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Déchets, cette face gênante du développement

S’il est un point commun à l’usine de Vavouto, à l’augmentation de la population sur VKP et au déploiement de toutes les nouvelles activités industrielles et commerciales dans la...
Kaala-Gomen, associée à ses voisines Poum et Koumac, n’a pas attendu le schéma provincial pour agir sur son environnement. Elle dispose d’une installation de stockage des déchets et d’un centre de tri depuis plusieurs années.

S’il est un point commun à l’usine de Vavouto, à l’augmentation de la population sur VKP et au déploiement de toutes les nouvelles activités industrielles et commerciales dans la région, c’est qu’ils produisent des déchets… en masse. Preuve, mais regrettable celle-là, du développement économique en cours. Dans ce domaine également, la province Nord a dû s’adapter. Le 20 décembre 2012, son assemblée a adopté un « schéma provincial de gestion des déchets » dont, quatre ans plus tard, la mise en œuvre a progressé lentement. Quelques éléments d’information pour militer en faveur de la priorisation de ce dossier.

Plusieurs associations environnementalistes s’intéressent à la question des déchets dans le nord. L’une, Amu-Keje, fondée en octobre 2011, s’en était fait une spécialité. Les autorités provinciales l’ont tenue à distance, malgré sa proposition de relayer leur message et leurs actions sur le terrain, par exemple pour la promotion du compostage. Amu-Keje organisait des journées de collecte de déchets, comme ce 23 juin 2012, où une soixantaine d’habitants de VKP s’étaient joints à l’association sur le bord de la route territoriale. Depuis, Amu-Keje semble en sommeil.

La province Nord l’annonçait en 2012, dans son schéma de gestion des déchets, document d’orientation et de programmation de l’action publique1 : elle voulait « se doter d’une politique moderne de gestion des déchets, respectueuse de l’environnement, du confort et de la santé des citoyens et créatrice d’activité économique ». Les autorités retenaient en particulier le principe du pollueur-payeur (celui qui produit des déchets doit supporter le coût des actions de prévention et de réparation de cette pollution).

Que contient ce schéma ? D’abord, l’engagement d’accompagner techniquement et financièrement les communes et syndicats de communes, placés au premier rang des responsabilités légales pour la collecte, le tri et le traitement des déchets ménagers. Ensuite, un état des lieux, en 2011, de la gestion des déchets. Le constat était sans appel : la province avait toutes les raisons d’agir car les communes du Nord continuaient d’enfouir leurs déchets dans des dépotoirs municipaux hors normes sanitaires, irrespectueux de l’environnement ; seules faisaient exception Kaala-Gomen, Koumac et Poum, réunies en un syndicat intercommunal à vocation multiple (le SIVM-Nord) qui administrait une installation de stockage des déchets non dangereux (ISDND) construite à Kaala-Gomen. Si la collecte des déchets couvrait 75% de la population, aucun tri n’était réalisé et la pratique du brulis était encore très largement répandue ; 40 tribus restaient sans ramassage de leurs détritus. La production annuelle totale de déchets se montait déjà à 17 500 tonnes par an, dont 8 200 tonnes de déchets ménagers (soit 180 kg en moyenne par habitant) et 9 460 tonnes de déchets « autres » incluant déchets dangereux, encombrants, déchets verts. Le syndicat intercommunal établi entre Touho et Poindimié, le SIVU-Tipeep, projetait de construire une ISDND, la commune de Canala également. Kouaoua et Poum voulaient se doter d’une déchèterie.

S’appuyant sur cet état des lieux, la province Nord s’est fixé des objectifs à cinq ans :
-collecter et traiter 100% des déchets dans des installations aux normes ;
-assurer à toute sa population un service de collecte via des points d’apport volontaire ou des déchèteries ;
-instaurer dans chaque commune la facturation du service de gestion des déchets ;
-mettre en place une filière de tri et de valorisation de certains déchets dangereux (piles, huiles usagées, batteries, véhicules hors d’usage, pneus, métaux et déchets d’équipement électriques et électroniques). Par-là, la province Nord visait en particulier l’application du principe de responsabilité élargie du producteur (REP), avec, à la clef, le financement des filières réglementées par les producteurs, fabricants et  importateurs ;
-réduire de 30% les déchets fermentescibles enfouis, grâce à la technique du compostage individuel et collectif.
Pour garantir la bonne marche du projet, la collectivité prévoyait la conclusion, avec les communes et syndicats intercommunaux, de conventions d’assistance technique et financière. Le suivi du schéma a été confié aux bons soins d’un « comité de pilotage », chargé de réunir annuellement « les intervenants », essentiellement des représentants des institutions et l’éco-organisme Trecodec, mais pas d’associations environnementalistes. Tous les cinq ans, la feuille de route provinciale fera l’objet d’une évaluation et d’une remise à niveau. Soit en 2017 pour la première fois.

1. L’élaboration de ce schéma a pour base légale l’article 421-6 du code de l’environnement de la province Nord. Présenté le 23 février 2012 au comité consultatif de l’environnement de la Nouvelle-Calédonie, le projet a mis presque un an à être adopté par l’assemblée de la province Nord.

 

Lire la suite du dossier :

-Ambitions louables, résultats poussifs

-Déchets, les questions en suspens

-Déchets : l’Etat en soutien

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