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Maison de la Nouvelle-Calédonie : ces jeunes Calédoniens qui s’en vont étudier ailleurs…

Pendant les vacances d’été, nous sommes allés faire un petit tour à la Maison de la Nouvelle-Calédonie (la MNC), 4 bis, rue de Ventadour, près de l’Opéra Garnier, à Paris....

Pendant les vacances d’été, nous sommes allés faire un petit tour à la Maison de la Nouvelle-Calédonie (la MNC), 4 bis, rue de Ventadour, près de l’Opéra Garnier, à Paris. Plusieurs dizaines de jeunes Calédoniens y transitent chaque année, pour obtenir de l’aide lorsqu’ils se lancent dans des études supérieures en France. Une aubaine, leurs parents – nous ! – n’avaient pas cette chance. Que fait au juste pour eux la MNC ? Et qu’en savons-nous ? Est-ce que l’institution se justifie en la forme ? La visite nous a apporté quelques réponses.

Joël Viratelle, le directeur de la MNC, est entouré de ses chefs de service : Agnès Siraut (Etudiants), Anne Bihan (Communication), Murielle Bloc-Lacordaire (Social), de gauche à droite.

Joël Viratelle, le directeur de la MNC, est entouré de ses chefs de service : Agnès Siraut (Etudiants), Anne Bihan (Communication), Murielle Bloc-Lacordaire (Social), de gauche à droite.

A l’entrée, une pièce d’accueil avec un bel aquarium et tout de suite un long couloir. On marche sur des carreaux de verre qui laissent apparaître du sable blanc et des coquillages ; à gauche, à droite, dans les bacs, on reconnaît aussi les plantes. Environnement familier. « La Maison de la Nouvelle-Calédonie est un lieu de reconnaissance pour les Calédoniens expatriés, c’est aussi un lieu d’accueil pour les Métropolitains qui souhaitent découvrir notre archipel », introduit Joël Viratelle, son directeur depuis 2006. Le couloir débouche sur une grande salle circulaire entourée de poteaux sculptés. « Nous avons voulu en faire un lieu symbolique, le chemin kanak nous mène à la grande case et sur ce parcours initiatique, on retrouve tous les attributs de l’identité calédonienne. Les huit aires coutumières sont représentées », poursuit le directeur avec exaltation. A droite, le centre de documentation, où Sylvain Roine nous renseigne ; il est installé à Paris depuis plusieurs années avec sa famille mais ne peut pas, dans cette atmosphère, oublier son pays Kanak.

Pourquoi une telle représentation parisienne ?

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En novembre, la MNC a hébergé des rencontres annexes à la conférence mondiale COP 21 sur l’environnement qui se tenait à Paris.

« La MNC est le fruit des Accords de Matignon », explique Joël Viratelle. « Sa création en 1989 est un acte d’autonomie des provinces. Auparavant, la Nouvelle-Calédonie ne disposait que d’une délégation installée au sein de Médétom1.» Au départ, la Maison de la Nouvelle-Calédonie compte sept agents. Elle constitue un « point de chute » pour les Calédoniens, étudiants, élus, malades en évacuation sanitaire, qu’elle assiste au cas par cas, sans que sa tutelle – les provinces et l’institution Nouvelle-Calédonie – ne lui ait assigné d’objectif. « Jacques Lafleur y avait son bureau », se souvient monsieur Viratelle. Un bureau fermé à clé lorsque l’homme politique omnipotent n’était pas à Paris. En 2005, le gouvernement de Marie-Noëlle Thémereau entreprend de « redynamiser » l’établissement, pour lui donner un rôle tangible de relais parisien accessible à tous. « Cet élan a commencé par un état des lieux. Nous avons ensuite proposé un projet de service pour faire de la MNC une représentation néocalédonienne digne de ce nom », reprend Joël Viratelle. Que comprend la rénovation suggérée ? D’abord, l’installation, en 2008, dans un local spacieux, dans un quartier prestigieux, le centre de Paris, près de l’Opéra Garnier. Egalement, la reformulation du service aux étudiants. Enfin, la création d’un service social (7, rue du général Bertrand, dans l’ancien siège de la MNC) et d’un service culturel et de communication (avec une boutique !). Transversal, un service logistique s’occupera de l’accueil des délégations, de la planification de leur agenda, de l’organisation de leurs déplacements. L’inauguration de la MNC nouvelle mouture se déroule en 2008, en présence de nombreux élus venus participer à une grande coutume. Aujourd’hui, la MNC emploie une trentaine de personnes dans ses cinq services. Chaque province y détient son bureau.

Ce que fait la MNC… et ce qu’elle pourrait faire

Parmi ses missions, la Maison de la Nouvelle-Calédonie est chargée d’assurer la promotion de notre pays et de servir les intérêts de nos institutions politiques sur le sol européen. Dans les faits, elle apporte un support logistique non négligeable aux élus et fonctionnaires calédoniens de passage en mission. En revanche, on ne lui assigne aucune fonction de « lobbying » politique, juridique ou économique au bénéfice du pays. Une piste à creuser, étant donné le réseau de connaissances qu’elle s’est construit. En outre, ses liens avec le monde économique calédonien (entreprises, fédérations patronales, syndicats de salariés, chambres consulaires) sont succincts. Ne seraient-ils pas judicieux de les renforcer ? Nos entreprises en recherche de main d’œuvre qualifiée trouveraient un intérêt à concevoir en partenariat avec la MNC une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, à partir des données recueillies sur les étudiants. Ou à louer le dispositif de visioconférence dont la MNC est équipée. « Les entreprises calédoniennes nous consultent au cas par cas, mais il n’y a pas de suivi, d’actions communes », indique Agnès Siraut, chef du service Etudiant-Formation-Jeunesse. Enfin, la MNC ne produit des chiffres sur son activité que depuis très récemment. Leur exploitation pourrait se révéler très utile aux décideurs de Nouvelle-Calédonie.

L’action sociale prend de l’ampleur

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La MNC déploie une activité culturelle certaine : elle participe à des festivals et salons. Mais surtout, elle organise ses propres événements pour promouvoir la production océanienne, littérature, musique, peinture, etc. A l’exemple de ses rencontres mensuelles ; la MNC y invite ses partenaires (banques, structures d’hébergement, etc.) et le public. En septembre 2015, Marie-Adèle Joredie et la linguiste Claire Moyse-Faurie sont venues expliquer que « les livres, c’est bon aussi pour les bébés Kanak ».

Quelque cinq cents Calédoniens malades, évacués en France, bénéficient aujourd’hui de l’assistance logistique de la MNC, subventionnée par la CAFAT à hauteur de vingt mille francs par malade. « Notre activité dans ce domaine ne décélère pas puisque nous comptons plus de trois cents nouveaux arrivants chaque année2», explique Murielle Bloc-Lacordaire, chef du service social. Un service que la MNC voudrait bien contribuer à améliorer car il coûte cher au pays. « Les malades sont éparpillés dans vingt-deux villes métropolitaines. Nous n’avons pas la décision dans ce domaine. Mais il y aurait matière à faire des économies substantielles ! lance Joël Viratelle. Par exemple, la Polynésie regroupe ses malades en région parisienne en passant des conventions avec quelques établissements hospitaliers. »
Qui sont les malades accompagnés ? Ce sont, à 80%, des patients souffrant d’un cancer, venus pour des soins de chimiothérapie ou radiothérapie ; d’autres sont en attente de greffes ou sont de grands traumatisés de la route. « Nous aidons aussi des Calédoniens non évacués, mais en détresse en France, des SDF, des personnes venues à l’aventure et qui se retrouvent en grande précarité, parfois des femmes avec enfants qui ont fui la tribu », complète madame Bloc-Lacordaire. Au bout du bout, la MNC facilite le rapatriement des corps des défunts.

1. Le Ministère de l’Outremer, 7 Rue Oudinot (75007) à Paris.
2. Les chiffres fournis par la MNC : 277 arrivées en 2013, 379 en 2014 et 321 en 2015, dont 4% sont originaires de la province Nord.

Budget et administration

Le budget annuel de la MNC se monte à 450 millions de francs CFP ; 60% sont pris en charge par la Nouvelle-Calédonie, 50% par la province Sud, 32% par la province Nord et 18% par les Iles. Un budget conséquent qui fait grincer les dents du gouvernement en ces périodes de restriction budgétaire. « Il faut savoir ce que l’on veut comme représentation calédonienne », s’agace Joël Viratelle.
Le conseil d’administration de la MNC a été remanié en 2015 pour y intégrer, avec une voix consultative, les cinq parlementaires calédoniens, députés (Sonia Lagarde et Philippe Gomès), sénateurs (Pierre Frogier et Hilarion Vendegou), député européen (Maurice Ponga). Ils siègent auprès des trois présidents de province, ceux du gouvernement et du Congrès, qui sont décisionnaires. La présidence est tournante parmi ces derniers : c’est Philippe Michel qui l’assure aujourd’hui.

Lire la suite du dossier :

-Etudiants, à quoi vous attendre ?

-Cyril Daham, vingt-cinq ans : « On travaille, on s’amuse, on voyage ! »

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