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Noëlla Poemate, la plume du Nord

Si on la connaît surtout pour ses talents d’écrivaine, Noëlla Poemate est aussi mère de famille et professeur de français. Rencontre avec cette femme discrète et volontaire qui porte haut...

Si on la connaît surtout pour ses talents d’écrivaine, Noëlla Poemate est aussi mère de famille et professeur de français. Rencontre avec cette femme discrète et volontaire qui porte haut les couleurs de la littérature calédonienne.

Entretien octobre 2015.

VKP Infos : Racontez-nous votre parcours ?

Noëlla Poemate : Je suis née d’un père sicilien et d’une mère Kanak. Ce sont mes grands-parents, Alphonse et Madeleine Poemate, qui m’ont élevée à la tribu de Baco. J’ai fait ma scolarité à Koné, puis au lycée de Poindimié. Après le baccalauréat, j’ai suivi des études supérieures à l’université de Nouméa, puis de Montpellier pendant six ans. J’en suis revenue diplômée d’un master en lettres modernes avec le niveau de doctorant. Depuis 2006, je suis professeure de français au collège privé de Tiéta, à Voh.

Quand et pour quelle(s) raison(s) avez-vous commencé à écrire ?

Noëlla Poemate : La rédaction de ma toute première nouvelle remonte au collège. C’est ma professeure de français qui m’a encouragée à l’écrire pour participer à un concours de nouvelles du Sci-Fi club. Grâce à elle, j’ai découvert un univers que je n’ai plus quitté depuis et j’ai aussi remporté un prix composé de deux coffrets de livres fantastiques et de science-fiction que j’ai toujours dans ma bibliothèque…

Que trouve-t-on d’autre dans votre bibliothèque ?

Noëlla Poemate : Je lis Maupassant, Théophile Gauthier, les ouvrages que mes élèves étudient, etc. Récemment, j’ai eu un coup de cœur pour une auteure tahitienne, Célestine Hitiura Vaite, qui a publié une trilogie magnifique aux éditions Au Vent des Îles : L’arbre à pain (2006), Frangipanier (2006) et Tiaré (2008).

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Noëlla Poemate : Je m’inspire beaucoup de mon vécu, de mon enfance en tribu, de personnes que je connais… Mais mes textes ne sont pas pour autant autobiographiques : les personnages de mes nouvelles sont fictifs et les intrigues sont le fruit de mon imagination. J’ai souvent besoin de beaucoup de temps pour écrire un récit, en général, je commence un texte, puis je le laisse reposer longtemps avant de le reprendre.

Quelle relation avez-vous avec vos lecteurs ?

Noëlla Poemate : Mes lecteurs sont surtout mes proches, mes amis, mon entourage…  Certains de mes élèves me lisent aussi, même si mes textes s’adressent davantage aux adultes. Je ne connais pas mes autres lecteurs : je pense que je ne publie pas assez pour avoir un fan-club !

Parlez-nous de vos élèves. Comment leur transmettez-vous votre goût des mots ?

Noëlla Poemate : J’anime un atelier culturel et littéraire au sein du collège dans lequel j’enseigne. Il accueille huit filles cette année, une heure par semaine. Nous avons pu récemment participer au premier festival de la littérature jeunesse organisée par la Maison du livre à Nouméa, L’Île Ô Livres. Mes élèves ont suivi trois ateliers personnalisés sur les thèmes de l’oralité, de la mise en page de bandes dessinées et de l’écriture. Tout au long du festival, elles ont aussi découvert le journalisme en animant la page Facebook de l’événement et en participant à la rédaction de reportages pour radio Nouvelle-Calédonie 1ère. Une très belle expérience !

couverture-la-fille-de-la-ville-31Quel regard portez-vous sur la littérature calédonienne ? Ce secteur est-il suffisamment organisé, soutenu, rentable financièrement pour les auteurs ?

Noëlla Poemate : La littérature semble évoluer dans une bulle à part. Elle a une image élitiste, sacralisée, alors que tout le monde peut se lancer. La Maison du livre permet de créer du lien entre les professionnels du secteur, mais dans le Nord, il y a encore trop peu d’évènements autour de la littérature. Enfin, sur le plan financier, personnellement, je ne vis pas de mes écrits.

Votre dernière nouvelle remonte à 2012. Nous proposerez-vous un nouveau texte prochainement ?

Noëlla Poemate : Oui, La fille de la ville sortira au SILO (salon international du livre océanien, NDLR), en octobre 2015, aux éditions Écrire en Océanie. Il s’agit d’une nouvelle d’une dizaine de pages sur le parcours d’un petit garçon élevé en tribu qui découvre que sa mère n’est pas sa mère biologique. C’est un texte largement inspiré du quotidien de mon enfance à la tribu de Baco.

Bibliographie

tein-9782358661676Tein, Noëlla Poemate, Ed. Banc d’Arguin, 2010.
Olé, Oléti !, Léopold Hnacipan et Noëlla Poemate, Ed. Écrire en Océanie, 2011.
Nouvelles Calédoniennes, Waej Génin-Juni, Noëlla Poemate, Nicolas Kurtovitch, Frédéric Ohlen, Denis Pourawa, Claudine Jacques, Anne Bihan, Ed. Vents d’ailleurs, 2012.

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