Aménagement / UrbanismeCommunes du NordEconomieInstitutionsNickel

Poya, dans la continuité

C’est une commune qui n’a pas eu besoin de choisir entre provinces sud et nord. Elle ne s’en plaint pas. Dédiée à l’élevage et à la mine, Poya cherche...

C’est une commune qui n’a pas eu besoin de choisir entre provinces sud et nord. Elle ne s’en plaint pas. Dédiée à l’élevage et à la mine, Poya cherche surtout l’équilibre entre ses différentes zones d’habitation, qui s’étendent du village portuaire de Népoui (à l’ouest) aux tribus de la chaîne centrale (au nord-est). Yasmina Metzdorf, maire depuis mai 2014, nous livre son actualité.

VKP Infos : Poya, c’est l’histoire de votre vie ?
Yasmina Metzdorf :
Oui. Poya, j’y vis depuis 1973, date de mon mariage avec un éleveur de la commune, Claude Metzdorf. Je n’avais même pas vingt ans quand je m’y suis installée. Je m’y suis toujours sentie bien, moi dont la mère est calédonienne (née Hagen) et le père d’origine yougoslave (Kurtovitch). J’ai commencé à y travailler en tant qu’institutrice en 1975 à la demande du maire de l’époque, Jean Delouvrier, intéressé parce que j’avais le baccalauréat. J’enseignais à l’école du village. En 1989, j’ai pris la direction de cette école et de celles des tribus de Montfaoué et Gohapin. En parallèle, je me suis investie dans la vie de la commune jusqu’à devenir, en 2001, adjointe au maire Guyèdre Wamedjo puis en 2008, conseillère municipale. Si j’ai été élue maire en mai 2014, à la tête de la liste commune des non-indépendantistes, c’est la conjonction de plusieurs facteurs, dont la division des indépendantistes et sans doute le vote des femmes, heureuses de voir l’une des leurs se présenter pour la première fois ici… Est-ce que je m’attendais à être élue ? J’y pensais sans y croire. Quoi qu’il en soit, avec le recul, je considère que c’est l’aboutissement naturel de mon parcours au service de Poya, plus de trente ans à apprendre à connaître cette commune et ses habitants : j’étais prête, autant qu’on puisse l’être vu la difficulté de la tâche. Le travail de maire, directement sur le terrain, me plait beaucoup. Bien sûr, il exige une implication aux dépens de la famille ; mais la mienne a toujours fait en sorte de faciliter mon engagement municipal. Je retrouve mes enfants et petits-enfants le week-end, je me ressource auprès d’eux et de mon mari dans la maison familiale que j’habite depuis quarante ans, je lis, je jardine… C’est ça, ma vie à Poya, essentiellement.

VKP Infos : Quelles sont les caractéristiques sociales et économiques de Poya ?
Yasmina Metzdorf : Poya est, administrativement, la seule commune française à cheval sur deux collectivités « régionales », les provinces Nord (deux tiers du territoire communal) et Sud (un tiers). Sa surface est très étendue, quatre-vingt-quatre mille hectares qui abritent neuf zones de peuplement : Poya sud (Moindah), Basse-Poya, Népoui et six tribus. Ce sont comme autant de hameaux éloignés les uns des autres, certains à plus de vingt-cinq kilomètres du village. Pour la mairie, quel est l’enjeu ? Il faut, malgré les disparités, malgré l’attachement fort des habitants à leur localité, maintenir la cohésion sociale de Poya, en aménager équitablement toutes les zones et créer des lieux de rencontre entre administrés. Pour y parvenir, les maires précédents avaient constitué une association communale d’animations culturelles : Vi Vaa Kho Nekö, puis, en 2013, à Kradji, un « site des communautés ». Avec ces outils, chaque année, nous fêtons le terroir, l’igname, nous organisons des événements rassembleurs. On me demande souvent si le fait de dépendre de deux provinces, de deux réglementations, par exemple en matière d’urbanisme ou d’environnement, complique le travail municipal. Je pense que non. Cela nous ouvre deux sources de financement.

Le quai de Népoui sert au chargement des minéraliers de la SLN.

La vie économique de Poya repose sur l’activité minière. La société Le Nickel-SLN, le groupe SMSP, sont présents depuis longtemps. Ils coopèrent ponctuellement avec la mairie, en installant des radars pédagogiques sur les routes, en finançant des ouvrages comme la SLN en 2012 avec le pont pour désenclaver Gohapin. Nous n’avons pas de partenariat au long cours. Poya en aurait pourtant besoin : elle paie un lourd tribut à la mine, qui a engendré et continue d’engendrer une grosse pollution. Comme notre population, je suis très sensible à ce problème. Tous nos cours d’eau sont impactés, de la Moindah au sud à la Népoui, au nord – boues rouges, érosion des berges, ensablement… Leur faune en pâtit, les pâturages sont inondés, dans certains bras de rivière, l’eau ne coule plus… La pollution a atteint nos baies, Poya, Porwi, etc. ; aussi les familles s’en-vont-elles désormais se baigner ailleurs, le week-end. Je lance des cris d’alarme auprès des autorités compétentes, provinces, Nouvelle-Calédonie ; les associations communales se démènent aussi. Mais nous n’obtenons qu’une lente réaction et très peu d’anticipation devant la destruction de notre lieu de vie. Quant aux sociétés minières, elles ne sont pas inquiétées, ni associées aux actions de réparation. Toujours ce dilemme calédonien en face de la mine qui fait vivre…

L’élevage de bovins est l’une des activités économiques des propriétaires terriens de Poya.

L’économie à Poya, c’est aussi l’élevage et ce devrait être davantage l’agriculture, grâce aux terres alluvionnaires dont nous bénéficions. Les jeunes gens doivent savoir que la mairie favorisera les projets de développement agricole1 qui diversifient notre économie, en particulier sur terres coutumières.

VKP Infos : Vous avez dû être occupée par la rentrée scolaire. Quels sont les autres grands dossiers de l’équipe municipale ?
Yasmina Metzdorf :
Nous sommes pragmatiques : Poya a des besoins primaires à combler, adduction en eau potable (AEP), électricité, routes et ponts. Imaginez-vous que les habitants de Montfaoué boivent encore l’eau de la rivière ! Nous avons trois cents kilomètres de réseau routier à entretenir… Mon équipe vise avant tout l’amélioration du bien-être de tous les habitants. Après celui de Gohapin, en voie d’achèvement, nous construirons les réseaux AEP des tribus de Ouendji et Montfaoué. Il nous faut 400 millions de francs CFP, dont 165 millions proviendront des contrats de développement avec l’Etat (2017-2021). La mairie s’efforce aussi de contrôler ses dépenses de fonctionnement pour financer l’investissement. Nous devons améliorer le taux de recouvrement des redevances des services rendus (transport scolaire, cantine, déchets ménagers), ce qui exige un gros travail de sensibilisation de la population. Ces services ont un coût, les gens doivent les payer, sachant que les plus démunis bénéficient d’aides publiques. Je constate d’ailleurs un progrès dans l’acceptation de cette réalité, j’espère qu’en 2017 on le verra concrètement…

A Poya, l’activité aquacole se déploie, dans les fermes Pronacri et Aquawa (dont les bassins sont ci-dessus en photo).

Pour un maire, la proximité avec la population est essentielle. Tous les lundis et jeudis, je lui ouvre ma porte. Une fois par an, mon équipe va à la rencontre des gens dans chaque localité. Par un travail d’équipe, avec mes adjoints, les autorités coutumières, nous assurons la continuité dans la vie des administrés. Un maire a-t-il d’autres choix ? Une devise pourrait résumer ma vision de ce mandat : « Seul, on va peut-être vite, mais si on est plusieurs, on va plus loin ».

1. Le projet de plan d’urbanisme directeur en cours de consultation publique prévoit d’interdire le morcellement des terres au-dessous de cinquante hectares en zone agricole.
Brèves de la rentrée

Effectifs. Ils sont en légère augmentation, avec 363 élèves dans les écoles publiques de Poya et 153 élèves au collège.

Poya dévoile ses vallées secrètes. Ici, la lointaine Montfaoué, qui abrite l’une des tribus de la commune.

Le transport scolaire, question critique. La mairie avait un objectif, pour la rentrée 2017 : restructurer le service de transport scolaire, crucial parce qu’il rend l’école accessible aux enfants les plus éloignés, comme ceux de Gohapin, Ouendji ou Montfaoué. Or, il coûte 94 millions CFP par an et la mairie peine à en recouvrer les redevances. Circuits de navettes plus efficaces, révision des tarifs, obligation de sécurité renforcée… L’appel d’offres visait plusieurs améliorations. Le nouveau prestataire, entrepreneur local, est chargé de conduire plus de quatre cents élèves vers les sept écoles de Poya, son collège et les établissements de Bourail, Pouembout, Nouméa, Poindimié…

Poya, c’est :

-3036 habitants, une population en augmentation de 15% entre les recensements de 2009 et 2014. 56% sont Kanak, 14% Européens, 9% métissés ;
-un district coutumier (Muéo) de six tribus réparties sur deux aires coutumières (aire Paici-Camuki : Gohapin, Nétéa ; aire Ajië-Aro : Montfaoué, Nekliai-Kradji, Népou, Ouendji).

Rubriques
Aménagement / UrbanismeCommunes du NordEconomieInstitutionsNickel

A LIRE ÉGALEMENT

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales.