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Les femmes dans le Nord

La famille, préoccupation majeure La province Nord finance depuis 2014 des « points d’accès au droit – PAD » dans plusieurs communes. Elément significatif, la collectivité semble rattacher ce...
Près de 35% des effectifs de Koniambo Nickel SAS sont des femmes. L’entreprise lance de temps en temps des campagnes d’information contre les violences  conjugales.

La famille, préoccupation majeure

La province Nord finance depuis 2014 des « points d’accès au droit – PAD » dans plusieurs communes. Elément significatif, la collectivité semble rattacher ce dispositif, pourtant ouvert à tous, à sa politique d’amélioration de la condition féminine. Quoi qu’il en soit, les femmes ont fermement décidé de l’utiliser.

« Ce sont des permanences juridiques gratuites, sans rendez-vous, destinées à apporter une écoute privilégiée et une information juridique de qualité à ceux qui y recourent », explique Julie Beurois, juriste chargée d’animer les PAD. « Je travaille en partenariat avec les professionnels –  assistants sociaux, gendarmes, officiers publics coutumiers, dispensaires, avocats  –, ce qui me permet d’orienter le public vers les bons interlocuteurs. Tout est confidentiel. » Mais pourquoi ce financement par la mission de la femme ? « Au départ, le dispositif était conçu pour les victimes de violence conjugales. Il s’est généralisé. Mais incontestablement, les femmes se sont emparées de l’outil, il y avait un besoin. »

De fait, 60 à 65% du public reçu en 2014 et 2015 (674 personnes au total) sont des femmes. Leurs questions portent principalement sur le droit de la famille, avec, au premier chef, une vive préoccupation pour le sort des enfants. Julie Beurois constate la progression exponentielle des sujets de droit du travail, conflit avec l’employeur et licenciement. Le droit pénal ne constitue que 20% des demandes, qui émanent en général de victimes de violences volontaires dans le cadre familial. Quelque 20% de femmes déclarent subir des violences conjugales et 62% d’entre elles ont porté plainte préalablement à la consultation du PAD.

Le profil sociologique du public reçu ? Il est conforme à la démographie de la province  Nord : en 2015, 40% des personnes se déclarent de statut civil coutumier ; ce sont majoritairement des gens aux revenus faibles (75% ont droit à un avocat gratuit), âgés, pour les trois-quarts, de trente à soixante ans.

« Les politiques publiques se focalisent sur les violences faites aux femmes. C’est loin d’être tout l’enjeu. Si nous voulons un meilleur équilibre dans la société, nous devons travailler l’égalité des droits hommes-femmes et donc agir sur bien d’autres ressorts. Je constate que les femmes ont besoin qu’on les aide à assurer l’harmonie de leur famille et à prospérer dans leur vie professionnelle », conclut Julie Beurois. « Les femmes dans le Nord me montrent un visage très optimiste. Elles prennent leur destin en main. »

Un corps si vulnérable

Les pouvoirs publics prennent en charge les femmes en difficulté qui osent se manifester. En revanche, la prévention sur le terrain, qui nécessite beaucoup de pédagogie auprès des hommes et femmes de tout âge, n’est pas au rang des priorités. Les chiffres des violences faites aux femmes sont donc mauvais.

Une Calédonienne sur quatre subit des violences ; une sur dix est victime d’agressions sexuelles et parmi ces victimes, 12,5% ont vécu l’agression (parfois un viol) avant l’âge de quinze ans. L’enfant est très vulnérable chez nous : 17% des petites filles et 5% des petits garçons vivent des violences sexuelles. Quand on est passé par là, on sera davantage enclin aux tentatives de suicide et aux grossesses non désirées.
Il est établi que les Calédoniennes sont surtout exposées aux violences dans la sphère conjugale et familiale et qu’elles dénoncent peu les actes qu’elles souffrent. 95% des victimes se taisent. Une omerta qui évolue cependant : à Koné et Poindimié, la gendarmerie a enregistré 450 dépôts de plainte ces trois dernières années. Les violences conjugales auraient augmenté de 2,6% à Koné et 9,6 % à Poindimié depuis 2014. L’alcool est sans conteste un facteur aggravant. Les pouvoirs publics constatent un phénomène de reproduction sociale et une banalisation des violences avérés, preuve que la prévention, comme réponse institutionnelle, porterait ses fruits.

Lire aussi dans ce dossier :

-Les calédoniennes, minorité active

-MEDEF-NC : « La femme ? Mais est-ce vraiment un sujet ? »

-Qui s’occupe de la « condition féminine » dans le nord ?

Ce que la société a fait, elle peut le changer », entretien avec Déwé Gorodey

-L’égalité filles-garçons dans l’ADN de l’école

-Femme à plein temps, entretien avec Noëlla Poemate

 

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