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Foué, 3 000 ans d’histoire à déterrer

Premier site où la tradition Lapita fut datée, la presqu’île de Foué recèle de nombreux secrets. Alors que la province Nord doit décider la construction de la deuxième tranche...

Premier site où la tradition Lapita fut datée, la presqu’île de Foué recèle de nombreux secrets. Alors que la province Nord doit décider la construction de la deuxième tranche de la route de Foué, dont l’emprise correspond à la zone la plus riche en matériel archéologique, la question du lancement d’une campagne de fouille préventive se pose.

christophe-sand2Ensemble culturel répandu dans le Pacifique sud ouest il y a environ  trois mille ans, la tradition Lapita compte quelque trois cents sites, dont plusieurs en Nouvelle-Calédonie. Au-delà de leur valeur scientifique, c’est leur dimension régionale qui captive les archéologues : « Les populations qui vivaient là interagissaient  dans toute la région, explique Christophe Sand, directeur de l’Institut d’Archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique (IANCP). L’étude des sites permet donc d’expliquer le début du peuplement de la Nouvelle-Calédonie, fondé sur le métissage (Proto-polynésiens et Mélanésiens). »
En 1952, deux archéologues fouillent le site de Foué. C’est ici que la technique du carbone 14 est utilisée pour la première fois en Mélanésie ; mais faute de moyens, les recherches ne sont pas poussées plus loin et les douze mille mètres carrés concernés sont classés monument historique dans les années 70. Les fouilles menées dans les années 90, dont une grande en 1996, révèlent l’existence d’un hameau, peuplé pendant une dizaine de générations et en relation avec les autres sites Lapita de la région, probablement jusqu’au Vanuatu.

« Un contexte archéologique incomparable »

Pour autant, le développement urbain se poursuit et fin 2014, la construction de la deuxième tranche de la route de Foué se profile, selon une trajectoire identique à celle du site archéologique. La province Nord consulte alors l’IANCP pour le lancement d’une campagne archéologique préventive qui étudierait la zone impactée, soit une emprise de trente à trente-cinq mètres depuis le bord de mer. L’IANCP entreprend de réétudier ce site en février 2015 et constate les effets de l’occupation humaine des vingt dernières années : « Les tertres et billons ont été rasés, des sédiments provenant des bassins à crevettes se sont déversés à la suite d’évènements climatiques comme les cyclones, provoquant la dissolution des ossements et fragilisant les tessons de poterie, détaille Christophe Sand. Mais sous une première couche plutôt endommagée, nous notons la présence d’une zone archéologique de quinze centimètres d’épaisseur peu perturbée et contenant du matériel datant de 900 à 700 ans avant Jésus Christ. » Des fours, des foyers, des trous de poteaux, des bracelets en coquillage, des tessons, des hameçons, etc. ont été découverts. Mais, pour l’heure, le chantier est en attente d’une décision provinciale ferme sur le tracé et la réalisation de la route de Foué, aussi bien que sur le lancement des travaux archéologiques. « La surface à fouiller pourrait s’étendre sur quatre à cinq mille mètres carrés, faisant de ce projet le plus important de la Mélanésie, poursuit le directeur de l’IANCP. Pour l’institut, c’est un défi logistique et humain. » Financièrement, la question n’est pas non plus résolue. Le budget de l’IANCP ne permettant pas d’assumer un tel projet, qui, des institutions, des aménageurs, des privés, etc., mettra la main à la poche pour ce chantier ? Les autorités doivent se prononcer prochainement. Lourde de sens politique, leur décision sera un indicateur pertinent de la valeur que nos élus donnent au patrimoine culturel calédonien et, peut-être, un pas de plus vers l’avenir commun à travers la volonté de mieux comprendre le passé.

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L’Institut d’archéologie de la Nouvelle-Calédonie et du Pacifique

Nature : syndicat mixte, créé fin 2009.
Missions : la sauvegarde, l’étude, la conservation et la diffusion du patrimoine archéologique de ses membres.
Effectif : seize personnes.
Ressources financières : participations des adhérents ; subventions de l’État, de la Nouvelle-Calédonie, des provinces, des communes ou de tout autre organisme public ; ventes de produits (ouvrages, etc.) et de prestations diverses ; emprunts ; contributions d’organismes privés, de dons et legs d’organismes
archéologiques étrangers.
Membres du conseil d’administration :
– deux représentants de la Nouvelle-Calédonie, Valentine Eurisouké et Léonard Sam ;
– deux représentants de la province Sud, Roch Wamytan et
Pascale Doniguian ;
– deux représentants de la province Nord, Monique Poitchily et Gérard Poadja ;
– le président du sénat coutumier, Gilbert Téin.
Pour en savoir plus : www.iancp.nc.

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