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GIE Tourisme province Nord, une affaire qui tourne ?

Constitué en 2002 entre la province Nord, les communes et les professionnels du secteur1, le GIE s’est vu conférer la mission d’assurer la promotion touristique de la province Nord,...

Constitué en 2002 entre la province Nord, les communes et les professionnels du secteur1, le GIE s’est vu conférer la mission d’assurer la promotion touristique de la province Nord, en Nouvelle-Calédonie et à l’extérieur. A ce titre, il devait contribuer à définir et appliquer le « plan de développement touristique provincial », en conseillant la collectivité. Les années ont passé, aucune politique provinciale n’a été clairement établie pour le tourisme. Mais le GIE a fait preuve d’initiatives et a participé, d’une part, à changer le regard que les Calédoniens portent sur le Nord, d’autre part, à ouvrir le monde kanak sur l’accueil du touriste.

Avant 2002, la province Nord disposait d’une « cellule » en charge de développer l’activité touristique et de promouvoir les beautés des communes, de Poya à Canala, principalement dans un souci d’aménagement du territoire. Mais ses moyens étaient réduits. En parallèle, l’acquisition de la SMSP, via la société d’économie mixte Sofinor, avait fait tomber dans l’escarcelle provinciale des hôtels, aussi bien dans le sud (Le Surf et le Beaurivage) que dans le nord (le Koulnoué à Hienghène et le Malabou à Poum). Dans la région VKP, les rares touristes ne trouvaient que des établissements vétustes, l’hôtel Koniambo au premier chef. « Le tourisme, c’était l’affaire du Sud, de Nouméa et de l’Ile des Pins », commente Jacqueline Riahi, la directrice du GIE, qui faisait déjà partie de la cellule provinciale. « Nous avons commencé sur le terrain, avec l’association des hôteliers du Nord, pour sensibiliser les gens au développement touristique. Tout était à mettre en place, lieux d’accueil, compétences, aides publiques, réglementation… N’oublions pas qu’après les Evénements de 1984, le Nord était déserté. Pour faire venir le chaland de Nouméa et, peut-être un jour, de l’étranger, il fallait créer des produits, gîtes ruraux, hôtels, espaces d’accueil autorisés par les coutumiers… » Douze ans après la création du GIE, c’est chose faite. Le service touristique est encore largement perfectible et le potentiel de développement est loin d’y être exploité, mais le touriste peut se rendre en province Nord et… il vient !

Les dix-sept communes ont ensuite bénéficié de l’opportunité, à raison de deux week-ends par an. Le dernier a eu lieu à Bélep en 2013 et reste un souvenir émouvant pour l’équipe du GIE. « C’était la première fois que les gens venaient voir les Bélep pour leurs attraits et non parce qu’ils étaient en exil, en référence aux révoltés d’Ataï, ou lépreux. La mairie s’est beaucoup investie, la grande chefferie également puisque les touristes se sont vu offrir des danses très sélectives, réservées normalement aux cérémonies des chefs. »

En 2013, le GIE se donne une nouvelle orientation. Après les communes, il axe désormais ses campagnes de promotion sur quatre zones géographiques touristiques qui collent aux ETH, « entités territoriales homogènes » établies par la province Nord dans sa volonté d’aménagement du territoire. Les espaces de l’Ouest (VKP et Poya), le grand Nord (de Kaala-Gomen à Pouébo en incluant Bélep), la Côte océanienne (de Hienghène à Ponérihouen) et le Nord minier (Kouaoua, Canala et Houaïlou) vont bénéficier d’un nouveau concept, intitulé « Xplore le Nord », pendant cinq ans. Le GIE organisera des événements touristiques par région, en s’appuyant sur des professionnels (hôteliers, tenanciers de gîtes ruraux, spécialistes d’activités de loisirs en extérieur, etc.). Son objectif reste toutefois de montrer que la province Nord est une destination privilégiée pour les activités de pleine nature, le tourisme « vert » et peut se découvrir à cheval, à pied, en kayak, en profitant de l’hospitalité de ses habitants. Les tribus de la Chaine et le grand Nord ont déjà occupé le devant de la scène Xplore. Au quotidien, en plus de ces campagnes, le GIE prépare des rendez-vous annuels, comme le « Jeudi de la province Nord » à Nouméa, ou biannuels, comme le salon du tourisme en province Nord, dont le deuxième a eu lieu fin 2014 à Koné. « Lors du premier salon, en 2012, nous voulions améliorer l’image de la province Nord. En 2014, nous avons choisi de montrer à la population que le tourisme peut devenir une source de revenus alternative à la mine. Nous avons mis l’accent sur les activités culturelles et de loisirs disponibles dans le Nord », explique Jacqueline Riahi. En outre, le GIE continue d’accompagner les communes en faisant la publicité de leurs événements touristiques, à l’exemple des « Vingt ans de Kouaoua », en septembre 2015.

Lentement mais sûrement

Le GIE a travaillé longuement avec les mairies, les associations locales et les représentants coutumiers, pour leur faire prendre conscience des atouts naturels et culturels de leur commune et de la possibilité de les mettre en valeur pour le tourisme. Rapidement, il a conçu un produit : les « Week-ends Découverte ». Découverte aussi bien pour les habitants de la commune ciblée, qu’il fallait inciter à sortir de leur timidité, que pour les touristes. « Ce concept intégrait la volonté provinciale de donner sa place au tourisme vert, au tourisme de proximité », souligne madame Riahi. Une réalité s’est imposée : la nécessité de former les gens impliqués dans l’accueil des visiteurs, pour leur inculquer des notions clés, service au client, hygiène, sécurité, ponctualité… Le premier « Week-end » s’est déroulé à Canala, en 2003. « Pour y parvenir, nous avons montré combien l’événement pouvait être un levier de développement économique. Nous avons identifié patiemment, avec les gens sur place, les activités possibles. La commune s’est engagée à remettre en état les routes et les sites ; le GIE à faire venir ou revenir les touristes, à Canala, un endroit symbolique… », poursuit Jacqueline Riahi. « Plus de trois cents personnes sont venues, il y avait une réelle envie des gens du Sud de découvrir le reste du pays, vu comme hostile les quinze dernières années. »

La formation, principale retombée

Les Week-ends Découverte ont représenté chacun trois mois de préparation pour le GIE. Le temps de négocier avec tous les intéressés de la commune et de faire émerger le potentiel de leur terre. Leur coût était d’environ 4,5 millions de francs CFP. Pour quels gains ? Les revenus directement liés aux dépenses des touristes ont en général approché le million de francs CFP par événement, hors prestations consommées dans les hôtels. Ces revenus ont été partagés entre les différents intervenants sur place. Mais, selon le GIE, les bénéfices de la formule résident ailleurs. En effet, le travail conjoint lui a permis de nouer une relation de confiance avec les communes ; il lui a permis d’identifier des personnes susceptibles de déployer des activités touristiques sous réserve d’accompagnement ; enfin, de relever un immense besoin de formation partout dans le Nord, pour préparer les hôtes. Le GIE s’est donc intéressé de prêt à la question.

Il a dispensé des formations courtes en premier lieu, sur les fondamentaux de l’accueil touristique. Puis, sollicité par les communes indépendamment des Week-ends Découverte, il s’est organisé pour mener des actions plus soutenues. D’où la création, en 2006, d’un « pôle Formation » en son sein et l’obtention de son habilitation comme organisme de formation. « Nous étions face à un public non qualifié, sorti du système scolaire, mais volontaire pour les activités touristiques. Il a fallu agir seuls car la province Nord, compétente pour la formation professionnelle, ne nous a pas apporté de solution matérielle à l’époque », se souvient Jacqueline Riahi. « Ensuite, nous avons obtenu des aides de la DEFIJ2 et de la DFPC3 », nuance-t-elle. Agent de tourisme, accompagnateur de sorties équestres ou pédestres, animateurs de kayak… les formations que le GIE a mises en place sont diverses et les résultats de son action plutôt satisfaisants. Il a participé à l’écriture de certains diplômes reconnus par la Nouvelle Calédonie. Depuis 2007, 74 personnes sur 105 formées ont obtenu un diplôme, quoique 55% seulement soient aujourd’hui en activité. Les formations courtes d’accompagnement (cuisine, hygiène, accueil touristique, anglais…) ont, elles, servi 277 personnes entre 2011 et 2015. Aujourd’hui, le GIE ne propose plus de formations diplômantes ; il s’occupe en revanche de formation continue.

L’avenir du GIE

L’évolution parait lente, au regard des sommes investies (Le budget du GIE Tourisme province Nord). Mais les Calédoniens ont progressivement changé leur perception du Nord. Et dans les communes partenaires du GIE, le touriste ne fait plus peur, même si on ne s’investit pas encore suffisamment pour l’attirer et le retenir. « C’est un travail de longue haleine, il faut expliquer et expliquer à nouveau, sur le terrain », répète Jacqueline Riahi. Le GIE voudrait voir les intervenants du tourisme de la province Nord se fédérer et mettre leurs idées en commun, pour dynamiser le secteur et proposer des produits de qualité. Par conséquent, il a instauré et anime depuis mi-2015 des « réunions de filières » pour l’hôtellerie, l’hébergement chez l’habitant, les randonnées pédestres et les activités nautiques. « Nous pensons que tout le monde doit joindre ses efforts pour encourager le tourisme vert et faire que la province soit distinctement identifiée comme une destination de pleine nature, explique Jacqueline Riahi. En parallèle, pour structurer l’offre touristique, nous incitons chaque zone géographique à mettre en valeur ses propres atouts. Tout ça passe par de la formation pour professionnaliser les acteurs, par des actions d’information du grand public et des professionnels du voyage. » Les réunions de filières rassemblent des gens aux intérêts communs. « Elles nous permettent de leur faire préciser leurs besoins », poursuit la directrice du GIE. En 2015, chaque réunion a compté une vingtaine de participants. Une activité semble néanmoins oubliée dans les plans de développement : les croisiéristes, dont on comprend qu’ils vont approcher la Calédonie en nombre croissant d’ici 2020. « C’est vrai que nous devrions nous pencher sur cette niche », reconnait Jacqueline Riahi. « Poum et Hienghène en recevaient, puis c’est parti à vau-l’eau… Or, ça marche à Lifou, et même très bien, pourquoi pas dans le Nord ? »A plus large échelle, le GIE participe, depuis trois ans, à la mise en œuvre de la stratégie à l’international de la Nouvelle-Calédonie. Celle-ci est issue – après une longue gestation – du plan de développement touristique concerté défini dans le cadre des « assises du tourisme » organisées en province Sud en 2005. Il s’agit, pour les provinces et la Nouvelle-Calédonie, de s’impliquer enfin en une démarche unifiée. La province Nord a signé les trois « contrats de destination » qui en découlent, l’un pour la zone Australie et Nouvelle-Zélande ; le deuxième pour le Japon et le troisième pour la France et l’Europe. « Ce sont des conventions tripartites, en vertu desquelles la province assure la promotion touristique de sa destination, les hôteliers font des efforts sur leurs tarifs et le gouvernement s’occupe de faciliter l’aérien », commente madame Riahi. En pratique, les trois GIE touristiques locaux, un par province, mutualisent leurs moyens : logo et office du tourisme commun, brochures éditées ensemble, stand unique dans les salons, la stratégie de pénétration des marchés est en route. Est-ce la raison pour laquelle on sent comme un frémissement en province Nord et un regain d’intérêt pour le tourisme, en période d’aléas du nickel ? Quoi qu’il en soit, les yeux se tournent vers le GIE, qui subit, depuis 2014, un audit. La province voudrait, semble-t-il, redéfinir ses missions ; amplifier le contrôle de ses actions ; diminuer son budget et mieux maîtriser l’argent qu’il dépense. Rien de choquant, sauf si la baisse du subventionnement ne coïncide pas avec le périmètre d’intervention du GIE. Rien de choquant, sauf si la « restructuration » en germe venait à réduire la souplesse et la flexibilité de la petite équipe de cinq personnes qui s’efforce, depuis plus de dix ans, de gagner la confiance des gens sur le terrain et d’entonner le chant des sirènes pour faire venir le touriste.

1. Le GIE compte cinquante-quatre membres. Son conseil d’administration est composé de treize membres.
2. Direction de l’enseignement, de la formation et de l’insertion des jeunes de la province Nord.
3. Direction de la formation professionnelle continue de la Nouvelle-Calédonie.

Lire aussi dans ce dossier :

-Tourisme : le Nord s’impliquera-t-il ?

-Jeudi de la province Nord

-Le budget du GIE Tourisme province Nord en 2015

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