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MEDEF-NC : « La femme ? Mais est-ce vraiment un sujet ? »

Le MEDEF-NC n’a pas de politique particulière de la femme. Les syndicats de salariés locaux non plus d’ailleurs.

Quand on les interroge, Catherine Wehbe, la directrice de la principale organisation patronale du pays, Valérie Zaoui, sa coprésidente fraichement nommée et Stéphanie Hervé, chargée de communication,  commencent par mettre en doute que «  le  genre  féminin » soit un sujet de débat dans l’entreprise. Pourtant, au fil de la discussion, la singularité des femmes au travail émane de leur discours comme une question qui mérite attention…

valerie-zaouiLe MEDEF-NC n’a pas de politique particulière de la femme. Les syndicats de salariés locaux non plus d’ailleurs. « L’univers professionnel impose des comportements, que l’on soit femme ou homme », assène Catherine Wehbe. Les enjeux qui seraient propres à la femme ne font donc l’objet d’aucune commission officielle de travail. Sur le site internet de l’organisation, seul figure un renvoi à la délégation calédonienne de l’association « Femmes cheffes d’entreprise » qui s’occupe de mettre celles-ci en réseau. « Je préside cette association », expose Valérie Zaoui. « C’est vrai qu’elle vise aussi à améliorer le taux de présence des femmes dans les instances économiques décisionnaires, organismes professionnels, chambres consulaires, etc. » La femme n’est pas un sujet mais… « Le MEDEF a décortiqué le rapport 2015 de l’IDC-NC1 sur les femmes et l’emploi pour en tenir compte lors des négociations collectives de branches. Et quand nous avons mis en place la filière maintenance, nous avons défendu l’ouverture aux femmes des formations à ces métiers dont la Nouvelle-Calédonie a besoin », souligne madame  Wehbe.

Alors, quelles préoccupations pour les femmes au travail ? Dans un monde qui se voudrait asexué mais qui n’y parvient pas, « il y a une sensibilité féminine, elle pourrait être mieux exploitée », admet Catherine Wehbe. « La femme a de grandes qualités : son abnégation, sa conscience professionnelle et sa capacité à se plier aux règles facilitent son intégration en entreprise. Son taux d’absentéisme est moindre que celui des hommes », renchérit Valérie Zaoui (en photo), qui dirige, dans sa société Hestia gouvernantes, une cinquantaine de salariées. Cette femme à la carrière exemplaire ‒ employée dans l’hôtellerie, elle a gravi les échelons avec efficacité, jusqu’à constituer son entreprise puis devenir l’une des figures du MEDEF calédonien ‒, pour qui « la réussite passe par le travail », n’ignore rien des obstacles faits aux femmes. « Remercions nos mères, qui nous ont défriché le chemin, avec leur positionnement féministe. Mais la femme rencontre encore des freins dans la vie professionnelle, quand elle veut accéder aux responsabilités. Elle se heurte à une double contrainte : tenir son foyer et assurer l’éducation de ses enfants d’une part, se rendre disponible pour l’entreprise d’autre part. C’est le prétexte pour ne pas la faire évoluer. Moi, j’ai réagi en créant mon entreprise. C’est la vulnérabilité de la femme : pour réussir au travail, elle a absolument besoin de soutien familial ». L’entreprise ne ferait donc pas la part des choses ? Les femmes du MEDEF pourraient l’y aider. Il y a fort à parier que les entreprises capables de juger également hommes et femmes, à l’aune de toutes leurs responsabilités, familiales incluses, ne le regretteraient pas. La société calédonienne non plus.

La parole à Nadia Fonroques, Soprotec Koné

La particularité d’être une femme à la gérance ?

« Il me semble que la femme aux manettes est plus à l’écoute des problèmes de son personnel. En parallèle, nous tranchons plus radicalement que les hommes, nous voulons des situations claires… Dans des métiers comme le mien (la quincaillerie, Ndlr), la femme doit faire ses preuves auprès de la clientèle, essentiellement masculine, qui a parfois l’air de douter de ses compétences… Chez Soprotec, nous sommes trois femmes et deux hommes, sans tâches assignées en fonction du sexe. Aucune n’était formée à la quincaillerie, ce qui a compté pour notre recrutement, c’est notre motivation et notre ouverture d’esprit. A force de persévérance, les choses finiront par bouger… »

Des points à améliorer ?

« Je regrette qu’on ne laisse pas les femmes d’expatriés de Koniambo Nickel travailler en entreprise. Elles auraient apporté beaucoup à la région. De manière générale, les femmes chefs d’entreprise ne se rencontrent pas assez en province Nord. Nous devrions, comme les hommes, mettre en place un réseau. Je me trouve parfois un peu seule. »

L’incitation au partage des  devoirs familiaux ?

« Ce serait une disposition très importante pour faciliter notre vie professionnelle. Par exemple, un vrai soutien lors du congé de maternité : maintien de rémunération pendant une période suffisante pour le bien du bébé, partage du congé entre le père et la mère… Ça ferait avancer les choses. »

1. Enquête « Les femmes, formation et emploi en Nouvelle-Calédonie, focus 2015 » de l’institut du développement des compétences de Nouvelle-Calédonie (IDC-NC) parue en mars 2016.

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