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Politique agricole presque commune

La province Sud a entamé, en 2014, la refonte de sa politique agricole, qu’elle travaille en écho avec le gouvernement de Philippe Germain. Leur objectif ? Réduire la dépendance...

La province Sud a entamé, en 2014, la refonte de sa politique agricole, qu’elle travaille en écho avec le gouvernement de Philippe Germain. Leur objectif ? Réduire la dépendance de la Nouvelle-Calédonie à l’importation alimentaire ; en corollaire, rendre l’agriculture, massivement aidée, plus efficace et davantage contributrice au développement local. Nicolas Metzdorf, président de la commission du développement rural de la province Sud, est chargé de conduire cette mutation.

VKP Infos : L’activité agricole a reculé pendant la décennie passée. Elle est coûteuse à la collectivité et a pourtant été laissée pour compte dans les politiques publiques. Vous voulez changer la donne ?
Nicolas Metzdorf : C’est pour la Calédonie une question de survie. Nous voulons revenir aux fondamentaux : l’agriculture est là pour nourrir la population. C’est son objectif premier ; la sédentarisation, l’aménagement du territoire, la préservation de « l’âme de la Brousse », l’emploi, ne sont que ses effets, ne l’oublions pas. Or, aujourd’hui, l’agriculture locale ne nourrit pas les Calédoniens, elle ne couvre que 15% de leur consommation ; elle les nourrit même de moins en moins. Le développement de la mine, sur VKP comme dans le sud, a fait chuter le taux d’autosuffisance alimentaire : les gens ont quitté les champs pour les usines, plus rémunératrices. La province Sud a décidé de soutenir les exploitants pour qu’ils produisent efficacement et réduisent notre dépendance alimentaire. Nous tenterons de rendre l’activité agricole attractive, pour répondre à une nécessité de long terme : la planète comptera neuf milliards d’habitants en 2050, les terres arables diminuent partout dans le monde, la Nouvelle-Calédonie va vers des difficultés  certaines d’approvisionnement. On le sent déjà sur la viande, plus chère à l’import, parce que nous sommes un trop petit marché. En outre, produire localement présente d’autres avantages : nous contrôlerons mieux les aspects sanitaires de nos  productions.

Quelles sont les priorités pour aboutir à une production efficace ? Nous avons établi un état des lieux fin 2014, en consultant un millier de professionnels du secteur réunis en « assises du développement rural1 ». L’interventionnisme des pouvoirs publics par le passé se résumait trop souvent à une participation financière déconnectée de la production réelle. C’était l’exemple de la garantie de revenus accordée par l’APICAN2 sur certaines productions comme la squash, sans contrôle des volumes effectivement cultivés. Le cumul des aides directes et des fonds alloués indirectement à l’agriculture (salaires des fonctionnaires, soutien du fonctionnement des établissements, formation…) avoisinait quinze milliards de francs CFP annuels, pour une valeur marchande agricole de treize milliards à l’année. Problème ! Avec cet état des lieux, nous avons défini en 2015, une « politique publique agricole provinciale – PPAP », déclinée en actions sur dix ans, à moyens publics constants. Désormais, la province Sud va réorienter son aide vers l’investissement des exploitants plutôt que leur fonctionnement ; nous les aiderons à s’installer. Nous avons contribué pour cela à l’adoption en avril de la loi du pays sur les baux ruraux ; nous réformons aussi notre code des investissements. Nous avons accordé, transitoirement, plus d’un milliard de francs de subventions à l’investissement depuis un an, pour moderniser l’outil de production dans quatre filières jugées stratégiques : les bovins, les ovins, les céréales et les fruits et légumes. Pour les céréales, nous aiderons les cultivateurs en fonction de la surface cultivée et non plus au kilo ; nous diminuerons les aides à l’achat d’engrais.

agri-3-agriculture-assises-du-developpement-rural-journee-2-atelier-bovins-2Entre services administratifs et établissements publics, l’agriculture est très dirigée. Conserverez-vous cette  mainmise ?
Nicolas Metzdorf : Quand on m’a confié le dossier, je recevais des appels d’agriculteurs pour me demander s’ils pouvaient acheter une machine ou du bétail. J’ai dit : « Stop ! ». Les pouvoirs publics ne sont pas là pour diriger le quotidien des exploitants, mais pour définir une politique agricole cohérente et veiller à sa mise en œuvre, par les financements, la recherche, la formation, etc. Par conséquent, je m’efforce de remettre les producteurs au centre du dispositif, de les responsabiliser par filière. Nous les incitons à former des organes interprofessionnels, où ils travaillent ensemble pour assurer les flux de production. C’est l’exemple de l’interprofession sur les fruits et légumes (IFEL) qui a remplacé l’année dernière la commission prix et cotations tant décriée. Désormais, ce n’est plus l’ERPA3 qui décidera de l’approvisionnement des marchés en fruits et légumes mais les producteurs, les importateurs, les distributeurs réunis. C’est à eux de se prononcer sur les volumes, les prix. On en voit déjà les progrès sur les étals, il y a moins de rupture de stocks.

Comment considérez-vous le consommateur dans votre politique ?
Nicolas Metzdorf : Les producteurs lui doivent le juste prix et la qualité. Nous avons entrepris les travaux sur les prix. Jusqu’ici, l’ERPA allouait deux milliards de francs CFP d’aide par an aux agriculteurs pour leur assurer un revenu couvrant leurs coûts de production, tout en faisant baisser le prix au consommateur. Système déconnecté de la réalité agricole. Nous voudrions instaurer en fin d’année un référentiel, un indice des prix agricoles avec la chambre d’agriculture. Par ailleurs, en fixant le cap d’une agriculture pour tous, durable, raisonnée et responsable, nous répondons à deux exigences : la qualité et la nécessaire préservation de notre environnement. Nous attendons le vote, dans les prochaines semaines, de la loi du pays sur les signes d’identification de la qualité et de l’origine élaborée au sein de l’ERPA. Avec ces labels, le consommateur sera mieux informé sur son alimentation ; les producteurs seront plus motivés à produire d’une manière responsable. Nous voulons en parallèle introduire dans le code des investissements provincial un bonus financier pour les agriculteurs qui passeront des méthodes conventionnelles à l’agriculture responsable ou biologique.

agri-4Le développement agricole n’est pas une question propre au Sud. Travaillez-vous en coopération avec les autres provinces ?
Nicolas Metzdorf : Effectivement, notre politique est fondée sur des constats qui ne s’arrêtent pas à une limite géographique. Nous l’avons présentée à l’assemblée plénière de la province Nord en 2015, en  lui proposant de s’associer à nos travaux. Par principe, la province Nord nous a opposé le respect des compétences respectives même si dans les faits, nos services coopèrent. Nous manquons d’information sur sa politique vis-à-vis des agriculteurs. Nous avons rencontré ceux de VKP récemment avec le président du gouvernement  ; ils ont des interrogations bien concrètes et pas toujours de réponse de la collectivité. Nous pourrions partager des données avec le Nord : notre cellule « PPAP » recueille de nombreux chiffres, développe des indicateurs sur l’autosuffisance, nous fournit des outils d’aide à la prise de  décision…
Sur des grands dossiers comme l’eau, comme le foncier, nous aurions bien besoin d’une coopération officielle avec le  Nord. Le foncier est un problème majeur pour l’agriculture. Il faut faciliter son accès partout pour ceux qui voudraient le mettre en valeur. Avec la loi sur les baux ruraux, nous pallions les difficultés à l’achat en permettant la location pour l’exploitation agricole. J’ai sollicité le sénat coutumier pour en adapter le principe au foncier coutumier. C’est regrettable, mais je n’ai pas de réponse pour l’instant.

1. Du 27 au 30 octobre 2014, les professionnels ont été réunis à Nouméa et La Foa.
2. APICAN : agence pour la prévention et l’indemnisation des calamités agricoles ou naturelles (établissement public de la Nouvelle-Calédonie).
3. ERPA : établissement de régulation des prix agricoles et alimentaires, établissement public de la Nouvelle-Calédonie chargé, entre autres, de stabiliser les cours et de garantir des prix d’achat aux producteurs.

Poulets de gamme

« Il faut structurer les quatre filières jugées prioritaires », répète Nicolas Metzdorf. Gouvernement et province Sud visent l’augmentation, en dix ans, du rapport production/consommation de 62% à 85% pour les bovins, de 58% à 75% pour les fruits et légumes, de 8% à 30% pour la chaire de poulet et de 9% à 38% pour les céréales. « Pour les poulets, ce sera long, car il faut d’abord faire pousser les céréales qui permettront de produire des animaux de qualité, ça a un coût », souligne le jeune élu.

Lire aussi dans ce dossier :

-Agriculture : Le sud déménage, que fait le nord ?

-La province Nord réfléchit

-La réalité de l’intervention provinciale

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