Nouvelle-Calédonie émet­­tait  directement 3 649 KtCo2 (tonne équi­valent Co2) de gaz à effet de serre. L’industrie métallurgique causait 48  % de ces  émissions. Le STENC ne nous donne pas les  chiffres de  2015, date de son  éla­boration. Or, depuis 2015, la centrale à charbon de l’usine de Koniambo  Nickel  SAS monte en production dans le nord ; elle fait augmenter la part d’électricité produite localement  à partir du charbon (+ 7,1  % en  2015) et donc les gaz à effet de serre. Une donnée à prendre en considération quand on dresse le  bilan du  «  développement économique » que l’industriel helvético-canadien apporte.

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