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A Dumbéa, une autre idée du cinéma

Tandis que la région VKP attend l’ouverture de son premier cinéma, construit sur la zone d’activité de Bako mais en quête d’un gestionnaire1, le célèbre groupe cinématographique français mk2...

Tandis que la région VKP attend l’ouverture de son premier cinéma, construit sur la zone d’activité de Bako mais en quête d’un gestionnaire1, le célèbre groupe cinématographique français mk2 confirme son implantation en Nouvelle-Calédonie. Un projet, qui, s’il voit le jour, pourrait faire du bien à tout le pays, encore assez pauvre intellectuellement.

13 avril 2017, médiathèque de Koutio, Dumbéa. Nathanaël Karmitz, président du directoire du groupe mk2 et les représentants légaux de la société calédonienne Ki Tii Ré2, Philippe Aigle et Patrick Baldi, signent l’accord de partenariat en vertu duquel ils exploiteront ensemble un complexe cinématographique édifié sur le terrain mitoyen. Sur les ondes, ils annoncent le « mk2 Dumbéa » comme « inédit en Nouvelle-Calédonie ». Pourquoi ? « Inédit, parce que ce complexe offrira aux Calédoniens une autre idée du cinéma que celle qu’ils se font actuellement, explique Patrick Baldi. Inédit aussi parce que ce sera un lieu de rencontre unique. La marque mk2 nous apporte cette garantie. »

mk2 Dumbéa, ou l’agora moderne

Le projet a quelques raisons de bouleverser  la donne culturelle locale. Le groupe mk2, qui administre en direct ses salles de cinéma européennes, a accordé à la SAS Ki Tii Ré sa première franchise d’exploitation hors de Métropole. « Nous allons où les autres ne vont pas », commente Nathanaël Karmitz, en détaillant comment, dans le sud de l’Espagne, mk2 est parvenu à faire d’un réseau de salles de cinéma désuètes racheté en 2014, Cine/Sur, la plus importante chaîne d’Andalousie. Les promoteurs locaux veulent, eux, faire du mk2 Dumbéa « la sortie la moins chère du marché ». A cet effet, ils disent « repenser le cinéma ». Ainsi, le cahier des charges du complexe en fait un lieu de vie pour les spectateurs, un site clé de la vie urbaine, qui traduira ses dynamiques. « Concrètement, mk2 Dumbéa sera ouvert à toutes les cultures, toutes les productions audiovisuelles, explique monsieur Baldi. Il mêlera les univers créatifs en hébergeant, en plus des projections cinématographiques, des évènements culturels variés, expositions, spectacles, concerts de musique, performances d’artistes… Nous espérons y décloisonner la culture qui n’est pas un privilège, pour l’intégrer aux divers moments de la vie : repas selon le thème des films, conférences-spectacles, jeux… ». Et Nathanaël Karmitz d’illustrer : « Nous bâtissons l’agora moderne, d’abord pour la jeunesse ». Ainsi, avant et après le film, le public aura accès à des restaurants, concept stores, il consultera la presse, se « connectera » et pourra assister aux événements culturels à l’affiche.

Les promoteurs locaux veulent, eux, faire du mk2  Dumbéa « la sortie la moins chère du marché ».

Et le cinéma, dans tout ça ?

Il reste le cœur du projet. Dans ses quatorze salles situées à quinze minutes des centres villes de Nouméa et du Mont-Dore, mk2 Dumbéa proposera des genres cinématographiques variés, en collant à la demande des Calédoniens. La programmation se fera à Paris, équilibre entre nouveautés, films de patrimoine, films d’art-et-essai et grand public. Les salles sont agencées pour favoriser le rapport humain et le débat. « Elles seront équipées au total de 1848 fauteuils, les fameux love-seats de mk2, au confort incontestable.  Dans la grande salle, on trouvera un écran de 17 mètres de largeur ; il y aura aussi des projecteurs 4K dernier cri, un son Dolby® Atmos®, des lunettes 3D actives ; la réservation  en ligne. » Et, promet Patrick Baldi, « pas de stress dans les queues, puisque les flux seront séparés, sans cohue, avec des accès dûment aménagés pour les personnes à mobilité réduite ».

Le cinéma de Bako est sorti de terre depuis plusieurs mois mais reste fermé. Il offrira deux écrans aux 8 000 habitants de Koné, un ratio supérieur à la norme du secteur, sauf si l’on mise sur la population intégrale de VKP.

« La culture est un métier d’offre »

C’est ce que répètent messieurs Baldi, Aigle et Karmitz, quand on leur demande, inévitablement : « Y-a-t-il vraiment de la place pour mk2 Dumbéa en Calédonie ? » L’appétit des Calédoniens pour la culture ne se dément pas (la fréquentation des activités culturelles a augmenté de 30% entre 2012 et 20153). L’étude de marché d’un spécialiste du secteur (Cinéconseil) est venue confirmer que l’offre locale de salles de cinéma ne répond pas à cet appétit. L’agglomération de Nouméa compte en  2017 un écran pour 16 000 habitants, contre un écran pour 6 à 8 000 habitants en Métropole. Or, la consommation de cinéma est directement liée à l’offre. mk2 Dumbéa portera le ratio nouméen au niveau moyen d’un écran pour 8 000 habitants, pour satisfaire la demande locale. Le spectateur profitera en outre de l’arrivée de la concurrence. « Ôtons-nous une idée fausse, s’agace Philippe Aigle. mk2 Dumbéa ne fera pas monter les prix ; il n’entravera pas la projection de films têtes d’affiche, car ils ne font pas l’objet d’accords d’exclusivité pour leur diffusion en Nouvelle-Calédonie. »

Rêve éveillé ou réalité ?

Le projet mk2 Dumbéa est, à ce jour, un peu plus qu’une belle ambition. L’acquisition foncière, le montage financier, le partenariat avec mk2, les conventions avec les entreprises de construction, sont validés. Investissement privé de 2,5 milliards de francs CFP, il a séduit les collectivités publiques. « Ce complexe cinématographique renforcera l’attractivité du nouveau centre urbain de Dumbéa, s’enthousiasme Georges Naturel, maire de cette commune. Avec ses salles de cinéma, ses restaurants, ses magasins, ses évènements culturels et résidences d’artistes, mk2  Dumbéa s’annonce comme un acteur majeur de la cohésion sociale de l’agglomération du grand Nouméa. » La province Sud, le gouvernement de Nouvelle-Calédonie, le haut-commissariat, le député Philippe Gomès, lui apportent aussi leur soutien. En effet, mk2 Dumbéa élargira beaucoup l’offre culturelle locale, tout en créant des emplois et en contribuant à l’aménagement du territoire. Ses pourvoyeurs de fond seront les banques, la Caisse des dépôts et l’agence française de développement. La SAS Ki Tii Ré réunit, en parallèle, quelques investisseurs locaux, dont le groupe  Pentecost (bien présent en province  Nord dans la grande distribution).  Le chantier devrait commencer au troisième trimestre 2017 pour une entrée en exploitation fin 2019. Reste que mk2 Dumbéa est toujours suspendu à l’obtention de la défiscalisation  métropolitain.

Ki Tii Ré, le cinéma dans la peau

Patrick Baldi, Nathanaël Karmitz et Philippe Aigle ont scellé leur accord le 13 avril 2017.

Qui sont Philippe Aigle et Patrick Baldi ? Le premier connaît la Nouvelle-Calédonie pour y  avoir effectué sa scolarité. Diplômé de Sciences-Po, il compte dix-huit ans d’expérience dans l’industrie du cinéma. Directeur général de mk2 pendant huit ans, il a par exemple ouvert le mk2 Bibliothèque dans la capitale française. Depuis 2006, il est producteur et distributeur indépendant. Sa dernière production, Adama, a été nominée aux Césars 2016. Patrick  Baldi est un ingénieur calédonien diplômé de l’Ecole  centrale de Lille. Il travaille depuis seize ans dans la maîtrise d’ouvrage et la conduite de projets immobiliers. Il a dirigé les services techniques du FSH et connaît bien la région VKP pour y avoir conduit les programmes de développement foncier du groupe Sofinor et présidé la SAS  Sodean. Il est aujourd’hui spécialisé en programmation urbaine et architecturale.

mk2, ou le cinéma d’auteur

Société familiale fondée en 1974 par Marin  Karmitz, mk2 promeut une cinématographie de qualité dans des « lieux de vie et de découvertes ». Le groupe réunit aujourd’hui quatre cents collaborateurs en France, en Espagne, au Canada, où il exploite des salles de cinéma (c’est le premier réseau indépendant en Europe avec 25 salles et 184 écrans, accueillant 8,5 millions de spectateurs à l’année). mk2 produit et distribue en parallèle un catalogue de plus de six cents titres du cinéma d’auteur (de Charlie Chaplin à Xavier Dolan). En 2017, ses projets d’expansion ciblent le Canada et… la Nouvelle-Calédonie.

1. La direction de la culture de la province Nord, maître d’ouvrage du cinéma, confirmait dans son dernier rapport d’activité (2015), que la gestion en serait confiée à une  société  WDT, du groupe local Hickson. Depuis, plus de nouvelles, l’administration provinciale ne donne plus de réponses aux interrogations.
2. « Ki Tii Ré signifie « regarder » en langue Drubea », indique Patrick Baldi.
3. Chiffres issus du tableau de l’économie calédonienne 2016 (TEC) de l’institut de la statistique et des études économiques de Nouvelle-Calédonie.
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