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Quand la province Nord s’en mêle

Les provinces calédoniennes ne sont pas compétentes en matière d’énergie, mais elles ont prise sur la  protection de l’environnement et le développement économique durable. Or, ce sont là deux...
©Dominique Fleurot

Les provinces calédoniennes ne sont pas compétentes en matière d’énergie, mais elles ont prise sur la  protection de l’environnement et le développement économique durable. Or, ce sont là deux enjeux de la  transition énergétique. La province Nord s’éveille…

Le schéma de transition énergétique de la  Nouvelle-Calédonie demande aux  pro­vinces « une feuille de route pour le  déve­loppement d’énergies renouvelables sur leur patrimoine ». Elles doivent aussi «  étendre l’action de leurs sociétés de  dé­veloppement et d’investissement au  secteur des énergies renouvelables  » et «  identifier un dispositif financier pour les  entreprises qui veulent investir dans des installations d’énergies renouvelables  ». Enfin, il leur faudra participer au travail sur les compensations des émissions de  gaz à effet de serre des métallurgistes.

La province Nord semble actuellement digérer ce programme. Des aides aux  entreprises pour les énergies renouvelables  ? Elle en accorde déjà. Elle a aussi introduit quelques critères énergétiques dans les appels d’offres concernant la  construction et la rénovation de son  pa­trimoine bâti. Son  contrat de développe­ment 2017-2021 avec l’Etat inclut le  financement  d’une  centrale photovoltaïque à  Bélep (voir notre article : Dau Ar, le fioul lourd en moins.). Il lui res­terait à devenir une utilisatrice exemplaire d’énergies renouvelables : quand  réalisera-t-elle son propre bilan énergétique ? Quand dotera-t-elle ses bâtiments, logements, infrastructures, de panneaux pho­tovoltaïques ? Quand fournira-t-elle son  parc automobile en véhicules électriques  ? Pour l’heure, elle  niche, pendant une semaine « d’éco-mobilité », ses  fonctionnaires assoupis sur des vélos. A  défaut d’avoir adopté, un an et demi après le vote du  STENC, une déclinaison pragmatique pour son territoire, la province  Nord en a  planifié l’élaboration. Ce  sera son  «  plan  é­nergie-climat ».

Bilan carbone, tous concernés !

Nadia Heo est présidente de la commission de l’environnement de la  province Nord.

C’est là le principal message de l’affiche et du dépliant qui annoncent, depuis septembre  2017, ce « plan énergie-climat », résul­tante des travaux provinciaux sur l’Agenda 211. Vingt-cinq ans après l’adoption  de  l’Agenda à Rio de Janeiro, la collectivité se  mobilise pour « participer à la  réduction  de  l’impact de la  Nouvelle-Calédonie sur le  bilan  carbone et contribuer à la  lutte contre les changements climatiques ». Elle promet un  inventaire des émissions de gaz à effet de serre « né­cessaires aux activités et à la consomma­tion  de ses  habitants ». Affichage politique  ? Nous aurions dû le savoir fin décembre 2017, date fixée pour la restitution d’un diagnostic, mais rien ne s’est passé. Attendons juillet 2018, date à laquelle est annoncée une présen­tation du  plan d’action, bâti en  concertation avec la population, en une démarche « innovante et participative ».

S’il était ciblé, mis en œuvre sérieusement et rapidement, ce  plan pourrait être por­teur  d’espoir. Opération de communica­tion  ou non, les idées jaillissent des  prospectus provinciaux, reprenant les  orientations du schéma de transition énergétique de la Nouvelle-Calédonie. Pourtant, on  reste perplexe devant les  étapes retenues et leur  durée  : pourquoi un  dia­gnostic sur l’énergie quand nous savons déjà qu’il  faut agir vite pour s’éman­ciper des énergies fossiles  ? Nous  avons, localement, les  outils pour mieux maî­triser la  dépense énergétique. En  outre, le  plan énergie-climat montre une  lacune notable  :  quel­les obligations pour l’usi­ne de Koniambo  Nickel  SAS  ? Sera-t-elle touchée par ce  grand souffle réformateur vert ? On  ne sait pas non plus si la province Nord abat­tra  les  frontières géographiques pour travailler avec le sud et les Iles, sur un sujet qui  nécessite tant de solidarité humaine.

1. L’Agenda 21 est un plan d’action pour le XXIe siècle destiné aux collectivités territoriales, que 173 chefs d’État ont adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en juin  1992. Il  décrit les secteurs où les collectivités territoriales doivent appliquer les principes du développement durable et formule des recommandations dans des domaines variés (la  santé, le logement, la pollution, la gestion des mers, des forêts et des montagnes, la gestion des ressources en eau et de l’assainissement, l’agriculture, la gestion des déchets…).

Qui est en charge du plan énergie-climat de la  province Nord ? Le dépliant publicitaire n’indique aucun contact. Bon début pour une  démarche participative!
La collectivité s’appuiera, pour ce travail, sur le  bureau d’étude BURGEAP, filiale de  Ginger  CEBTP, spécialiste des villes durables et l’un des  leaders de la dépollution de sites en  France.

Lire aussi dans ce dossier :

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