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Petite enfance, grandes préoccupations

La province Nord compte environ 2 800 enfants âgés de moins de trois ans, un public qui compte. Leur bien-être et leur épanouissement exigent un travail quotidien. Si le...

La province Nord compte environ 2 800 enfants âgés de moins de trois ans, un public qui compte. Leur bien-être et leur épanouissement exigent un travail quotidien. Si le développement de la petite enfance dépend largement de sa situation familiale, les pouvoirs publics ont aussi un rôle prépondérant à jouer pour le faciliter.

La petite enfance mobilise les compétences de plusieurs acteurs publics et parapublics relevant de l’action sanitaire et sociale et de l’action judiciaire. En province Nord, c’est la direction des affaires sanitaires et sociales et des problèmes de société (DASS-PS) qui doit « accompagner les personnes les plus vulnérables socialement », dont les enfants. La réglementation sur la petite enfance relève de la Nouvelle-Calédonie mais les provinces bénéficient de délégations pour prendre des mesures individuelles d’application. Ainsi, ce sont elles qui délivrent les agréments aux crèches et assistants maternels auxquels sont confiés les tout-petits pendant que leurs parents travaillent.

« Il devenait urgent d’encadrer le métier d’assistant maternel pour la sécurité des enfants et d’améliorer les conditions d’accueil »

Les modes d’accueil

Avec le changement rapide de mode de vie ces dernières années en région VKP, la question de la garde d’enfants s’est imposée et touche progressivement tous les milieux sociaux, toutes les ethnies. En 2011 seulement la province Nord s’est dotée d’un chargé de mission « petite enfance », rattaché au service de l’aide aux personnes à autonomie réduite (APAR) de la DASS-PS. Émilie Guillaud décrit son rôle : « J’accompagne les personnes qui veulent accueillir des enfants soit à domicile soit dans une structure, j’instruis les dossiers d’agrément et je supervise la formation des professionnels de la petite enfance ». Comme la Nouvelle-Calédonie accuse du retard – les structures collectives d’accueil sont encadrées par un texte datant de 1961, dont la réactualisation, approuvée par le gouvernement en 2011, n’est toujours pas appliquée ; le métier d’assistant maternel est également en attente de texte –, la province Nord a décidé d’anticiper la réglementation. « Il devenait urgent d’encadrer le métier d’assistant maternel pour la sécurité des enfants et d’améliorer les conditions d’accueil », poursuit madame Guillaud. Une délibération a donc été adoptée en avril 2006, puis réactualisée en juin 2015. Mais la province ne dispose toujours que d’une seule crèche, à Koné.

Que dit la réglementation ?

Les assistantes maternelles agréées par les services provinciaux sont autorisées à garder quatre enfants de moins de trois ans au maximum et deux enfants de trois à six ans en périscolaire. Délivré pour cinq ans renouvelables, l’agrément implique souvent des aménagements de leur domicile. Ainsi, le jardin doit être clôturé, les animaux isolés, les produits dangereux sous clé, les prises électriques aux normes… Le personnel assermenté de l’APAR effectue des contrôles au moins une fois par an. La direction provinciale du développement économique et de l’environnement peut accompagner financièrement les assistantes maternelles dans leurs travaux. Qui dit agrément, dit formation obligatoire. La province Nord a mis en place en 2011 un programme pour améliorer la professionnalisation des « nounous » qui exerçaient jusque-là de manière informelle. Soixante-dix personnes ont bénéficié d’une formation initiale étalée sur cent cinquante heures, abordant le développement de l’enfant, l’hygiène et la sécurité, la gestion administrative, le cadre juridique, la communication avec les parents et les autres professionnels. Les assistantes maternelles peuvent ensuite demander des formations de courte durée pour être accompagnées dans leur pratique professionnelle.

« Il n’y a pas de politique de petite enfance en Nouvelle-Calédonie ! La seule proposition, c’est de contrôler les prix des structures… »

L’offre d’accueil à la loupe

Malgré ces mesures, les professionnelles agréées ne sont que seize dans la région VKP ; s’y ajoutent huit « nounous » déclarées et formées, mais non agréées. Soit un potentiel d’un peu moins de cent places quand la mairie de Koné, à elle seule, estime le nombre d’enfants de moins de trois ans à quatre cent cinquante. La crèche Bellevue, qui dispose de vingt places, a sept bébés sur liste d’attente. « En janvier, j’ai déjà eu des appels pour l’année prochaine ! », s’exclame Nancy Devaud, la gérante. « Nous avons beaucoup trop de demandes. Certaines nounous dépassent le quota pour dépanner les parents », confie Sylvana Diela, agréée depuis 2011. Un autre phénomène s’est développé, les garderies illégales, sur lequel il est plus complexe d’agir. « La lutte contre le travail au noir relève de la Direction du travail et de l’emploi de la Nouvelle-Calédonie, relève Émilie Guillaud. La province met en garde les parents sur ce type d’accueil et incite les assistants maternels à rechercher l’agrément. » Difficulté majeure, le respect de la réglementation demande du temps et de l’argent. « Mais c’est un argument à faire valoir auprès des parents pour justifier nos prix », précise Nancy Devaud. La fourchette pour une assistante maternelle agréée se situe entre 55 000 et 65 000 francs par mois, par enfant à plein temps, repas non compris. « Pour pouvoir les préparer, il faudrait mettre la cuisine aux normes, ce qui est trop coûteux », explique Sylvana. À la crèche Bellevue, le tarif mensuel s’élève à 52 500 francs hors repas pour un bébé de trois à dix-sept mois et, pour les enfants plus âgés, à 72 135 francs (forfait comprenant le goûter et le repas préparé par un service de restauration collective). N’ayant ni quota d’enfants, ni obligation de mise aux normes de leur logement, les nounous « au noir » sont accusées de tirer les prix vers le bas. Hélas ! En l’absence de véritable politique publique d’aide aux familles, de nombreux parents se rendent à cette solution. En particulier ceux, appartenant aux classes moyennes, qui ont plusieurs enfants et perçoivent des revenus à la fois insuffisants pour avoir recours à des modes de garde agréés et trop importants pour bénéficier d’aides sociales. L’union des professionnels de la petite enfance (UPPE) connaît bien le problème. « Il n’y a pas de politique de petite enfance en Nouvelle-Calédonie ! La seule proposition, c’est de contrôler les prix des structures. Les professionnels ne comptent plus sur l’aide aux familles qui devait être mise en place pour la garde d’enfants », déclare le porte-parole Manuel Berthier. Sur ce dossier, la balle est par conséquent dans le camp du gouvernement. Il a proposé un audit pour calculer le coût de revient exact d’un enfant placé en structure collective. En attendant, les professionnels de la petite enfance sont à la peine. Situation désolante, quand on sait combien il est important, pour construire une société équilibrée, d’investir, sur le long terme, dans la petite enfance.

Coup de pouce fiscal

Il est possible de déduire de sa déclaration annuelle à l’impôt sur les revenus, les frais de garde des enfants âgés de moins de sept ans en garderies, crèches ou jardins d’enfants agréés, jusqu’à hauteur de 500 000 francs.

Une crèche en bonne voie

« Les structures d’accueil privées impliquent un investissement financier important avec de lourdes charges de fonctionnement et sont donc peu rentables », admet la chargée de mission « petite enfance » de la DASS-PS. Selon l’union des professionnels de la petite enfance (UPPE), les crèches font partie des secteurs d’activité à risque pour les banques, malgré la demande. Ce qui pourrait expliquer leur très faible développement en région VKP. Nancy Devaud, de la crèche Bellevue, se souvient : « Atout bout’chou (qui gère trois structures sur le Grand Nouméa, Ndlr) avait un projet à Koné. Nous avions même rencontré la responsable, puis, plus rien. » En 2007, Koniambo Nickel SAS a, quant à elle, approché la délégation calédonienne de la Croix-Rouge française (CRF) pour monter sa crèche d’entreprise. En raison d’atermoiements de la province Nord qui souhaitait une structure non exclusivement dédiée au métallurgiste, celui-ci s’est retiré du projet. La SIC a été sollicitée pour assurer la construction d’une crèche de quatre-vingt places (plus quarante places pour de l’accueil périscolaire) sur un terrain de cinquante-huit ares cédé par la mairie de Koné en face de l’école Téari. La Croix-Rouge a étudié comment lui donner une dimension provinciale : « Des places seront réservées à des enfants en situation de handicap et ce sera aussi une école d’application pour les stagiaires en formation de la province Nord qui préparent un diplôme en petit enfance. Nous souhaitons aussi accompagner les assistantes maternelles agréées à travers de la formation continue », explique Raymond Le Helley, chargé de mission de la CRF. La SIC achève actuellement la phase d’esquisse de la construction, en collaboration étroite avec la CRF. L’objectif est de boucler le plan de financement avant la fin de l’année avec la province Nord comme partenaire et, pourquoi pas, Koniambo Nickel SAS. Le lancement des travaux est prévu fin 2016 pour une ouverture en 2018.

Garde d’enfants, un problème de « Blancs » ?

Sur les quelque trois mille enfants de moins de trois ans de la province Nord, combien sont concernés par les difficultés que nous évoquons ? Aucun chiffre n’est disponible à ce sujet. Mais la question de la garde d’enfants en bas âge, que la population kanake ignorait il y a quelques années, commence à la toucher, surtout sur VKP, car les parents travaillent de plus en plus, femmes comprises. En tribu, la résolution du problème paraît, de prime abord, plus simple : il y a toujours une grand-mère ou une tantine pour s’occuper des petits, à laquelle on ne fournit que les couches, le lait, la nourriture de l’enfant. Pourtant, ce n’est pas toujours la panacée : il faut avoir confiance en la personne ; on est soumis aux aléas des désaccords familiaux ; et surtout, quelles sont les activités proposées à l’enfant pour l’éveiller, l’éduquer, le socialiser ? Si bien que des femmes de la tribu se forment désormais, pour proposer des services d’assistantes maternelles sur place, comme à Baco, où il en existe une agréée.

Lire la suite du dossier :

-Nancy Devaud, gérante de la crèche Bellevue

-L’enfance en difficulté

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