Développement durableDossiers du mag'EconomieEnergie

« Le photovoltaïque est une technologie géniale ! »

En août 2016, Thierry Bonnet de Larbogne, ingénieur en électricité, crée la société Volt à Koné. Il quitte Koniambo Nickel SAS pour se  lancer dans le photovoltaïque. Petite, mais...

En août 2016, Thierry Bonnet de Larbogne, ingénieur en électricité, crée la société Volt à Koné. Il quitte Koniambo Nickel SAS pour se  lancer dans le photovoltaïque. Petite, mais enthousiaste, Volt a, depuis, équipé l’école publique de Kouaoua, des entreprises et associations sur VKP et des particuliers. Son gérant est convaincu de la pertinence de cette  technologie propre pour la Nouvelle-Calédonie.

VKP Infos : La création d’une entreprise dans le domaine des énergies renouvelables est-elle aidée ?
Thierry Bonnet de Larbogne : Oui… et non. Oui, parce que désormais, la fi­lière photovoltaïque est accompagnée. D’une  part, celui qui s’équipe devient quasiment autonome pour son électricité et sa facture baisse de plus de 40 %. D’autre part, en retour de leur investissement, les  particu­liers, les entreprises, les orga­nismes pu­blics, etc., peuvent revendre au  réseau le  surplus d’électricité que leurs panneaux produisent, au tarif de 21 CFP le kilowatt­heure. L’installation photovoltaïque est ainsi remboursée en quatre à  cinq ans. En parallèle, pour les entreprises ou foyers isolés – je pense en particulier à certaines communes du nord – le fonds d’électrification rurale (le FER) peut subventionner le  recours au photovoltaïque.

En revanche, la procédure pour que les  pouvoirs publics agréent une instal­lation photo­­voltaïque est longue et méri­terait d’être simplifiée. Une fois le  devis signé avec le client, nous devons enga­ger plusieurs démarches administratives. Il  faut demander un accord de raccordement au  gestionnaire de réseau concerné (Enercal ou EEC, selon la  localisation) puis une autorisation à la  DIMENC. Il faut aussi prévoir d’éventuelles décla­rations de travaux auprès de la mairie du  lieu d’ins­tallation. Après la  pose des  panneaux photovoltaïques, nous nous adressons à un bureau de contrôle ou directement au  Cotsuel, pour une  vi­site de validation de la conformité de l’installation. Quand il a obtenu ces  auto­risations, le client peut signer son contrat d’abonnement d’électricité. Ce  contrat définit les  conditions auxquelles on lui rachètera le surplus d’électricité qu’il ne consom­mera  pas. Le  gestionnaire de réseau viendra enfin installer un compteur électrique à double flux, pour relever à la  fois la quantité d’électricité fournie par le réseau et la quantité d’électricité pho­tovoltaïque injectée dans le réseau. Tout ça prend au  moins un mois et demi, alors que nous  mettons à peine une  journée pour ins­taller les panneaux sur une  habi­tation par exemple. Les normes en vigueur, nécessaires et suffisantes, sont, pour la plupart, celles appliquées en Europe. Mais leur mise en application est longue et la­borieuse en Nouvelle-Calédonie… Les ins­titutions concernées et le cluster Synergie1 de­vraient  alléger les procédures et les centraliser.

Il y a d’autres obstacles au fonction­ne­ment  d’une petite entreprise comme la mien­ne. La réglementation fiscale douanière n’est pas adaptée : nous pou­vons  importer les  panneaux photovoltaïques hors TGI mais le reste du  maté­riel nécessaire (câblage, etc.) n’est pas exonéré. Nous nous voyons appliquer jusqu’à 37 % de taxes et droits : comment une  petite entreprise locale innovante peut-elle être compétitive dans ces conditions ? Autre difficulté : l’accès au financement bancaire. Les banques ne prennent pas en considération le fait que nous devons investir dans du maté­riel lourd avant d’avoir signé des contrats d’installation. Pour nous prêter des fonds, elles  ont des exi­gences qui manquent de  pragmatisme. Par conséquent, nos petites entre­prises rencontrent des  problèmes de  trésorerie qui handicapent leur  dévelop­pement. Ce sont là des réalités qui montrent les archaïsmes de notre économie. J’espère que cette approche va se moderni­ser et que la filière sera mieux accompagnée.

VKP Infos : Sur quoi mise Volt pour son  développement ?
Thierry Bonnet de Larbogne : Volt équipe en photovoltaïque les particuliers, les  entreprises et autres structures qui le  souhaitent. Notre valeur ajoutée réside dans la  conception du projet et son pilotage. Nous  misons donc sur deux volets fondamentaux : nous sécurisons notre  approvision­nement en matériel auprès de fournisseurs réputés à l’international et nous faisons porter notre  effort sur la qua­lité de nos prestations. En  amont, nous avons conclu un  partenariat avec Energetix, un grand bureau d’études français spécialiste du secteur des  énergies renouvelables. Energetix nous met en relation avec des  fournisseurs de panneaux photovoltaïques fiables et intervient auprès d’eux  en cas de problème. Il nous accompagne sur l’amélioration de nos configurations techniques. Il nous informe des  évolutions technologiques, ce  qui nous  permet de les  intégrer. En  aval, nous  contractons avec des  installateurs dont nous avons éprouvé le sérieux et que nous avons formés aux procédures de  contrôle qualité.

Au départ, nous proposons un diagnostic énergétique à nos clients. Nous identi­fions les économies possibles, nous leur  propo­sons des moyens de maîtriser leur consommation énergétique. Nous dimensionnons l’installation photovoltaïque en fonction de  leurs besoins. Le but du  développement de la filière, c’est l’autoconsommation et la  fin du gaspillage, pas la  spéculation sur une énergie à revendre. Une  fois les  panneaux posés, nous assurons, via une application internet, le  suivi de la  production d’énergie de notre client, en  temps réel. Nous veillons donc à la  qualité de nos  prestations à tous les stades. Pour un particulier ou un petit entrepreneur, l’investissement est important au départ  – il faut compter 1,4  million CFP pour une  villa de confort mo­derne à Koné, avec deux adultes, deux enfants. Mais le  photovoltaïque n’est pas un produit qu’on achète sur étagère ; il  doit s’accompagner d’un service de qualité. Volt intervient chez ses  clients au moindre dysfonctionnement pour  y remédier.

A Koné, Volt a équipé les bureaux de l’association Teasoa (20 KWc). L’entreprise est signataire de la charte de qua­lité (CALPV) mise en place par le gouvernement comme gage de qualité des installateurs de photovoltaïque.

VKP Infos : La province Nord est-elle motrice dans le développement du photovoltaïque sur son territoire ?
Thierry Bonnet de Larbogne : La pro­vince Nord connaît les bienfaits du photo­voltaïque et des énergies renouvelables en général. Je suis persuadé qu’elle va agir pour leur déploiement, faire équiper ses  bâtiments en photovoltaïque et inci­ter  ses  communes à le faire (pour les  écoles, collèges, l’éclairage public). Ce  sera un  moyen efficace de sensibilisation à la  transition énergétique. Certaines communes, comme Kouaoua, l’ont d’ailleurs compris : nous  avons équipé son  école publique.

Je viens d’être informé du plan énergie-climat de la province Nord. Elle  veut  orga­niser son approche sur le vaste sujet  du  réchauffement climatique. C’est une  excellente initiative. Mais je crois que plus personne ne doute du fait qu’une  dépense énergétique bien maîtrisée et l’utilisation de technologies propres auront un  impact économique et environnemental significatif. Ce n’est pas un scoop. Par exemple, l’association Renouveau Teasoa, en  s’équi­pant de  panneaux photovoltaïques, diminue drasti­quement sa facture électrique (de  près de  70 %) et évite l’émission de  dix-huit tonnes de CO2 par an. C’est simple, rapide et c’est éprouvé avec plus de vingt ans de recul.  Le réchauffement climatique est là, nous ne pouvons plus l’évi­ter, nous en sommes plutôt à essayer de réduire son  élan. Donc, à mon sens, lancer un dia­gnostic sur l’énergie n’est plus nécessaire, on sait déjà ce qu’il faut faire : le temps est désormais à l’action. Volt dispose d’une ingénierie locale avec plus de vingt ans d’expérience dans le domaine de l’énergie : nous savons qu’un bon projet est un projet simple, qui se concrétise. Le photovoltaïque et les audits de consommation et des installations électriques, suivis d’actions pour diminuer le gaspillage, sont deux outils simples, rentables et faciles à mettre en œuvre.

Les clients de Volt suivent leur production et leur consommation d’énergie en direct sur leur  smartphone ou ordinateur. « Toutes nos  installations produisent plus que prévu, même en  période de pluie », confirme Thierry Bonnet de  Larbogne.

VKP Infos : Quels sont les projets de  Volt en 2018 ?
Thierry Bonnet de Larbogne : Depuis le  début 2017, Volt compte de nouveaux associés calédoniens, qui viennent confor­ter son expertise. La province Nord nous a octroyé une aide – nous l’en remercions à nouveau – pour construire un atelier et un dock sur le foncier coutumier de Baco. Notre  bureau d’études va pouvoir intensifier son activité de formation d’installateurs indépendants, nous allons recruter un  profil administratif via la mission d’insertion des jeunes et un technicien. Volt est aussi un spécia­liste du pompage solaire et des systèmes de concentration d’eau, qui présentent de  multiples intérêts pour les  agriculteurs et propriétaires terriens.

L’énergie est un  domaine vaste, en perpé­tuelle mutation, ce  qui nous offre beaucoup d’opportunités. Le photovoltaïque est une technologie géniale, extrêmement bénéfique pour celui qui l’utilise. Pour moi, travailler à la promotion des énergies renouvelables est une activité pleine de  sens, très motivante car nous proposons à nos  clients de participer à la sauvegarde de notre  environnement paradisiaque, en  engendrant des économies.

1. Synergie, association à but non lucratif, est une grappe d’entreprises qui veulent agir pour développer les énergies renouvelables et la maitrise de l’énergie en Nouvelle-Calédonie. Volt SARL en est membre.

Lire aussi dans ce dossier :

Energies renouvelables, pourquoi s’en priver ?

STENC : déjà du retard !

Energies renouvelables, état des lieux.

Une encyclique pour les énergies renouvelables.

Quand la province Nord s’en mêle.

Dau Ar, le fioul lourd en moins.

L’expertise française du photovoltaïque.

Rubriques
Développement durableDossiers du mag'EconomieEnergie

A LIRE ÉGALEMENT

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales.