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2016, crise ou pas crise ?

Certains chiffres et données contextuelles inquiètent. D’autres rassurent, ou du moins permettent de relativiser l’amplitude de la « crise » qui menacerait la Nouvelle-Calédonie. Quels sont les paramètres qui...

Certains chiffres et données contextuelles inquiètent. D’autres rassurent, ou du moins permettent de relativiser l’amplitude de la « crise » qui menacerait la Nouvelle-Calédonie. Quels sont les paramètres qui font douter les agents économiques et ceux qui pourraient les encourager à rester confiants dans le développement du pays ?

Nos sources : études conjoncturelles de l’Institut d’émission d’outre-mer (IEOM) ; Institut de la statistique et des études économiques (ISEE) ; Institut pour le développement des compétences en Nouvelle-Calédonie (IDC-NC).

 

Les chiffres qui affolent

Demandeurs d’emplois

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Sur la même période, les immatriculations de véhicules utilitaires neufs reculent de 14,1%.

OUI MAIS, s’agissant de la population active, les statistiques calédoniennes ne sont pas uniformes ni précises. Ainsi, les « demandeurs d’emplois en fin de mois » que les services de placement recensent et fournissent à l’IEOM, ne correspondent pas au taux de chômage. Les demandeurs d’emplois ne sont pas forcément des chômeurs. Quant au taux de chômage calculé par l’institut de la statistique (ISEE), il reste fondé sur des déclarations (lors des recensements quinquennaux) et ne correspond pas à la mesure préconisée par le Bureau international du travail. En outre, le dernier taux connu (14%) n’est plus exploitable, l’ISEE indique qu’il le réactualisera sur le fondement du recensement mené en 2014, pour publication mi-2016 seulement.
Le marché de l’emploi s’est dégradé en 2015. Le nombre de chômeurs indemnisés a augmenté d’environ 5% au dernier trimestre. Toutefois, la hausse du nombre de demandeurs d’emplois semblait s’interrompre au dernier trimestre, avec une diminution de 8% entre octobre et décembre 2015. Les offres d’emploi recensées par les services de placement chutent de 9% fin 2015 par rapport à fin 2014, la plus forte baisse étant enregistrée en province Nord (-31%). Donnée à confirmer sur une plus longue période.

Immatriculations de voitures particulières neuves

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OUI MAIS, ces données sont difficiles à interpréter et ne sauraient traduire un ralentissement de la consommation des ménages ni de l’investissement des entreprises. En effet, d’une part, les chiffres de décembre 2015 ne sont pas encore définitifs. D’autre part, l’évolution du parc automobile dépend aussi du prix des carburants, du changement des habitudes de consommation (les gammes de véhicules achetés varient, le discours écoresponsable progresse). Quoi qu’il en soit, une baisse des immatriculations est-elle vraiment affolante, quand on sait que la Nouvelle-Calédonie est saturée, d’un point de vue environnemental, par le nombre d’automobiles en circulation ?

exportations crevettesExportations de crevettes

Les exportations de crevettes pesaient 1,4 milliard CFP fin 2014 contre un milliard fin 2015. TOUTEFOIS, ces « mauvais » chiffres doivent être relativisés : d’abord, les exportations de crevettes ne représentent que 1% du total des exportations calédoniennes ; ensuite, la production locale ne souffre pas de la « crise » mais d’une pénurie de larves en sortie d’écloserie, en raison de pathologies développées dans les bassins en 2014.

Cours du nickel au marché des métaux de Londres (LME)

LME

Le nickel se vend début mars 8760 dollars US la livre contre 14 085 dollars la livre début mars 2015.

C’EST LE CHIFFRE QUI FAIT GRINCER DES DENTS. En effet, la baisse du cours du nickel impacte en valeur les résultats des trois opérateurs métallurgiques présents en Nouvelle-Calédonie et de leurs sous-traitants. Mais les volumes d’exportations, qui augmentent, contrebalancent ce phénomène. En outre, l’impôt sur les sociétés métallurgiques,  qui rapportait 23 milliards de francs CFP à la Nouvelle-Calédonie en 2007 (soit 10% de ses recettes), ne rapporte plus que 400 millions en 2015 (soit 0,2%). « Attention, ce n’est pas nouveau, la chute date de 2009, depuis que la SLN perd de l’argent », nuance Thierry Cornaille, le membre du gouvernement en charge du budget.  « Et le niveau de recettes de la Nouvelle-Calédonie n’a pas baissé pour autant, car d’autres revenus d’impôts et taxes ont augmenté. »

 

Les chiffres qui consolent

Encours de crédit bancaire (entreprises, particuliers et collectivités locales)

encours-credit-bancaire-nc-2015« Pour la BCI, 2015 a été une année record en termes de production de crédit ; nous n’avons pas ressenti de crise, bien au contraire. Les banques, en particulier la nôtre, continuent d’accompagner les entreprises et les ménages en leur prêtant de l’argent. Nous avons octroyé plus de 55 milliards de francs de prêts amortissables. La BCI a encore amélioré sa part de marché, avec 32% des 726,7 milliards de francs d’encours de crédit de la place. » Monsieur Charras-Gillot, directeur de la Banque calédonienne d’investissement, est formel : il y a du financement en Calédonie. Les encours de crédit ont augmenté de 3% en 2015 et la BCI compte pour 77% dans cette progression. « L’augmentation se vérifie sur tous les segments : prêts immobiliers aux particuliers ; financement des entreprises individuelles, pour lequel notre part de marché est de plus de 60%, etc. La BCI joue pleinement son rôle de soutien à l’économie locale en continuant de s’implanter partout, au plus près des clients. Fin février, nous avons ouvert la première agence bancaire de Boulouparis. »
Les banquiers constatent donc l’excellente tenue de leur activité en 2015, parce que les entreprises ont continué d’investir et les ménages de consommer. Par nature cependant, ils restent prudents : « Nous notons quand même les signes précurseurs de temps moins faciles », avance monsieur Charras-Gillot. « Plusieurs facteurs ont affecté le moral des chefs d’entreprise en 2015 : le conflit des rouleurs ; les difficultés des trois opérateurs métallurgiques ; les incertitudes sur la réforme fiscale et, plus généralement, le manque de visibilité institutionnelle. Or, même si ce n’est que du ressenti, ce n’est pas neutre sur leur capacité à investir, à embaucher. » Les chiffres bancaires ne corroborent pas pour l’instant ce « ressenti », hormis peut-être la hausse du coût du risque, de 16,3% en 2015. « Cette augmentation traduit plusieurs choses », nuance Thierry Charras-Gillot. « D’abord, le fait que nous finançons un tissu de petites entreprises aux fonds propres limités ; mais aussi, l’augmentation du nombre d’entreprises en difficulté. Tant que c’était le boom, les gestionnaires moins habiles pouvaient s’en sortir. En période de croissance plus faible, c’est différent, ils tombent. Quoi qu’il en soit, la crise du nickel ne doit pas faire oublier les autres atouts de la Nouvelle-Calédonie. »

Exportations de produits métallurgiques

export-produits-metalL’augmentation notable des volumes exportés ne compense pas la perte en valeur (-11%) liée aux bas cours du nickel sur les marchés. CEPENDANT, elle confirme que les usines calédoniennes de Koniambo Nickel SAS et Vale NC montent en production, malgré les difficultés rencontrées sur site.
Autre chiffre honorable, celui de L’EMPLOI SUR MINE. Fin 2015, 7 570 salariés étaient employés en direct par le secteur du nickel,  soit 130 de plus que fin 2014. La mine affiche 300 emplois de plus malgré le ralentissement de l’activité d’extraction et le conflit des rouleurs ; la métallurgie en revanche déclare 180 employés de moins que fin 20141.

1. Source : note de conjoncture de l’ISEE, 4ème trimestre 2015.

 

import-biens-equipImportations de biens d’équipement

En fin d’année 2015, l’importation de biens professionnels restait à des niveaux élevés, confirmant l’investissement des entreprises corroboré par l’augmentation de l’encours de crédits bancaires.

 

« Les fondamentaux sont bons »

Matthieu Morando, le responsable du service Etudes et suivi des établissements  de crédit de l'IEOM, entouré de ses chargés d'études Louise Abellard et José-Rafaël Dulbecco.

Matthieu Morando, le responsable du service Etudes et suivi des établissements  de crédit de l’IEOM, entouré de ses chargés d’études Louise Abellard et José-Rafaël Dulbecco.

L’IEOM calcule un « indicateur du climat des affaires – ICA » pour résumer l’opinion d’un échantillon de deux cents chefs d’entreprises (qui représente 30% de l’emploi salarié). Après un repli mi-2015 en grande partie lié au conflit des rouleurs, le moral des entrepreneurs s’est redressé fin 2015 ; en corollaire, l’ICA aussi, quoiqu’il soit resté inférieur à sa moyenne de longue période (si l’on remonte à 2011). Les opinions recueillies sur la trésorerie et le volume d’activité se sont améliorées fin 2015, le pessimisme a régressé légèrement et les prévisions d’investissement s’en sont ressenties. D’ailleurs, comme les banques le confirment, l’investissement des entreprises s’est poursuivi en 2015 et, dans un contexte de hausse modérée des prix, la consommation des ménages s’est maintenue. La tendance se retrouvera-t-elle en 2016, alors que les projections de croissance économique ne dépassent guère 1% ?

Recettes fiscales de la Nouvelle-Calédonie

recettes-fisc-ncEh oui, les recettes issues des impôts et taxes divers que la Nouvelle-Calédonie perçoit (dont une grande partie est ensuite reversée aux provinces, communes, chambres consulaires, etc.) devraient augmenter en 2016 ! Le compte administratif pour 2015, dont la publication est imminente, devrait confirmer le maintien des recettes de la collectivité l’an passé. Si la création de nouveaux impôts, comme la contribution calédonienne de solidarité (CCS), y est pour quelque chose, la bonne tenue des recettes douanières, de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu des personnes physiques en est la principale raison. Ménages et entreprises paient de l’impôt… parce qu’ils continuent de gagner de l’argent.

 

Investissement public

invest-publicLe montant des dépenses d’investissement, hors remboursement de la dette, est budgété à 14,1 milliards de francs CFP pour 2016. Une diminution apparente de 4,9 milliards par rapport à l’année précédente. Mais si l’on enlève le Médipôle de Koutio, en fin de construction, l’investissement public progressera en réalité de près de 3 milliards. Pour quels projets ? Essentiellement, le centre hospitalier du Nord, le réseau routier territorial (3 milliards sont inscrits au budget primitif 2016) et le complexe de protection zoo et phytosanitaire de Païta (avec les bureaux du service vétérinaire, SIVAP). Les provinces suivent la même politique : les prévisions d’investissement ne sont pas en baisse hormis aux Iles (cf.  l’article « 2016, crise ou pas crise ? Le secteur public »).

Transactions immobilières

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A Koné, plusieurs lotissements sont en projet : Les hauts de Bellevue, dont les travaux de la quatrième tranche viennent de commencer ; Les jardins de Foué, à l’arrêt depuis trois ans en raison d’un conflit foncier ; l’immeuble Le Tuga au centre du village, qui proposera à la location des bureaux et des surfaces commerciales. A Pouembout, on peut citer le lotissement La Collina au Creek salé (deux cents lots) ; la résidence Aboro sur la route du lycée agricole (trente appartements) ou la résidence Santa Cruz, près de la pharmacie (neuf appartements livrés sous peu). A Voh, La résidence de Voh, bâtie au centre du village, devrait livrer ses douze appartements en 2016.

Le dynamisme du marché immobilier ne fléchit pas, ni à Nouméa, ni sur VKP. Le comparatif du nombre de transactions sur les trois premiers trimestres des années 2014 et 2015 montre une progression de 20,5%2. Des chiffres corroborés par la hausse des encours de crédit à l’habitat (pour les particuliers) et à la construction (pour les entreprises) sur la même période. Ou encore par l’augmentation des volumes des ventes de ciment, de 8,5%. Ce qui fait dire à monsieur Charras-Gillot, directeur général de la BCI : « Il n’y a pas de stocks d’invendus chez les promoteurs. On observe toujours le même appétit d’achat de biens en défiscalisation. Une tendance qui ne s’inverse pas, loin de là, début 2016 ! » Les promotions immobilières prospèreront encore en 2016 avec la prorogation de la loi de défiscalisation locale des articles Lp 136-II du code des impôts.
Matthieu Morando, de l’IEOM, remarque cependant : « Les petites promotions marchent bien, mais ne donnent pas forcément de visibilité aux entreprises du BTP. Seuls les bailleurs sociaux, SIC en tête, mèneront de grosses opérations pour le logement social »

2. Source : NC-éco, l’observatoire de l’immobilier en Nouvelle-Calédonie. http://nc-eco.nc/focus/limmobilier/series-trimestrielles.

 

Nombre de touristes

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C’est un frémissement, mais bienvenu. L’ouverture, par Aircalin, de la ligne entre Nouméa et Melbourne y contribue. D’ailleurs la compagnie calédonienne de transport aérien poursuit son expansion régionale. Elle a passé, le 9 novembre 2015, un accord avec la Nouvelle-Zélande pour doubler le nombre de liaisons hebdomadaires entre ce pays et le nôtre (de 2 à 4, puis 5 à partir de mars 2018) et va rehausser ses capacités d’accueil à 350 sièges (contre 300 actuellement). Quant aux croisiéristes, leur nombre augmentera beaucoup dans les années à venir et la Calédonie, Nord, Sud et Iles, a une carte à jouer.

Lire la suite du dossier :

-Budgets 2016 des collectivités publiques : coupes claires ?

-« Crise », de quoi l’inquiétude des entreprises se nourrit-elle ?

-Les bons conseils du monde économique

-Grands projets, les atouts du Nord

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