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Ko Névâ, ou le talent des artistes du nord

Le centre culturel Jean-Marie Tjibaou a ouvert, le 13 septembre 2017, sa salle Komwi à l’exposition annuelle Ko Névâ, l’esprit du pays1. Cette édition, fruit d’une collaboration avec le centre...

Le centre culturel Jean-Marie Tjibaou a ouvert, le 13 septembre 2017, sa salle Komwi à l’exposition annuelle Ko Névâ, l’esprit du pays1. Cette édition, fruit d’une collaboration avec le centre culturel Pomémie, veut faire mieux connaître dix-sept artistes et créateurs originaires de la province Nord. Si la communication, la scénographie et les commentaires textuels qui devraient porter l’exposition sont pauvres, les œuvres, elles, sauvent l’initiative par leur signifiance et leur beauté.

L’exposition annuelle Ko Névâ est née en 1990 – elle s’intitulait alors Ko I Névâ – dans le dessein de montrer les créations artistiques kanakes. Elle participait du projet de son promoteur, l’agence de développement de la culture kanake (ADCK), de « cartographier l’activité artistique kanake ». Le travail a désormais bien avancé. Avec l’édition 2017, l’ADCK dévoile des œuvres inédites, que certains artistes du nord ont créées lors de résidences au centre Tjibaou et d’autres œuvres, sélectionnées par l’association Poa Boa Vi Thila, administratrice du centre culturel de Pomémie. Ici, la pierre-savon sculptée de Judicaël Ouaoubat, artiste de Pouébo. Ko Névâ expose aussi des sculptures de huit autres artistes, dont Pascale Géry et Kiki Wabealo de Koné.

Les 17 artistes à l’honneur

Ecriture : Noëlla Poemate (Koné).
Peinture : Francia Boi (Koumac) et Josh Braweao (Ponérihouen).
Photographie : Prisca Nekiriaï (Poya).
Sculpture : Teddy Diaike (Canala), Paula Boi-Gony (Hienghène), Franko Gourou (Houaïlou), Pascale Géry et Kiki Wabealo (Koné), Ilie Poindipenda (Poindimié), Judicaël Ouaoubat, Patrick Teimboui et
Narcisse Tein-Thavouvace (Pouébo).
Vannerie : Berthe Thein (Voh), Marie-Bernadette Euribeari (Canala) et Régina Kaoua (Pouébo).
Vidéo : Sari Oedin (Koumac).

Bernadette Euribeari (Canala) et Régina Kaoua (Pouébo) sortent la vannerie de son registre de pratique utilitaire pour en faire un art, tant elles la maîtrisent. Ici, une natte en pandanus de 6 m² tressée à la perfection par Berthe Tein.

18h30, le 12 septembre 2017. Le vernissage de l’exposition Ko Névâ débute par une coutume. L’équipe de direction du centre culturel Jean-Marie Tjibaou accueille les artistes du Nord et leurs homologues de Pomémie.
« Ce que vous avez fait, c’est magnifique », s’émeut-on. Emmanuel Tjibaou, le directeur du centre « ouvre grand les portes de la maison à l’inspiration apportée du nord ». Mathilde Mereatu, représentante de l’association Poa Boa Vi Thila, rappelle que Pomémie travaille ce projet commun avec le centre Tjibaou depuis 2014. Il a fallu sélectionner les artistes, suivre leur travail… Vient Pélagie Nerhon, directrice du centre culturel Pomémie ; elle remercie le centre Tjibaou qui permet aux artistes du nord de s’exprimer dans ce lieu prestigieux de l’histoire calédonienne. « Certains artistes retenus sont jeunes et nouveaux, d’autres sont reconnus, mais tous sont conscients de l’opportunité qui leur est offerte et viennent, à travers leurs œuvres, livrer un message d’amour et d’échange au public du sud. » Madame Nerhon conclut en évoquant les difficultés quotidiennes de ceux qui créent sans pouvoir vivre de leur art et salue leur courage. Sur ce volet, le rééquilibrage issu de l’Accord de Nouméa a trouvé son plein effet : la construction des centres culturels du nord (Pomémie, Voh et Goa Ma Bwarhat à Hienghène), quoique très onéreuse, a fait émerger une génération d’artistes et les aide à progresser.

L’exposition Ko Névâ est cette année baptisée « De matip ko de kac » ou le cycle de la vie, en langue pwäpwä de Boyen (Vook). C’est le point commun des œuvres sélectionnées : montrer comment la tradition kanake illustre les étapes privilégiées de la vie. Naissance, mariage, mort et renaissance… Dans un poème, Noëlla Poemate résume ce cycle en honorant l’igname salvatrice. On regrettera que la muséographie, en particulier les textes des panneaux introductifs de l’exposition, soit si peu recherchée, pratiquement dénuée d’intérêt. Pourquoi n’avoir pas plutôt fait parler les artistes, pour révéler les fonde-ments de leur impulsion créatrice et les valoriser ainsi ? Bien heureusement, certaines œuvres, d’une grande profondeur, sauvent Ko Névâ.

Ko Névâ, renseignements au tél. 41 45 45.

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