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Des livres d’ici en cadeau

Nous avons repris le chemin de Calédo Livres, la librairie spécialisée dans l’édition locale, pour puiser des idées de cadeaux parmi les parutions de l’année 2015. Dominique Buzance, son gérant,...

Nous avons repris le chemin de Calédo Livres, la librairie spécialisée dans l’édition locale, pour puiser des idées de cadeaux parmi les parutions de l’année 2015. Dominique Buzance, son gérant, a choisi de nous présenter six ouvrages, dont deux pour la jeunesse. Quant aux quatre autres, ils nous ont donné l’occasion de découvrir les collections de l’éditeur calédonien « Ecrire en Océanie ».

Les cadeaux de Lucas

Auriane Dumortier et Sophie Dumortier – Editions De bas en haut, 2015 – A partir de cinq ans – 1950 CFP

les-cadeaux-de-lucasQue ferions-nous si le Père Noël n’apportait pas de cadeaux aux enfants cette année ? Question angoissante pour un petit garçon ! Quoique… Lucas ne manque pas d’idées. Dans son univers onirique, il va rencontrer Papa Noéa, cousin kanak du Père Noël, qui habite le grand flamboyant de sa tribu. Ce magicien lui apprend comment fabriquer ses propres jouets avec les éléments que la nature offre, plumes, écorce de niaouli, graines, fleurs… Des astuces pour éviter le gaspillage et la surconsommation de plastiques, métaux, tissus, papiers, qui caractérisent la fête de Noël, hélas !
Après Naomie est en colère, livre paru en 2014, Auriane et Sophie Dumortier, belles-sœurs dans la vie civile, poursuivent leur exploration de la littérature pour les plus jeunes. Si le conte, co-écrit, n’est pas des plus originaux, l’histoire reste mignonne et les dessins de Sophie sont beaux. Quant au propos, il est louable et tant mieux s’il laisse les parents perplexes.

Kawali, Kawala, Enfantines de Nouvelle-Calédonie

Publication de l’Académie des langues Kanak (ALK) et du Centre de documentation pédagogique (CDP), 2015  – Avec un CD, à partir de trois ans – 1500 CFP

kawali-kawala-enfantines-ncDans ce recueil, on découvre les paroles et la musique – grâce à un CD – de quarante-cinq chants en provenance de toutes les aires linguistiques et coutumières de notre île. Pour le réaliser, les collaborateurs de l’ALK ont collecté, enregistré, transcrit et traduit en français les textes récités par les femmes en tribu. Vingt langues kanakes sont utilisées pour traiter avec harmonie de l’igname, de la mangrove, des richesses du lagon… A chaque « enfantine », l’on apprend son origine, le message qu’elle véhicule, pragmatique, moral ou poétique. L’ouvrage comprend un volet pédagogique pour aider les enseignants à l’exploiter en classe auprès des tout-petits. Le CD dure quarante-trois minutes.

Ecrire en Océanie, nouvelles

C’est l’écrivaine Claudine Jacques et l’architecte Macate Wénéhoua qui, en 2008, ont créé l’association Écrire en Océanie, pour promouvoir la littérature dans notre région. En organisant régulièrement des concours d’écriture, l’association découvre des auteurs locaux auxquels elle offre l’opportunité d’être édités. Désormais, Écrire en Océanie possède sa librairie en ligne et ses collections. Parmi ses publications, en 2015, un recueil dans la collection « Nouvelles » et trois productions dans celle intitulée « Un auteur, Une nouvelle ».

Simano

Léopold Hnacipan – 1100 CFP

A Lifou, deux frères se querellent parce que le plus jeune ne veut pas se plier à la coutume et fuit le mariage que son aîné souhaite lui imposer. Une querelle qui va enraciner la discorde dans le clan de génération en génération, parce que les hommes ne savent pas se parler pour dire calmement leur désaccord. Dominique Buzance, le gérant de Calédo Livres, commente : « Léopold Hnacipan dit avec une écriture franche ce qu’il a à dire sur le monde kanak, sans juger, sans dénoncer ». C’est bien ce que les nouvelles de l’auteur parues en 2011 dans le recueil Olé Oleti, laissaient déjà transparaitre. Ce professeur de français au collège de Tiéta, à Voh, originaire de Lifou, a décidé d’aborder par l’écrit et la fiction les tabous de la société kanake. L’écriture de Léopold Hnacipan est factuelle, peu sophistiquée, ce qui lui permet de bien restituer l’importance de l’oralité dans le monde kanak.

La Fille de la ville

Noëlla Poemate – 1100 CFP

Cette nouvelle évoque elle aussi le non-dit en milieu kanak, en particulier celui qui touche les femmes – le viol et son omerta au premier chef, les ravages de l’alcool aussi. Combien de jeunes filles voient, encore de nos jours, leur adolescence saccagée par la violence qu’elles subissent en tribu ? Combien d’enfants y naissent sans amour, dans de dramatiques circonstances qui obèrent dès le départ leur construction psychologique ? Si nos politiques n’agissent pas, Noëlla Poemate, elle, utilise l’écrit pour en parler, à travers l’histoire de deux sœurs grandies différemment, qui se retrouvent après une longue séparation et règlent leurs comptes, sur les lieux de leur enfance. « Je suis sorti bouleversé de cette lecture », nous avoue Dominique Buzance. Nous aussi ! « Elle est très bien écrite, Noëlla Poemate a atteint une maturité indéniable en tant qu’auteure », poursuit le gérant de Calédo Livres. L’écrivaine, élevée à la tribu de Baco à Koné par ses grands-parents, est professeure au collège de Tiéta, à Voh. Pour en savoir plus, reportez-vous au VKP Infos n°44 d’août 2015, qui lui consacrait un article.

L’Enfant de la route

Isa Qala  – 1100 CFP

A Lifou, Edouard grandit sans son père, chez ses grands-parents. On dit qu’il est « un enfant de la route » et, à ce titre, il subit des vexations. Un jour pourtant, il va rencontrer ce père défaillant. Isa Qala, qui n’a pas trente ans, dénonce vivement ceux qui n’assument pas la responsabilité d’avoir mis au monde des enfants et les laissent grandir avec cette blessure éternelle à l’âme et au cœur. Toutefois, la jeune auteure donne toute leur place à l’espoir et à la résilience dont les êtres humains sont capables pour surmonter leur peine. Si l’écriture est un peu affectée, un peu scolaire, le texte n’en est pas moins très émouvant et efficace. Isa Qala est professeure de français au collège de Havila, à Lifou ; c’est la première nouvelle qu’elle publie.

Piment papaye

Waej Juni-Genin et Patrick Genin – 2400 CFP

nouvelle-piment-et-papaye-waej-juni-genin-patrick-geninElle est kanake, professeure de lettres ; lui est européen, médecin ; tous deux, époux, vivent à Lifou. Dans leur recueil Piment papaye, ils nous racontent des histoires du quotidien, qui se déroulent sur leur île Loyauté ou à Nouméa. Défense des femmes face à la coutume, relations entre clans, les deux auteurs brossent un tableau des relations humaines dans toute leur diversité.

 

 

 

Conditions d’édition

Grâce aux concours d’écriture qu’elle organise, Écrire en Océanie choisit les textes susceptibles d’entrer dans ses collections et en édite quelques centaines d’exemplaires, à sa charge, pour les distribuer en Nouvelle-Calédonie. Elle reçoit parfois des aides publiques pour y parvenir. L’association ne reverse pas de droits d’auteur mais offre à l’écrivain des exemplaires de son livre et lui laisse la propriété de son texte, avec donc la possibilité de le publier à nouveau à sa guise. Elle procède aussi à une édition numérique, l’auteur percevant directement le revenu de ses ventes. Ecrire en Océanie a publié, à la suite de concours lancés avec l’association des bibliothécaires du Nord et les médiathèques Ouest et Nord, plusieurs livres : Ecrire les Gens d’Ici (collectif d’auteurs) ; Olé, Oléti (Léopold Hnacipan et Noëlla Poemate) ; Comment les Hommes trouvèrent leurs racines (Christine Cho) ; Le Fauteuil de Mam (Bernard Billot) ; La Hache volée (Firmin Mussard) ; Dors, petit Sam (Frédérique Viole). Pour son action de promotion de la littérature locale, Ecrire en Océanie s’est dotée d’un site internet (www.ecrire–en–oceanie.nc) et d’une page Facebook (www.facebook.com/librairieecrireenoceanie). Claudine Jacques en est toujours la présidente.

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