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Les bons conseils du monde économique

Chefs d’entreprise, pas question de céder à la sinistrose ni de désarmer ! L’économie calédonienne n’a pas terminé son développement, même si le rythme en sera plus ralenti en...

Chefs d’entreprise, pas question de céder à la sinistrose ni de désarmer ! L’économie calédonienne n’a pas terminé son développement, même si le rythme en sera plus ralenti en 2016 que sur la décennie passée. Quelques observateurs – souvent acteurs –, du « milieu des affaires », vous donnent leur point de vue.

« Les principaux remèdes pour une entreprise consistent à prospecter de nouveaux clients, à leur faire bénéficier de son savoir-faire… »

Thierry Charras-Gillot, directeur général de la Banque calédonienne d’investissement (BCI)

« Il est très important que le chef d’entreprise en réfère à son banquier, quand il pressent une baisse de son carnet de commandes et des difficultés de trésorerie. A la BCI, nous avons mis en place une cellule d’accompagnement des entreprises en difficultés, nous sommes là pour conseiller nos clients, les aider à anticiper les périodes plus difficiles. Les principaux remèdes pour une entreprise consistent à prospecter de nouveaux clients, à leur faire bénéficier de son savoir-faire ; elle doit ambitionner d’augmenter son chiffre d’affaires. C’est une bonne période également pour innover, se diversifier. »

« …il faut qu’elles travaillent la productivité, qu’elles améliorent leurs performances et qu’elles innovent. »

Jenny Seagoe, présidente de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI)

« Dans l’adversité, il faut saisir l’opportunité de se diversifier. Les entreprises doivent retrouver l’esprit pionnier qui caractérise la Calédonie. Certains éléments peuvent les aider, il faut être à l’écoute : je pense à la reconduction de la défiscalisation métropolitaine jusqu’en 2025, la CCI a été très active pour que cette mesure aboutisse ; je pense aux capacités de développement offertes par le secteur du tourisme. La compagnie Aircalin a ouvert une ligne sur Melbourne et vient de conclure une convention avec la Nouvelle-Zélande pour doubler le nombre de liaisons hebdomadaires avec ce pays. Le tourisme de croisière est en plein boom, la Nouvelle-Calédonie a une carte à jouer dans ce domaine, c’est sûr. D’ailleurs, nous possédons un très bon modèle avec Lifou, dont certains districts (Wetr notamment) ont commencé à déployer cette activité il y a vingt ans. Aujourd’hui, les populations et entreprises impliquées en récoltent les fruits, la prestation ne cesse de s’améliorer et assure à l’île deux cents millions de francs de retombées économiques annuelles. A notre insu, nous sommes déjà le deuxième port de croisière de France ! Nous pouvons rendre Nouméa et certaines communes maritimes du Nord attractives pour bénéficier de ce secteur en croissance. Le nickel est en crise, pour combien de temps, c’est la grande inconnue. Là encore, la période devrait permettre à tous les acteurs impliqués de bien réfléchir à la manière de gérer ce secteur, dans l’intérêt des entreprises calédoniennes. Nous devons encourager les gros investisseurs étrangers. La CCI fera tout son possible pour pousser les grands projets qui donneront une bouffée d’oxygène à ses ressortissants : les quatre voies Païta-La Tontouta ; l’aménagement du port ; la centrale de la SLN bien entendu. Les entreprises doivent apprendre à penser au lendemain quand elles vont bien, c’est aussi la leçon à tirer du ralentissement actuel. Dans ce cadre, il faut qu’elles travaillent la productivité, qu’elles améliorent leurs performances et qu’elles innovent. A la CCI, nous soutiendrons pendant la mandature toutes les initiatives porteuses d’innovation : l’économie circulaire, le déploiement de réseaux d’entrepreneurs, les clusters. Nous enrichirons notre observatoire économique car les chefs d’entreprise ont besoin de chiffres. En plus de tout cela, nous plaiderons pour plus de visibilité politique. »

« Nous passons le message au monde économique de faire travailler en priorité les petites entreprises locales. »

Chérifa Linossier, présidente de la CGPME1

« Les grosses entreprises – banques, assurances, grande distribution – continuent d’aller bien. Ce sont les petites boîtes raccrochées de près ou de loin au nickel qui ont vu leur carnet de commandes s’assécher. Et par ricochet, la consommation considérée comme « de confort » a baissé. Je pense aux prestations de service en communication, en formation, aux soins esthétiques, etc. Aujourd’hui, nous disons aux entrepreneurs : « la crise du nickel est une aubaine ! » et nous les encourageons à se diversifier, à faire avancer les autres leviers de croissance économique. Pour les soutenir, nous organisons des rencontres régulières où ils peuvent échanger, s’informer, réfléchir en groupe à leur développement. Par exemple nos « midi casse-croûte » mensuels ouverts également aux non-adhérents. Nous passons le message au monde économique de faire travailler en priorité les petites entreprises locales. Et en contrepartie, nous aidons celles-ci à se former et se fédérer pour répondre à plusieurs aux appels d’offres des marchés locaux. L’entraide, la pluridisciplinarité, sont des valeurs essentielles à remettre au goût du jour. Par ailleurs, nous sollicitons les pouvoirs publics car nous prônons une « économie libérale régulée » : lors du conflit des rouleurs, nous avons effectué une enquête sur la perte de chiffre d’affaires des petites entreprises et nous avons porté leur message de ras-le-bol jusque devant le Haut-commissariat. Nous appuyons le besoin de réformes : c’est maintenant que les politiques doivent agir ! Nous travaillons avec le gouvernement la réforme fiscale ; nous demandons l’évolution du code du travail calédonien, conçu pour les grosses entreprises et donc parfois déconnecté de la réalité locale. Enfin, il nous parait important que les entrepreneurs s’ouvrent aux compétences et marchés du Pacifique. C’est pourquoi nous essayons de développer des réseaux d’affaires avec les pays du Fer de lance, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon. Nous organiserons un « Pacific Business forum » en novembre 2016. Nous invitons les chefs d’entreprise locaux à venir y rencontrer des pairs et des investisseurs du Pacifique, pour leur exposer leur savoir-faire et gagner en expérience. La CGPME travaille pour une économie durable. »

« …nous séparons les corps d’état pour associer les entrepreneurs calédoniens. Il faut vraiment que ceux-ci apprennent à se regrouper ! »

Yannick Slamet, président de la Saeml Grand projet VKP2

« La difficulté principale reste cependant de trouver des entreprises locales capables de prendre en charge les grands projets. Beaucoup sont fiables mais pas assez structurées. D’où notre dilemme. Sur certains projets, nous privilégions le fonctionnement avec une « entreprise générale » expérimentée, souvent un grand groupe international ; sur d’autres, nous séparons les corps d’état pour associer les entrepreneurs calédoniens. Il faut vraiment que ceux-ci apprennent à se regrouper ! »

1. Confédération générale des petites et moyennes entreprises.
2. Et premier vice-président de la province Nord. Extrait du VKP Infos n°44, septembre 2015.

Lire aussi dans ce dossier :

-2016, crise ou pas crise ?

-Budgets 2016 des collectivités publiques : coupes claires ?

-« Crise », de quoi l’inquiétude des entreprises se nourrit-elle ?

-Grands projets, les atouts du Nord

 

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