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Qui s’occupe de la « condition féminine » dans le nord ?

En province Nord, la femme fait l’objet d’attentions institutionnelles et associatives. On pourrait se perdre dans l’écheveau des instances qui s’en occupe, commission de la femme, mission de la...

En province Nord, la femme fait l’objet d’attentions institutionnelles et associatives. On pourrait se perdre dans l’écheveau des instances qui s’en occupe, commission de la femme, mission de la femme, conseil des femmes… Pourtant, selon le cabinet du président Paul Néaoutyine, chacune a son utilité.

La femme, ou plutôt, la « condition féminine », c’est important, en province Nord. La collectivité lui dédie, au sein de son assemblée, une commission de huit élus (cinq femmes, trois hommes) relayée, dans l’administration, par un service nommé, comme en province Sud, « Mission de la femme »1. S’occuper des femmes relèverait-il du sacerdoce ? Dans les faits, ce service instruit les dossiers, les fait trancher par la commission et applique la politique publique en faveur de la condition féminine. Les dossiers concernent, en majorité, les demandes de subventions des associations de femmes et la participation à des événements dédiés aux femmes. Les initiatives de la commission sont rares, aucun projet ne nait dans cette instance où, pourtant, les femmes sont surreprésentées et qui dispose du pouvoir politique.

Un réseau associatif dense et concret

En parallèle, les femmes ont déployé un tissu associatif pour faire valoir leurs aspirations et, pourquoi pas, leurs droits. Il s’articule autour du conseil des femmes de la province Nord, qui doit assurer leur représentativité auprès des institutions. Créé dans les années  90, son fonctionnement a parfois été aléatoire mais le conseil est devenu, dans les faits, le principal interlocuteur de la province Nord. Il coopère ainsi avec la Mission de la femme sur le terrain, tout comme les fédérations communales de femmes qui gravitent autour de lui. Selon Océane Trolue, collaboratrice en charge de la condition féminine au cabinet de la présidence de la province  Nord, « toutes ces instances, politiques et associatives, interagissent, pour contribuer à la valorisation de la femme dans son environnement, la promotion de ses droits et l’égalité entre hommes et femmes. Notre but, c’est une société plus juste, et donc durable ».

Là où les efforts se concentrent

La Mission de la femme a bien compris d’où proviennent les initiatives. Elle focalise son intervention sur le soutien à la vie associative et a vivement encouragé la création d’une fédération de femmes dans chaque commune du Nord. En ce sens, on peut regretter que la province agisse davantage en « réaction » qu’en « action ». Cependant, les fédérations sont devenues ses relais pour promouvoir la formation des femmes. A petits pas, car pour l’instant, l’effort porte presque exclusivement sur des disciplines traditionnellement dévolues aux femmes dans leur rôle domestique (la couture, la confection de bijoux, le tressage de nattes en pandanus par exemple).

Toutefois, poussée par le développement et par des statistiques déplorables, la province Nord a commencé à s’impliquer, depuis 2010, sur des questions de société : celle des violences à l’encontre des femmes en premier lieu. La Mission de la femme construit un réseau de prise en charge des personnes touchées, dont l’équipement principal est le centre d’aide aux femmes en difficultés, le CAFED, inauguré fin  2014 à Voh (photo ci-dessus). Elle subventionne par ailleurs, dans plusieurs communes, des permanences d’information juridique particulièrement fréquentées par les femmes (cf. p. 29). Viendront bientôt une « maison de la femme  » à Paiamboué (Koné) ‒ ouverture planifiée en mars  2017 ‒ et une autre à Ponérihouen. Encore pudique sur le principe d’égalité entre hommes et femmes, la province Nord met l’accent aujourd’hui sur « l’émancipation et l’autonomisation des femmes ». Ce concept est revenu comme un leitmotiv dans les discours, les 8 et 9 mars, au centre culturel Pomémie, lors de la journée internationale de la femme. Pourtant, la puissance publique ne pousse pas encore l’analyse trop loin  : « Nous ne faisons pas de distinctions selon les âges, les ethnies, la situation géographique ; les questions à résoudre sont générales à toutes les femmes du pays », dit-on au cabinet de Paul Néaoutyine.

Décloisonner l’action

Au fil des ans, la prise de conscience des difficultés surabondantes des femmes dans leur parcours privé ou professionnel se généralise. La province Nord travaille maintenant davantage avec le gouvernement. La collaboration, timide, est circonscrite à l’organisation d’évènements et de séminaires de réflexion. Pas en avant, en août 2016, la province Nord hébergera des formations initiées par le gouvernement : ainsi de la deuxième session du programme « 100 femmes leaders » et des trois jours prévus à Koné sur « la prise en compte de l’égalité hommes/femmes dans les politiques publiques » pour sensibiliser le personnel de l’institution provinciale à la question du « genre ». En revanche, peu de synergie avec les provinces sœurs, qui font pourtant les mêmes constats sur les besoins des Calédoniennes. Et le sénat coutumier ? A l’heure où le Sud met en place un comité de réflexion avec cette instance très masculine, la province Nord semble accepter que les principes régissant le monde kanak soient laissés à l’appréciation exclusive des hommes.

En conclusion, le contexte local est-il propice à ce que la femme se sente « bien  » dans notre société ? Pas encore tout à fait. Il faudra défaire certaines œuvres du temps, si les femmes elles-mêmes le veulent bien ; repenser l’économie et la coutume, dans la mesure où elles freinent l’essor d’un genre ou de l’autre. « Un état des lieux plus approfondi sur ces questions nous semble nécessaire. Nous projetons de mettre en place un mini-observatoire pour asseoir notre action sur des données fiables… », conclut Océane Trolue. Entre rééquilibrage économique, doctrine nickel, réforme fiscale et délinquance juvénile, on voudrait bien croire que la promotion de l’égalité hommes-femmes est une priorité. Mais on n’y arrive pas encore complètement. Pourtant, faire en sorte que la femme se sente « bien », sans peurs, tabous ni culpabilité inutiles, faire en sorte qu’elle soit mieux écoutée, ce serait peut-être résoudre dans le même temps un bon nombre des problèmes qui laissent notre société en un inquiétant déséquilibre. Sur le chemin pour y parvenir, la province Nord pourrait donner l’exemple, elle en a les moyens.

Encore un effort

Dans le rapport d’activité de la province Nord paru en 2014, le sujet de la condition féminine se résume à deux pages sur cent vingt. Subventions aux associations pour «  valoriser les savoir-faire des femmes du Nord », participation à des événements, prise en charge des femmes victimes de violences… L’action provinciale ne s’est, en revanche, pas étendue à la prévention auprès des familles, des hommes, des enfants.
La condition féminine s’est vu allouer 64 millions CFP en 2014, soit moins de 0,02% des dépenses budgétaires mandatées (35,4 milliards CFP).

Contacts

Commission de la femme de l’assemblée de la province Nord, présidée par madame Ivana Bouanou (i.bouanou@province-nord.nc).
Mission de la femme (service administratif), dirigée par madame Gisèle Oudaré. Tél. : 47 73 36 / 47 73 37 – Fax : 47 73 99 Courriel : mission-femme@province-nord.nc
Conseil des femmes de la province  Nord, présidé par madame Albertine Boene. Tél/Fax : 42 33 14 Courriel : cfpn@canl.nc
Points d’accès au droit : Droits.nc@gmail.com; tél. 86 05 92.

Lire aussi dans ce dossier :

-Les calédoniennes, minorité active

-MEDEF-NC : « La femme ? Mais est-ce vraiment un sujet ? »

– « Ce que la société a fait, elle peut le changer », entretien avec Déwé Gorodey

-L’égalité filles-garçons dans l’ADN de l’école

-Femme à plein temps, entretien avec Noëlla Poemate

-Les femmes dans le Nord

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