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« Crise », de quoi l’inquiétude des entreprises se nourrit-elle ?

Avec le conflit des rouleurs de minerai en milieu d’année 2015, le tissu économique local s’est laissé affecter par les atermoiements de la politique minière et métallurgique, apparus au...

Avec le conflit des rouleurs de minerai en milieu d’année 2015, le tissu économique local s’est laissé affecter par les atermoiements de la politique minière et métallurgique, apparus au grand jour. « Le conflit des rouleurs a eu un impact immédiat sur l’opinion des chefs d’entreprise, alors qu’il n’en touchait en réalité qu’une minorité. Le marché a sur-réagi. Mais cet impact a été ponctuel, les indicateurs (comme l’investissement moyen sur de longues périodes) restent bons », explique Matthieu Morando, responsable du service des études et du suivi des établissements de crédit de l’IEOM. En outre, les entrepreneurs s’étaient habitués aux années fastes des grands chantiers (construction des usines du Nord et du Sud, du Médipôle de Koutio, etc.), certains  ayant alors réagi plus en cigale qu’en fourmi. « Aujourd’hui, l’économie locale change de paradigme, nous revenons à des taux de croissance plus faibles, des retours sur investissement moins rapides. Cela ne signifie pas que la  Calédonie soit en crise, il faut simplement que les entreprises s’y adaptent », poursuit Matthieu Morando. « S’il y a une crise, elle ne touche que le secteur du nickel (soit autour de 15% du produit intérieur brut, NDLR). Tout le reste de l’économie fonctionne bien. Quant aux métallurgistes, ils ont en Calédonie les mêmes problèmes qu’ailleurs – je pense aux usines de Madagascar qui pourtant bénéficient de coûts de main-d’œuvre bas. Il  procèdent donc à des ajustements sur la sous-traitance pour sortir des produits moins chers. Les augmentations de leurs exportations en volume compensent globalement la perte en valeur. La période de cours bas du nickel ne remet pas en cause le modèle calédonien. »

Autre élément perturbateur, la nécessité  pour les collectivités publiques, Nouvelle-Calédonie en tête,  de revenir à plus de rigueur budgétaire. La liste des subventions au monde des affaires et à la société civile était  longue. Aujourd’hui, elle se réduit, comme les contributions de la Nouvelle-Calédonie au fonctionnement des établissements publics et chambres consulaires (-13%). « En 2014, le gouvernement a dépensé 1,6  milliard  de  francs CFP en études et honoraires de conseil. Qu’est-ce qui  peut bien justifier cela ? » s’interroge-t-on au cabinet de Thierry Cornaille, le membre du gouvernement en charge du budget. « En conséquence, nous avons diminué les prévisions de dépenses sur cette ligne de 45% au budget 2016. C’est juste un retour à la normale. »

« Nous sommes loin de la crise, renchérit  monsieur Cornaille lui-même. Le budget de  la Nouvelle-Calédonie prévoit  encore, en 2016, une série de dépenses qui ne pourraient pas être engagées  par un pays en crise. Nous avons surtout fourni, dans ce budget, un gros travail de réforme de la gestion des  finances  publiques. Désormais, la Nouvelle-Calédonie ajuste ses dépenses à ses  recettes réelles ». Au final, le budget global de la Nouvelle-Calédonie ne diminue presque pas (de 0,52% par rapport à l’année précédente). Il est mieux affecté entre ses diverses utilisations (cf. p.17). « Auparavant, tout cela était un joyeux méli-mélo et la Calédonie dépensait de l’argent qui n’aurait pas dû lui revenir, sans tenir compte  du taux de recouvrement des recettes prévisionnelles. Elle vivait au-dessus de ses moyens », expliquent les spécialistes qui entourent monsieur  Cornaille. « Le budget 2016 est sincère. Finie la pratique qui consistait à sous-estimer les dépenses puis à les ajuster dans le budget supplémentaire en cours d’année. Nous l’avons établi en nous fondant non pas sur le budget prévisionnel de 2015, mais sur les consommations réelles, qui apparaissent dans le compte administratif 2015. Et la Nouvelle-Calédonie apprend à faire des provisions pour tenir compte des recettes qui ne seront pas recouvrées. »

Lire aussi dans ce dossier :

-2016, crise ou pas crise ?

-Budgets 2016 des collectivités publiques : coupes claires ?

-Les bons conseils du monde économique

-Grands projets, les atouts du Nord

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