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Les calédoniennes, minorité active

En Nouvelle-Calédonie, la femme n’est pas cantonnée aux fourneaux. Sa voix porte lorsqu’elle décide de l’élever. Pour autant, l’égalité des droits entre hommes et femmes n’est pas acquise. D’une...
Le 8 mars, la fédération communale des femmes de Touho célébrait elle aussi la journée de la femme.

En Nouvelle-Calédonie, la femme n’est pas cantonnée aux fourneaux. Sa voix porte lorsqu’elle décide de l’élever. Pour autant, l’égalité des droits entre hommes et femmes n’est pas acquise. D’une part, parce que les stéréotypes de genre persistent ; d’autre part, parce que les responsabilités que les femmes assument ne sont pas appréciées à leur juste valeur. Plus concrètement, lorsque lumière est faite sur elle, c’est souvent pour son implication dans les activités domestiques, familiales et artisanales traditionnelles, en particulier en province Nord. Ou pour les violences excessives qu’elle subit de la part des hommes. On avance aussi beaucoup son effacement des sphères de décision politique et économique du pays. La femme y trouve-t-elle son compte ? Quelle égalité rêve-t-elle ? Et de quelle femme parle-t-on ?

 

Jeune1. En Nouvelle-Calédonie, la femme a moins de quarante  ans. Caractéristique encore plus avérée dans le Nord. Voilà qui sous-entend un dynamisme féminin hors pair et une grande capacité à contribuer à la vie de la cité. Parallèlement, malgré le nombre important de femmes en âge de procréer, l’indice de fécondité de l’archipel ne cesse de chuter. Il est aujourd’hui estimé à 2,2 enfants par femme.

Minoritaire. La femme le reste globalement en Nouvelle-Calédonie. Elle est encore moins nombreuse que l’homme  dans  le Nord par rapport à la moyenne du pays. En contrepartie, elle est devenue majoritaire en province Sud. Cette minorité se vérifie surtout pour les femmes en âge d’être actives. En revanche, au-delà de soixante-dix ans, la femme surpasse l’homme partout en nombre, Nord, Sud et Iles, confirmant l’espérance de vie à la naissance, qui est aujourd’hui de 80,4 ans pour les femmes et 74 ans pour les  hommes.

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Kanake dans le Nord, mélangée dans le Sud. 71,6% des femmes sont Kanak en province Nord (contre 27,1% en province Sud) ; 11% y sont d’origine européenne (32% en province Sud). Attention toutefois, ces chiffres sont fondés sur les déclarations des personnes recensées, dont certaines disent appartenir à plusieurs communautés (comptées sur le graphique dans la catégorie « Autres »).

Chef de famille. C’est vrai pour plus d’un quart des ménages désormais, dans les familles monoparentales, dont le nombre augmente au fil des ans. Les enfants sont conçus à deux, mais la charge de famille reste à la femme en grande majorité.

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Sous-qualifiée. Certes, mais la femme monte en compétences rapidement et manifeste, dans toutes les catégories  de la population locale, la volonté de se former. Diplômée, la calédonienne l’est davantage qu’il y a vingt-cinq  ans (au moment de la signature des accords de  Matignon)  et plus que les hommes. Des chiffres ?
-37% des femmes détiennent le baccalauréat (33% des hommes) ;
-18,5% accèdent aux études supérieures (17% des hommes) ;
-elles représentent 56% des élèves de Terminale, 59% des inscrits en études supérieures et 54% des étudiants calédoniens à l’extérieur du pays ;
-en province Sud, 80% des jeunes sortis prématurément du système scolaire, qui reviennent se former à l’école de la deuxième chance (l’E2C), sont des femmes.

Parmi les personnes sans diplôme, les hommes sont plus nombreux que les femmes. Les jeunes Calédoniennes choisissent en priorité le cursus du brevet de technicien supérieur (BTS) et les licences universitaires. Les graphiques ci-dessus confirment que les jeunes générations de Calédoniennes atteignent des niveaux d’études plus élevés que les hommes, écart observé aussi en province Nord : 30% des femmes de trente ans y ont atteint un cursus d’études supérieures, contre 20% des hommes du même âge ; 68% des femmes de vingt ans sont allées au lycée contre 55% des hommes. En ajoutant que le genre féminin est plus enclin à recourir à la validation des acquis de l’expérience (VAE), on conclut aisément que la femme du Nord veut se qualifier à grande vitesse.

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Les jeunes filles du nord ne manquent pas, chaque année, le salon de l’orientation et de la formation de Poindimié (le SOFIP).

En demande d’emploi ou salariée. En 2015, les Calédoniennes comptent pour 55% des demandeurs d’emplois (57% en province Nord, 80% de ces femmes ayant moins de quarante ans). Elles visent en majorité des emplois peu qualifiés (secrétaire, garde d’enfants, services de nettoyage…). Dommage que l’ISEE n’ait pas encore actualisé le taux de chômage ; le dernier, qui date de 2009, se montait à 19,4% pour les femmes et 13,5% pour les hommes.
En 2015, 46% des salariés sont des femmes, à 70% titulaires de contrats à durée indéterminée. 40% de ces salariées sont des cadres, une augmentation notable depuis 1990 (+20%). En résumé, ce sont les femmes qui font croître chaque année la population salariée. Mais selon Déwé Gorodey, membre du gouvernement en charge du secteur de la condition féminine, « le choix de métier est encore très stéréotypé ». Les femmes sont largement majoritaires dans la santé et l’action sociale, la restauration, l’enseignement, les activités financières et immobilières, les arts du spectacle et activités récréatives. Elles forment 51% des effectifs de l’administration publique mais sont en revanche très faiblement représentées dans les secteurs du privé moteurs de l’économie calédonienne ou en développement, industries extractives (20% des effectifs en 2015), construction (13 %), gestion des déchets (20%).

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Jeunes filles en formation au régiment du service militaire adapté (RSMA).

Pas encore chef d’entreprise. Prenons l’artisanat, très répandu en Nouvelle-Calédonie : en 2015, il compte onze mille chefs d’entreprise. 22% sont des femmes, âgées en moyenne de 48 ans, comme leurs homologues masculins d’ailleurs2. Plus généralement, sur les vingt-quatre mille entreprises individuelles actives, 28,9% appartiennent à des femmes, un chiffre en stagnation puisqu’il était de 27,8% en 2010.

Intelligente, mais absente de la décision. C’est un constat unanime ; on pourra ensuite s’interroger sur les raisons de cette situation. La femme est faiblement représentée à la tête des entreprises, des administrations, des syndicats de salariés, des fédérations patronales, parmi les élus des chambres consulaires : elle constitue moins de 20% des décideurs du pays.

295 000 XPF de salaire moyen. Contre 304 375  XPF pour les hommes en 2015. La disparité de salaire est plus marquée dans le secteur public (-15% pour les rémunérations des femmes) que dans le privé (-4%). Plus qu’une discrimination à responsabilités égales, ces chiffres reflètent le fait que les femmes occupent des postes hiérarchiques moins élevés que les hommes ; elles accèdent moins souvent aux fonctions d’encadrement et de direction. Malgré la féminisation de l’emploi. Un élément vient confirmer l’hypothèse : l’écart de salaire se creuse d’autant plus que le niveau d’études augmente.

Pas encore maîtresse de son corps. Moins de vingt mille femmes sous contraception en 2006, un peu plus de trente-cinq mille en 2012, soit une augmentation de 80,8%3 en quelques années. La Calédonienne est informée désormais des possibilités de se préserver des grossesses non désirées et maladies sexuellement transmissibles. Pourtant, le niveau de couverture contraceptive reste faible et le taux d’interruption volontaire de grossesse (IVG) élevé (donc le nombre de grossesses non désirées). Sans compter que le public féminin calédonien est très exposé à la surcharge pondérale et au diabète.

1. Sources des données : résultats du dernier recensement de la population (2014) de l’institut de la statistique et des études économiques (ISEE) ; enquête « Les femmes, formation et emploi en Nouvelle-Calédonie, focus 2015 » de l’institut du développement des compétences de Nouvelle-Calédonie (IDC-NC) parue en mars 2016.
2. Sources : Chambre de métiers et de l’artisanat de Nouvelle-Calédonie.
3. Source : Direction des affaires sanitaires et sociales de la Nouvelle-Calédonie.

L’économie vue par les femmes

C’est la dernière-née en province Nord. La fédération des femmes de Ouégoa a organisé la première journée des savoir-faire « Bo Pende Mole » le 28 avril, à Bondé, en coopération avec la mairie et le conseil des femmes de la province Nord (CFPN). Les participants y ont réfléchi à la constitution d’une centrale d’achat pour valoriser l’artisanat local.

seminaire-conseil-femmes-bonde-2La Mission de la femme était là pour répondre aux questions : association  ? Groupement d’intérêt économique ? Coopérative ? Comment engendrer des bénéfices ? Les femmes du Nord veulent une centrale d’achat pour s’approvisionner et vendre leurs produits. « Après deux ans de séminaires, il nous faut aujourd’hui concrétiser », a estimé Albertine  Boene, présidente du CFPN. Un comité de suivi réunit désormais des artisanes, un membre du CFPN, des représentants de la province, qui soutient le projet. « Vous devez être les actrices de vos projets, c’est la garantie de la réussite », a déclaré Nadeige Faivre, troisième vice-présidente de l’assemblée de la province Nord. L’implantation de la centrale  d’achat dans la future « maison de la femme » de Païamboue, à Koné, est avalisée ; la construction débutera en septembre et coûtera quatre-vingt millions de francs CFP. Inauguration symbolique le 8 mars 2017. La centrale regroupera des produits venus de tout le territoire provincial. Poum, Canala, Ponérihouen, souhaitent donc se doter d’une succursale de cette centrale pour faciliter le processus… Au bout du chemin,  Nouméa ?

1. La Mission de la femme édite un bulletin trimestriel, le Pala hin Hnémo, qui informe le public sur les événements touchant la condition féminine en province Nord.

Lire la suite du dossier :

-MEDEF-NC : « La femme ? Mais est-ce vraiment un sujet ? »

-Qui s’occupe de la « condition féminine » dans le nord ?

Ce que la société a fait, elle peut le changer », entretien avec Déwé Gorodey

-L’égalité filles-garçons dans l’ADN de l’école

-Femme à plein temps, entretien avec Noëlla Poemate

-Les femmes dans le nord

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