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La province Nord réfléchit

Le diagnostic est le même que dans le Sud : la province Nord veut voir augmenter la production marchande de l’agriculture, qu’elle considère comme un facteur de diversification de...
A Pouembout, les champs de maïs de René Videault.

Le diagnostic est le même que dans le Sud : la province Nord veut voir augmenter la production marchande de l’agriculture, qu’elle considère comme un facteur de diversification de son économie. A cet objectif partagé, elle ajoute celui de maintenir, voire d’encourager, les activités agricoles traditionnelles des tribus.

A la province Nord, comment traite-t-on d’agriculture ? La commission du développement économique de l’assemblée, présidée par Joseph Goromido, s’appuie sur la « Direction du développement économique et de l’environnement (DDEE) » dotée d’un service de l’agriculture et sur la société d’économie mixte locale Nord Avenir. Dans les faits, l’obsolescence des données sur l’action provinciale et la complexité de l’organisation administrative font s’interroger sur l’importance accordée à l’agriculture. Depuis quinze ans, toutes les attentions ne sont-elles pas concentrées sur le déploiement industriel et urbain de VKP ? Ainsi, le site internet de la collectivité, malgré son accroche (« L’agriculture occupe une place prépondérante dans l’économie de la province Nord »), cite des chiffres et données qui remontent à 2006 et sont fondés, non pas sur le recensement général agricole de 2012, mais sur le précédent (2002). Le service de l’agriculture n’a pour l’instant pas de chef ; ses ressources humaines limitées (quatre agents) travaillent avec des antennes « décentralisées » qui ne leur sont pas rattachées hiérarchiquement. « Les antennes de la sous-direction du développement local situées à Canala, Koumac, Poindimié et Pouembout, ont un technicien pour la production animale, un pour la végétale, indique Philippe Caplong, l’adjoint au chef du service de l’agriculture. Elles ont aussi des animateurs en tribu qui relaient notre action en sensibilisant la population aux bonnes pratiques, même s’ils ne sont pas exclusivement dédiés à l’agriculture. » Un choix peut se révéler efficace cependant, à condition de contrôler rigoureusement ces partenaires : celui de déléguer, par convention, aux organismes professionnels comme Arbofruits, l’accompagnement des producteurs sur le terrain.

Un plan d’action « dans le circuit »

La province Nord ne s’est pas pourvue d’objectifs chiffrés ni temporels, mis à part peut-être pour l’apport d’eau aux agriculteurs ; elle n’a pas défini de filières agricoles prioritaires. Pourtant, son soutien budgétaire au secteur agricole, bien réel, mériterait d’être guidé par une politique cohérente. La DDEE, consciente du besoin, a proposé un plan d’action en 2015 aux élus, toujours en attente de validation. « Avec les techniciens sur le terrain, nous avons identifié les axes à suivre. Et nous travaillons avec la province Sud sur les filières porcs, céréales et bovins », précise monsieur Caplong.

Quels sont ces axes non encore « officiels » ? L’encouragement de la production, bien sûr, mais le service de l’agriculture distingue les agricultures marchande et traditionnelle. S’agissant de la première, « pour rationaliser leur production, les agriculteurs doivent apprendre à se fédérer », insiste Philippe Caplong. « En Nouvelle-Calédonie, on compte une moissonneuse batteuse pour quarante hectares. Il en faudrait une pour cent cinquante hectares. Nous travaillons à mutualiser le matériel agricole mais c’est compliqué à faire accepter… Nous avons soutenu la création d’une coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) à Pouembout. Quand elles marchent, ces structures constituent un réseau puissant qui obtient pour les exploitants des prix intéressants des vendeurs de matériel. » De leur côté, les agriculteurs de la région VKP (qui concentre l’essentiel des productions céréalières et des cheptels bovins et porcins du Nord) adhèrent à cette volonté d’augmenter la production. Ceux de Pouembout se sont manifestés : « Nous avons remis à la province un plan de de développement agricole, avec des objectifs de production chiffrés annuels en augmentation », nous informe René Videault, vice-président de l’association des utilisateurs d’eau agricole de Pouembout, l’AUEAP. Information confirmée par la DDEE. Mais beaucoup d’exploitants s’inquiètent du « manque de réactivité des services provinciaux » dont les agents seraient rétifs à sortir de leurs bureaux pour mettre en pratique les plans d’action. « Nous voyons d’un très bon œil les initiatives sur l’autonomie alimentaire. Pourvu que les provinces parviennent à coopérer sans que le politique ou les lenteurs de l’administration n’entravent cette collaboration », souligne monsieur Videault. « Pour augmenter la production, il nous faut de l’eau. Or, la conduite du projet de barrage au sein de la province nous laisse perplexes. Ça patine. Ensuite, l’augmentation des productions va provoquer un bouleversement du schéma actuel de soutien public, pour les céréales par exemple1. Il faut le repenser ; nous devrons investir. Pour tout ça, nous avons besoin d’un plan de développement clair de la province. »

En ce qui concerne l’agriculture traditionnelle, la préoccupation des agents de la province porte sur l’accès au foncier et l’écoulement des surplus. « Les tribus produisent beaucoup, mais pour l’autoconsommation, poursuit monsieur Caplong. C’est difficilement chiffrable puisqu’il n’y a pas de transactions marchandes. Nous voulons mettre en place un système de vente des surplus, développer les débouchés commerciaux. Il faut donc commencer par capter cette production traditionnelle. Avec la DEFIJ (direction de l’enseignement et de la formation, Ndlr), nous formons les petits agriculteurs, souvent des femmes, à la transformation de leurs produits (surgélation, etc.). Ce qui est plus difficile pour ceux qui veulent devenir marchands, c’est l’accès à la terre. » Soit. La conclusion est la même que dans le sud. Mais quelle solution la province Nord veut-elle apporter au problème ? « Une récente étude de la province, confiée à des prestataires comme NC Agripole, à laquelle nous avons participé, évalue à quatre mille hectares le potentiel agricole non exploité de VKP, terres coutumières incluses », précise René Videault. « Pour faciliter l’exploitation de ces terres, les pouvoirs publics doivent faire avancer le projet de barrage, mais ce n’est pas une fin en soi. Il faut aussi un plan de formation à grande échelle à destination des jeunes Kanak, pour qu’ils cultivent les terres coutumières », suggère l’agriculteur de Pouembout, qui produit lui-même du maïs. Et le principe des baux ruraux, qui fait accéder d’autres que les propriétaires à la terre ? La province Nord examine la question.

1. Voir l’article « Agriculture : Le sud déménage, que fait le nord ? »

Lire aussi dans ce dossier :

-Agriculture : Le sud déménage, que fait le nord ?

-Politique agricole presque commune

-La réalité de l’intervention provinciale

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