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La réalité de l’intervention provinciale

Pour avancer, la province Nord ne manque ni d’analyses, ni d’outils. Pourtant, ses élus peinent à prendre les décisions nécessaires à servir ces objectifs ; certains agriculteurs taxent son...

Pour avancer, la province Nord ne manque ni d’analyses, ni d’outils. Pourtant, ses élus peinent à prendre les décisions nécessaires à servir ces objectifs ; certains agriculteurs taxent son administration d’inertie. Le développement du secteur s’en ressent.

Quoique sans plan d’action global, la province Nord dépense pour l’agriculture, essentiellement en portant le fonctionnement des prestataires de services techniques et scientifiques qui accompagnent les agriculteurs sur le terrain et en finançant leurs recherches. Ils sont une bonne dizaine, dont Arbofruits, l’ADECAL Technopole, l’institut agronomique néocalédonien ou REPAIR, association qui s’occupe de promouvoir la certification agriculture responsable. « Pour cela, le budget annuel du service de l’agriculture, quoique en baisse, est de cinq cents millions de francs CFP, précise monsieur Caplong. Nous assumons aussi une partie du budget géré par l’ERPA pour l’aide au transport, les engrais et autres intrants, les démarches qualité. »

En termes d’investissement, le soutien provincial se fait au coup par coup. La collectivité met l’accent sur les aides financières délivrées individuellement aux agriculteurs via le code de développement (CODEV). « Sur les trois dernières années, le nombre le plus important des projets aidés au titre du CODEV concerne l’agriculture, à hauteur de 70% du total environ, commente Laurent Kasanwardi, directeur-adjoint de la DDEE. Ce nombre augmente, d’ailleurs, en valeur absolue, il est déjà de 72 entre janvier et août 2016, contre 76 pour toute l’année 2014. » Le maraichage et la culture de tubercules, à petite échelle sur la côte Est, composent la majorité de ces projets. La province Nord intervient aussi directement dans les exploitations agricoles pour la création de ressources en eau (réalisation de forages). « Les agriculteurs sont assez bien aidés, même s’ils le sont moins qu’en province Sud, souligne René Videault. Les jeunes bénéficient d’un accompagnement financier pour lancer leur exploitation, jusqu’à la première récolte. Nous avons cependant des divergences sur la politique provinciale, comme pour la récente baisse de l’aide aux engrais. Mais la province Nord est présente pour financer les infrastructures, sur la zone de Tipenga1 par exemple ». Effectivement, la collectivité subventionne les projets structurants portés par ses sociétés d’économie mixte, surtout lorsqu’il s’agit de munir son territoire d’équipements à usage collectif. « Ce type d’investissement, par exemple la mise en place d’un organisme de récolte et de stockage (ORS), relève du budget du service de l’agriculture, pas les aides du CODEV », explique Philippe Caplong.

Sur une terre où les modèles culturels coexistent, la province Nord voudrait une politique agricole à la fois globale et locale, nécessaire à conserver à l’agriculture calédonienne son visage multiple. Vœu louable, mais qu’il faut se dépêcher de concrétiser en suivant des objectifs écrits car, dans le détail des chiffres (cf. les graphiques ci-dessous), les dépenses d’investissement provinciales pour l’agriculture ont baissé ces trois dernières années, en proportion des dépenses globales en faveur du développement économique.

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1. Zone agroalimentaire aménagée sous la conduite de la Saeml Grand projet VKP, où se situent les installations de l’OCEF, le centre de traitement des produits agricoles, les silos de l’ORS…

A Ouaco, l’avenir sera productif

agriculture-l-lebrun-nord-avenir-dsc_7972Dans sa politique de développement économique, la province Nord mise sur la société d’économie mixte locale Nord Avenir, dont elle est l’actionnaire principal. En déployant un réseau d’entreprises dans l’agroalimentaire, Nord Avenir – anciennement Sofinor – s’est historiquement substituée aux initiatives privées, défaillantes. Aujourd’hui, elle ne s’engage dans des filières qu’avec l’appui de partenaires « métier ».

« Notre pôle agro intervient dans cinq secteurs : l’agriculture ; l’aquaculture ; la pêche ; l’exploitation forestière et l’agroalimentaire », explique Laurent Lebrun, directeur général de Nord Avenir. « Nous avons plusieurs objectifs, dont la structuration durable des secteurs agricole et agroalimentaire de la province Nord et l’augmentation de la production agricole de la Nouvelle-Calédonie pour réduire sa dépendance aux importations. Nous participons à l’organisation de la filière porcine ainsi qu’au déploiement des productions végétales ; nous travaillons à sécuriser les approvisionnements en céréales », poursuit celui qui fut un temps directeur du développement économique de la province Nord et connait donc bien le dossier.

Concrètement, un centre génétique porcin

agri-elevage-porc-img_0331C’est une entreprise prometteuse. Au départ, la Sofinor avait acquis la SCIATA, entreprise productrice de porcs située à Païta, pour transférer vers le nord des quotas de production porcine, bénéficiant majoritairement au sud. Nord Avenir a ensuite construit des porcheries à Ouaco, avec un centre de reproduction. Une étude lui a prouvé l’existence d’un important marché régional ; la société a donc tiré parti du statut sanitaire de la Nouvelle-Calédonie, exempte de toute maladie porcine, pour y installer un centre génétique aux normes de biosécurité draconiennes. « Nous l’avons fait en partenariat avec ADN, une entreprise bretonne spécialisée en génie génétique, filiale de coopératives porcines et leader sur son marché. Pour des raisons sanitaires et logistiques, elle ne peut pas exporter de jeunes truies en Océanie. Notre accord commercial lui permet de pénétrer le marché océanien ; la SCIATA bénéficiera en contrepartie de son expertise. Les porcs seront tracés sur plusieurs générations. Nous devenons un acteur de premier plan de la filière », se réjouit Laurent Lebrun. Le centre génétique de Ouaco compte aujourd’hui neuf cents cochons dont la courbe de croissance est supérieure de vingt kilos à la moyenne. La SCIATA ambitionne de fournir tout le Pacifique Sud en animaux reproducteurs et en semence fraîche. « Et nous répondons aux normes du bien-être animal », précise monsieur Lebrun.

Céréales en sus

« Ouaco, c’est un projet global d’élevage et polycultures associés. » Sous réserve de disposer d’eau grâce à une retenue collinaire, Nord Avenir cultivera les terres alentour, en utilisant le lisier des porcs, pour produire du blé et du maïs qui… nourrira les cochons. Le groupe est déjà implanté dans la filière des céréales puisqu’il exploite les silos de l’organisme de récolte et de stockage (ORS) de Pouembout, via sa filiale Céréalys et détient l’un des deux producteurs de provende calédoniens, la SICA-NC. « Aujourd’hui, Céréalys équilibre ses comptes », indique Laurent Lebrun, soulagé. En effet, lorsqu’il a pris la tête du groupe en 2013, l’homme n’y a pas trouvé que des pépites. La Sofinor avait investi tous azimuts, en achetant même les boulangeries industrielles du groupe  Gourmand, en difficultés financières notoires et situées… à Nouméa.

L’eau, trois ans après

agri-11La province Nord s’oriente, depuis mi-2014, vers la construction d’un barrage à usages multiples sur la Pouembout, pour approvisionner la région VKP en eau potable et irriguer ses terres agricoles. Le gouvernement néocalédonien vient de conforter le projet en ajoutant sa participation financière. Pourtant, les agriculteurs, qui attendent l’infrastructure comme indispensable, sont inquiets : leurs besoins futurs seront-ils pris en compte ? L’équipe projet de la province, assistée d’entreprises spécialisées, doit terminer avant la fin d’année l’« étude de programmation2» du barrage. Le calendrier initial a déjà glissé de plusieurs mois.

« Si le barrage se fait, on pourra même faire du riz sec », s’enthousiasme René Videault, l’un des représentants des agriculteurs de Pouembout. « Aujourd’hui, nous gérons la pénurie d’eau entre nous. Ce projet, il ne faut pas le rater, pour augmenter la production. » La région VKP représenterait en effet environ quatre mille hectares exploitables, soit des besoins d’eau évalués entre dix et quinze millions de mètres cubes. « Or, dernièrement, nous avons dû alerter les élus, messieurs Slamet et Djaïwe, parce que l’équipe projet de la province voulait s’orienter vers un approvisionnement des agriculteurs par des lâchés d’eau dans la rivière. Elle n’avait pas prévu de chiffrer l’autre option technique, la construction de conduites pour le réseau agricole. Si ce réseau n’est pas programmé dès le départ, il ne sera jamais fait ! », se désole l‘association des utilisateurs d’eau agricole de Pouembout. Crainte devant laquelle Yannick Slamet, premier vice-président de la province Nord, se veut rassurant : « Nous veillerons à ce que l’équipe projet chiffre bien les deux options techniques, lâchers d’eau dans la rivière et tête de réseau agricole comme pour l’AEP. Les élus se prononceront en considérant l’enveloppe budgétaire du projet, qu’il faut respecter. Quoi qu’il arrive, nous prendrons en compte les besoins des terres agricoles. Le développement agricole est progressif, nous l’accompagnerons en construisant en temps voulu le réseau d’eau adapté ».

2. L’étude de programmation permettra de définir les caractéristiques techniques du barrage, son financement et son mode de fonctionnement, pour sélectionner le meilleur projet. Le groupement d’entreprises qui assiste la province Nord s’organise autour d’un mandataire, la société d’ingénierie métropolitaine SAFEGE.

 

 

 

 

 

 

 

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-Agriculture : le sud déménage, que fait le nord ?

-Politique agricole presque commune

-La province Nord réfléchit

 

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