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Sommes-nous passés à côté de l’Accord de Nouméa ?

L’Accord de Nouméa approche de son échéance. Signé en mai 1998, voté par les Calédoniens à une large majorité (72%), fondateur de la citoyenneté calédonienne, il en laisse pourtant encore...

L’Accord de Nouméa approche de son échéance. Signé en mai 1998, voté par les Calédoniens à une large majorité (72%), fondateur de la citoyenneté calédonienne, il en laisse pourtant encore plus d’un perplexes. Qui l’a lu, en réalité ? Une minorité. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi les politiques calédoniens n’ont-ils pas assuré sa connaissance et sa compréhension ? Depuis vingt ans, tout en le citant à hue et à dia, ils ne sont pas parvenus à en faire ensemble, unanimement, l’explication de texte auprès de leurs électeurs.

En février 2007, neuf ans après sa signature, la mention de l’Accord de Nouméa est entrée dans les manuels scolaires de primaire mais son texte, jamais ; il n’est pas non plus distribué en classe. Les écoliers et collégiens ne le lisent pas, sauf initiatives isolées de quelques parents et professeurs ; peu sont ceux qui s’en servent comme base de réflexion au lycée, en cours de français ou de philosophie. Ne le prendrait-on finalement pas au sérieux, cet accord plébiscité ?
Le travail de collecte d’informations de la Mission Courtial/Melin-Soucramanien de 2011-2013 devait « participer à la pleine information de la population ». Quatre ans après la parution de son rapport, les politiques calédoniens n’en ont pas fait non plus beaucoup de pédagogie. Plusieurs ont critiqué le document, sans dégager d’alternative ; certains ont invité la population à des réunions de discussion sur les perspectives institutionnelles décrites, mais ponctuellement et dans des cadres dirigés. D’autres se sont contentés d’en parler « à leur base » sans l’éclairer sur les conséquences pratiques des solutions proposées. Agrippés à leur posture, les partis politiques locaux n’ont pas cherché à travailler ensemble l’après-référendum. 2018 est là et les Calédoniens n’ont pas apprivoisé les opportunités que l’Accord de Nouméa ouvrait.

Le destin commun, un choix délibéré ?

La Mission relève que le destin commun, notion clé de l’Accord de Nouméa, qui sous-tend, d’un point de vue juridique, la définition de la citoyenneté et de la nationalité calédoniennes, « ne s’est que très partiellement » concrétisé entre 1998 et 2014. Le projet de l’Accord de Nouméa était pourtant de constituer entre le peuple d’origine (les Kanak) et les autres populations enracinées en Nouvelle-Calédonie une « communauté calédonienne » liée par un sentiment d’appartenance et la conscience de partager leur destin. « Les résultats contrastés de la politique de rééquilibrage et l’incapacité à clore le chantier des signes identitaires montrent qu’il reste du chemin à parcourir. » Une difficulté majeure pour définir l’évolution institutionnelle du pays en devenir.
Manifestement, les élus calédoniens n’ont pas su (voulu ?) faire adhérer la population à la citoyenneté et la nationalité calédoniennes. Ils ont promu quelques valeurs communes, exprimées dans l’hymne et la devise du pays. Mais ils ont aussi attisé les blocages sur le drapeau et le nom du pays : aucun accord en près de vingt ans ! Résultat : les Calédoniens n’ont pas de marqueur positif de poids à associer au destin commun. Toutefois, s’il n’est pas toujours aidé, le destin commun se construit, envers et contre tous et porte le progrès. Nos enfants sont plus unis que nous l’étions avant Matignon. L’inertie des dirigeants politiques rend simplement le processus plus long et laborieux.

Lire aussi dans ce dossier :
2018, fin d’un chapitre historique.
Libérons-nous de nos complexes ! ou « De la critique du rapport Courtial/ Mélin-Soucramanien ».
Mission sur l’avenir institutionnel : hypothèses 1 et 2.
Mission sur l’avenir institutionnel : hypothèses 3 et 4.

 

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