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Le WWF a les yeux sur l’Aoupinié

Les 26 et 27 mai, le WWF a célébré son partenariat avec la tribu de Gohapin, conclu pour reboiser la montagne autour du captage de Newapwi, à Poya. Cette « Fête de la forêt » voulait redonner du souffle à une initiative citoyenne vieille de dix ans.
Les 26 et 27 mai 2018, le WWF a célébré son partenariat avec la tribu de Gohapin, conclu pour reboiser la montagne autour du captage de Newapwi, à Poya. Cette « Fête de la forêt » voulait redonner du souffle à une initiative citoyenne vieille de dix ans.

Si vous vous étiez rendus à la Fête de la forêt, les 26 et 27 mai 2018, à Gohapin, vous auriez adoré observer l’envol des roussettes de la Vallée des Roches, à la tombée de la nuit. Ou découvrir la tribu et sa forêt humide. Vous auriez aussi participé à une plantation « citoyenne » de cinq cents arbres et sans doute acheté des plants endémiques aux femmes de la tribu. Enfin, vous auriez dégusté le dîner préparé avec des produits locaux, offert par le WWF, qui orchestrait le week-end.

Filière économique pour Gohapin

Coutume de bienvenue entre la tribu, le WWF et les visiteurs, le samedi 26 mai 2018, en fin de matinée. Au centre, Hubert Géraux, le président du WWF France en Nouvelle-Calédonie.

Le WWF s’occupe de l’Aoupinié depuis 2003. Son projet ? Sauvegarder la forêt de ce massif. Pour y parvenir, il a mené un travail de terrain et convaincu les habitants de la tribu de Gohapin de s’impliquer à ses côtés. « Nous les avons accompagnés pour qu’ils prennent en main leur environnement, avec le soutien de partenaires comme la province Nord, le gouvernement, la mairie de Poya », relate Hubert Géraux, responsable du WWF en Calédonie. Concrètement, le Fonds a monté sur place une filière de restauration forestière : récolte des graines, production de plants en pépinière, plantation. Résultat : les femmes (toujours elles !) de Gohapin prennent soin d’une dizaine de pépinières capables de produire aujourd’hui vingt-cinq mille plants.

Outre la préservation de son environnement naturel, la tribu trouve un intérêt pécuniaire à l’intervention du WWF : les pépiniéristes vendent leurs plants, aussi bien aux sociétés qui « revégétalisent » que sur les étals des marchés de la région.
« C’est pour nous un bel exemple d’autonomisation d’une filière durable. Nous offrons des débouchés aux femmes de Gohapin », poursuit monsieur Géraux. « En 2017, nous avons contribué à éditer un livret de promotion des pépiniéristes, diffusé aux acheteurs potentiels. En 2018, nous continuons cette promotion avec la Fête de la forêt. » Moyennant rémunération, les guides locaux (Denise, Julien, Rolly, Edouard et les autres) ont ainsi fait découvrir aux quelque quarante visiteurs du week-end les falaises de la Vallée des Roches (grotte d’Adio), le beau massif de l’Aoupinié plongeant sur les vallées de Poya et Ponérihouen ; ils les ont accompagnés jusqu’aux « cascades jumelles » cachées de Gohapin et leur ont expliqué la tribu et ses pépinières. Autre coup de pouce, le WWF a accepté que la plantation citoyenne, habituellement prévue sur le périmètre de protection du captage d’eau, se déroule sur le terrain au-dessus de l’école de la tribu, pour parer à un décrochement menaçant. « Néanmoins, pour chaque arbre planté là, le WWF en a planté un autre sur le périmètre de captage, en cohérence avec son but historique de restaurer ce bassin-versant », relève Hubert Géraux.

L’épopée de l’Aoupinié

Le mauvais temps, en limitant le nombre de participants, a donné au week-end une dimension “familiale”. ­­
Les visiteurs ont ainsi tissé des liens avec la tribu de Gohapin, en particulier pendant la plantation du dimanche matin.

En effet, le but du WWF reste la restauration forestière de l’Aoupinié. Les discussions entamées en 2003 avec la province Nord et la population de Gohapin se sont d’abord heurtées au manque de moyens financiers pour ce projet de développement durable. Puis le WWF a trouvé des financements auprès de la Fondation Bay & Paul en 2005. « Nous pouvions aussi compter sur la collaboration locale de monsieur Denis Meandu-Poveu », souligne monsieur Géraux. Le succès des premières actions (plantations, écotourisme), l’a incité à persévérer, en nouant des partenariats avec les institutions. Le WWF a déployé une stratégie à quatre volets. Premièrement, il fallait recueillir des données sur le terrain pour acquérir une connaissance scientifique du patrimoine naturel du massif (inventaire des oiseaux, de la flore, etc.). Ensuite, sensibiliser la population, former des intervenants dans la tribu. Soutenir l’écotourisme aussi. L’ensemble a permis d’engager des actions de restauration des espaces forestiers érodés.

Sophie, de Gohapin, enseigne aux collégiens venus de Koné et Bourail le tressage de feuilles de palmier et tiges de pandanus, selon la tradition kanake.

 

Plus de dix ans après, le Fonds estime avoir obtenu de bons résultats. « Nous avons amélioré notre connaissance de ­l’Aoupinié, via un réseau de naturalistes et scientifiques bénévoles. Nous avons participé, par exemple, à l’inventaire de sa population de cagous, au suivi des nids de roussettes, pour divers organismes locaux et facilité l’étude des corbeaux par l’université d’Oxford. Nous nous sommes joints au programme de recherche sur les feux et leur impact. » En parallèle, le WWF a initié les écoliers de Gohapin à la sauvegarde de l’environnement et leur a livré une pépinière pédagogique. Pour lancer l’écotourisme dans la région, il a organisé plusieurs événements (le dernier étant la Fête de la forêt), favorisé l’accueil de visiteurs et formé des guides locaux. Quant à la restauration forestière, elle progresse : création d’une douzaine de pépinières, de chantiers de plantation, dont celui qui instaure un périmètre de protection du captage d’eau. « Graduellement, nous avons sensibilisé la population de Gohapin à la gestion contrôlée des feux. La tribu est aujourd’hui reconnue pour son engagement dans la valorisation respectueuse de son patrimoine naturel et culturel, conclut monsieur Géraux. Elle a été citée dans des émissions télévisées comme Thalassa et accueille un nombre croissant de personnes qui viennent s’inspirer de son expérience. »

Félicitations aux collégiens de Koné, qui ont travaillé pour financer un projet pédagogique de plantation au bénéfice de l’école de Gohapin. Un bel acte de solidarité !
Le WWF, dix-sept ans de Calédonie

Le World Wildlife Fund (Fonds mondial pour la nature) est l’une des premières organisations internationales de protection de l’environnement. Créé en 1961, il  compte cinq millions de membres. Il  milite pour la conservation de la diversité biologique par l’utilisation durable des ressources renouvelables et la réduction de la pollution, du gaspillage. Ses actions sont fondées « sur le respect de chacune et chacun, le dialogue ».

Le WWF France s’est installé en -Nouvelle-Calédonie en octobre 2001 ; ses locaux sont sur la route du parc forestier, à Nouméa. Il participe par exemple aux programmes de conservation de la forêt sèche. En province Nord, il a contribué à la mise en place des aires marines protégées, outre son action à Gohapin. On le retrouve dans des instances comme le Conservatoire -d’espaces naturels.

 

 

 

 

 

 

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