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Ces grands projets qui défient la crise

En province Nord, l’argent public ne manque pas… encore. Les réserves budgétaires constituées durant les trois dernières mandatures et la priorité donnée par l’Etat, à travers les contrats de...
Le collège de Païamboué

En province Nord, l’argent public ne manque pas… encore. Les réserves budgétaires constituées durant les trois dernières mandatures et la priorité donnée par l’Etat, à travers les contrats de développement, au « rééquilibrage » territorial, permettent aujourd’hui de poursuivre le financement des infrastructures nécessaires au développement économique du Nord. Cela, malgré les difficultés annoncées de Koniambo Nickel SAS, qui effraient les entrepreneurs du secteur privé. Les montants engagés par la commande publique sont colossaux : en 2013 et 2014, la province a consacré aux investissements respectivement 7,978 et 8,873 milliards de francs CFP. Ce qui ne représente, du fait de la lenteur de l’administration à mener les opérations, que 45% environ des montants prévisionnels budgétés1. Quels sont les projets qui bénéficient de ces fonds ? Nous avons trouvé intéressant, à l’heure où le mot « crise » habite tous les discours, de passer en revue les plus importants d’entre eux : ceux portés soit directement par les institutions, soit par les grands aménageurs provinciaux (la Saeml Grand projet VKP et Nord Avenir) ; ceux à l’initiative du secteur privé.

Entretien avec Yannick Slamet, premier vice-président de la province Nord2

 « La province n’a jamais arrêté d’investir »

 

VKP Infos : Quels sont à ce jour les principaux projets d’infrastructure financés par la province Nord ?
Yannick Slamet : Le barrage de la vallée de Pouembout, la plus grande et la plus fertile du pays, est un projet capital. Aujourd’hui, les agriculteurs utilisent l’eau en conflit avec les besoins de l’habitat et du développement urbain. Ce barrage garantirait l’accès généralisé à cette ressource. Le projet a fait l’objet d’un premier appel d’offres, pour en étudier les caractéristiques, remporté par le groupement SAFEGE. Un comité de pilotage, que je préside, doit affiner les données issues d’une étude préliminaire réalisée en 2013. Il nous faut un ouvrage opérationnel en 2019 et d’une capacité supérieure aux sept cent mille mètre cube permettant seulement de combler le déficit d’approvisionnement sur VKP. Notre idée est de faire de l’adduction d’eau un vecteur de développement. Sur la base de notre cahier des charges, le prestataire rendra son étude dans quelques mois. En attendant, nous voulons établir un partenariat avec les agriculteurs de Pouembout qui se sont récemment rendus dans le sud de la France pour visiter des ouvrages similaires.
Autre projet important pour le développement, le collège de Paiamboué, qui contribuera à fixer la population. Il accueillera quatre cents élèves, avec une extension possible à six cents, sur 3 750 m2. L’investissement atteindra deux milliards XPF ; l’ouverture est programmée pour la rentrée 2016. L’Etat s’est par ailleurs engagé à construire le lycée de Pouembout. La province prendra en charge le maillage routier, les accès et certaines infrastructures.
Le Centre hospitalier du Nord (CHN) est aussi majeur pour le bien être de la population. C’est une opération de la compétence de la Nouvelle-Calédonie mais la province en est partie prenante. Le nouveau Centre médico-social de Koné (CMS) lui sera intégré pour réaliser des économies en partageant les équipements. Cela représente un investissement de deux cent cinquante millions XPF pour la province auquel il faut ajouter le maillage routier. En parallèle, la province investit dans un centre d’hébergement aménagé sur le site du CHN pouvant accueillir les personnes à mobilité réduite. C’est primordial pour accueillir les familles en provenance de toute la province. La livraison de l’hôpital est prévue fin 2017, début 2018.
Notons aussi la participation provinciale au projet de centre pénitentiaire semi-ouvert de l’Etat, orienté vers la réinsertion des personnes condamnées, dont beaucoup sont des ressortissants de la province Nord. Nous cédons le foncier nécessaire.
Enfin, dans les grands investissements de la collectivité provinciale, il ne faut pas oublier les budgets colossaux consacrés aux travaux routiers, soit plusieurs milliards XPF. L’un de nos grands projets est la transversale Hienghène-Gomen, lancée depuis deux ans ; l’investissement prévu est de six milliards XPF. Il consistera en ouvrages d’art et en l’élargissement de la route plutôt qu’en une nouvelle « Koné-Tiwaka ».

La province accompagne-t-elle les communes dans leurs investissements ?
Yannick Slamet : La province déploie un partenariat financier avec ses communes. Depuis 2008, elle les a assistées dans leurs investissements à hauteur de huit milliards XPF. En 2015, une enveloppe de quatre milliards XPF supplémentaires leur a été ouverte. Par exemple la province a financé 50%, soit soixante-dix millions XPF, de la morgue de Koumac. Elle aide à financer les salles omnisports, les bases nautiques…

Est-ce que la province est « en crise » comme d’autres collectivités locales disent l’être ?
Yannick Slamet : La province Nord n’est pas en crise ; elle n’a jamais arrêté d’investir, grâce à son fameux « matelas », souvent critiqué. Les réserves financières constituées dans les moments de conjoncture favorable nous permettent aujourd’hui de maintenir notre rythme d’investissement jusqu’à 2018 par autofinancement. Notre crédo ? Il faut vivre avec l’argent possédé et non à crédit. Nous connaitrons cependant des difficultés dès 2016 et devrons procéder à des ajustements, peut-être sur le programme des routes. C’est pourquoi nous définissons actuellement des priorités de dépenses.

Quels sont les principaux types de financement mis en œuvre?
Yannick Slamet : Le plan provincial pluriannuel d’investissement prévoit des dotations à hauteur de 53% de l’Etat et de la Nouvelle-Calédonie. L’Etat intervient à travers les contrats de développement, dont la génération en cours se termine en 2016. La province finance directement le reste des investissements, soit en autofinancement (27%), soit par l’emprunt auprès d’organismes comme la Caisse des dépôts, l’Agence française de développement (AFD). Notre taux d’endettement de 14% nous rend crédible (le seuil maximal pour emprunter est de 150%, NDLR). En outre, les taux des prêts sont très bas.

Parlez-nous du plan d’investissement de la province et de la manière dont elle financera le fonctionnement des nouveaux équipements…
Yannick Slamet : Ce plan prévoit une enveloppe globale de douze milliards et demi sur cinq ans, avec des mises à jour en cours d’exécution. Six milliards seront consacrés à l’aménagement du territoire et un milliard au secteur sanitaire et social (pour la rénovation des dispensaires notamment). Le reste concerne divers secteurs : l’habitat, les aides au développement économique au titre du code de développement (le « Codev », NDLR)…
S’agissant du fonctionnement des équipements, prenons l’exemple du centre aquatique de Pouembout : il devrait coûter trente millions XPF par an. La politique de la province est d’éviter le fonctionnement en régie, c’est à dire la gestion directe par ses agents. Donc nous confions l’équipement à de petites entités subventionnées. Pour chaque investissement, le financement de son fonctionnement est inscrit dans les budgets provinciaux, avec 3 % d’augmentation annuelle prévisionnelle. Nous nous efforçons de respecter cet objectif en fonction de nos réserves, en arbitrant les investissements.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ces projets ? Quels sont les remèdes apportés ?
Yannick Slamet : La lenteur administrative est une réalité ; nous travaillons à améliorer nos procédures. La difficulté principale reste cependant de trouver des entreprises locales capables de prendre en charge ces grands projets. Beaucoup sont fiables mais pas assez structurées. D’où notre dilemme. Sur certains projets, nous privilégions le fonctionnement avec une « entreprise générale » expérimentée, souvent un grand groupe international ; sur d’autres, nous séparons les corps d’état pour associer les entrepreneurs calédoniens. Il faut vraiment que ceux-ci apprennent à se regrouper !

Quelles retombées économiques escomptez-vous de ces nouveaux équipements ?
Yannick Slamet : Aujourd’hui, nos efforts portent sur la satisfaction des besoins de la communauté. C’est un fait, nous n’évaluons pas encore les impacts, le bénéfice social de nos investissements.

1. En 2014, la province Nord avait planifié 19, 059 milliards d’investissement.
2. Et président de la Saeml Grand projet VKP

Lire la suite du dossier :

-Les projets de la Saeml VKP

-Les projets de Nord Avenir

-Les projets cofinancés par la province Nord

-Les projets privés

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