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NCTV ne connaît pas la crise

Tout a commencé sur internet, fin octobre 2012. NCTV, la télévision généraliste lancée par la province Nord, a depuis fait du chemin, malgré les péripéties. Celle que ses dirigeants promeuvent comme...
A Koné, NCTV occupera bientôt des studios dans le centre d’affaires de Païamboué, en toute proximité avec son actionnaire Nord Avenir.

Tout a commencé sur internet, fin octobre 2012. NCTV, la télévision généraliste lancée par la province Nord, a depuis fait du chemin, malgré les péripéties. Celle que ses dirigeants promeuvent comme une chaine « pays » séduit progressivement les téléspectateurs calédoniens. Comment cela se traduit-il concrètement ?

Laurent Le Brun, directeur général (à droite) et Jérémie Gandin, directeur éditorial depuis février 2016.

« La création de NCTV a toute sa pertinence dans la construction de l’identité calédonienne. Ce sera une télévision de proximité qui écoute et regarde les Calédoniens », affirmait Jean-Pierre Djaïwe le 30 novembre 2012, lors  d’une conférence de presse accompagnant le lancement de la chaine. Le projet, identifié comme politique au départ parce que défendu par la province Nord, germait depuis 2007. En septembre 2010, la Société de télévision et radio ‒ STR ‒, société anonyme d’économie mixte locale (SAEML), est constituée pour l’héberger. C’est justement monsieur Djaïwe, alors premier vice-président de l’assemblée de province, qui la préside car la province Nord en est l’actionnaire majoritaire. La mise en place de la chaine (obtention des droits de diffusion, définition et mise en place de la grille de programmes, formation des employés, lancement…) est confiée à une spécialiste de l’audiovisuel français passée chez Reuters, Canal+, France 2 : madame Martine Lupi. En octobre 2011, commence une bataille pour obtenir du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) un canal de diffusion sur la télévision numérique terrestre (TNT). La STR se sent seule, le CSA tarde devant ce projet de chaîne télévisuelle en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement local ne soutient pas l’ambition. Aussi la province Nord n’attend-elle pas la décision de l’autorité suprême : elle a financé la formation à Paris de huit jeunes Calédoniens, pour qu’ils deviennent journalistes reporters d’images (« JRI ») et le lancement de NCTV sur le web, à partir du 22 octobre 2012. Le cahier des charges assigné ? Identité, diversité culturelle, cohésion sociale, pédagogie, convivialité, divertissement… Tout ce qui ferait de NCTV une télévision de proximité, non partisane. « Evacuons définitivement le malentendu : ce n’est pas une télévision réservée à l’identité kanake. Paul Néaoutyine, Jean-Pierre Djaïwe, tous les élus l’ont dit », s’agace, fin 2012, Martine Lupi. « Nous allons parler aux Calédoniens des Calédoniens ». Auprès de son pourvoyeur de fonds provincial, la STR s’engage à stimuler la production audiovisuelle locale. En janvier 2013, le CSA autorise finalement les deux projets de chaînes ayant répondu à l’appel d’offres pour une diffusion numérique terrestre sur le territoire néo-calédonien, pendant cinq ans : NC9 et NCTV. Celle-ci est lancée le 8 décembre 2013 à 18h en direct du stade Yoshida, à Koné et diffuse ses programmes dès le 9 décembre. Il aura fallu six ans pour créer une chaîne locale.

Le cap est-il trouvé ?

Ensuite, le projet s’enlise. Les tout jeunes JRI sont volontaires, motivés, mais inexpérimentés ; leur bagage culturel reste à construire. La STR achète toujours beaucoup de programmes à l’extérieur. Martine Lupi était normalement mandatée pour dix-huit mois ; trois ans plus tard, elle est toujours là et la polémique enfle sur sa rétribution. La province Nord, sans compétence en matière d’audiovisuel, tâtonne pour trouver un gestionnaire à cette chaine qui coûte, au bas mot, un demi-milliard CFP par an. La réaction vient en 2015 : Laurent Lebrun, déjà directeur de la SAEML Nord Avenir, devient directeur général de STR. « Il est temps de respecter le contrat d’objectif passé avec la province et de stimuler la production audiovisuelle locale », annonce-t-il. Il faut « restructurer ». Déjà. STR embauche un directeur éditorial en février 2016, Jérémie Gandin, grand reporter. Il est chargé de faire évoluer la grille des programmes de NCTV, de former et mobiliser la trentaine de journalistes locaux. D’inventer avec eux, pour le compte de la province, « une télé différente, citoyenne ».

Le résultat d’un an de travail est tangible. 2016 est venue affirmer le positionnement de chaine « pays », avec un choix de programmes qui, selon monsieur Gandin, « racontent la Nouvelle-Calédonie » et misent sur l’actualité locale, sans perdre de leur fraicheur ni de leur authenticité. La rentrée 2017 étoffe leur caractère informatif : journal télévisé quotidien en soirée, magazine inédit du samedi soir avec un élargissement régional (Weari, Entre Terre et Mer, Les Coulisses), émission avec studio mobile sur le terrain le dimanche pour parler d’agriculture, d’économie, de politique (NCTV au cœur), documentaire émanant du festival Ânûû-rû Âboro… NCTV nourrira aussi sa grille en captant conférences, foires, événements sportifs et spectacles (comme les trente ans de Fort Téremba cette année) partout en Nouvelle-Calédonie. La proximité avec le public, la chaine la recherche aussi en envisageant des émissions en langue kanake, sous-titrées en français. Elle travaille, en parallèle, avec une dizaine de producteurs indépendants. Action significative, NCTV a repris la main sur sa programmation, assurée à Paris jusque début 2016. Si la chaine s’en montre techniquement capable, voilà qui lui permettra d’être maîtresse de la manière dont elle informe les Calédoniens : « En cas d’évènement, nous pourrons interrompre les programmes et être en direct à tout moment », souligne Jérémie Gandin. « Nous poursuivons aussi nos efforts pour offrir toujours plus de contenus à notre public sur Facebook et Youtube, avec de plus en plus de vidéos en live. »

La technique et les hommes

Par ailleurs, NCTV cherche des partenariats qui ajoutent à sa notoriété. Elle en a conclu un en août 2016 avec la chaine télévisuelle Vanuatu Broadcasting and TV Corporation (VBTC) pour échanger contenus et programmes, coproduire des documentaires et des émissions sportives et culturelles. Ainsi, chaque chaine diffuse les programmes d’information de l’autre, en français, anglais et bishlamar pour VBTC. Cette coopération vise aussi à mutualiser la formation de leurs équipes, ce dont le Vanuatu devrait en particulier tirer bénéfice en ayant accès aux filières de formation calédoniennes. A plus long terme, se profile sans doute la création d’emplois locaux dans l’image et le numérique, journalistes, techniciens et producteurs. Le 10 février 2017, NCTV signait un accord similaire avec la télévision polynésienne TNTV. On verra bientôt sur les ondes locales des magazines TNTV comme Ia Ora na Pacific, dédié à des reportages  sur les Iles du Pacifique. Autre volet, NCTV a passé contrat, en octobre 2016, avec le fournisseur d’accès à l’internet Lagoon, qui diffusera en « replay » le journal NCTV Actu via son décodeur TV-Cinéma, au même titre que le journal  télévisé de Nouvelle-Calédonie 1ère. « Un rapprochement qui correspond à la nouvelle stratégie de NCTV d’être disponible auprès du plus grand nombre de téléspectateurs et sur le plus grand nombre de plateformes. La convergence entre la télévision et l’internet s’impose aujourd’hui, le pays est jeune et très connecté », commente Laurent Lebrun.

L’effort pour être une télévision « pays » porte enfin sur les ressources matérielles et humaines de la chaine. NCTV s’est dotée d’une antenne parabolique qui fonctionne depuis mars 2017, près de ses futurs locaux en construction au centre d’affaires de Païamboué (un studio, une régie et une salle de rédaction). Son équipe compte trente-cinq journalistes, dont six à Nouméa. Pour quadriller le terrain, elle ouvre un bureau à Ouégoa et à Poindimié. « Il nous faut être plus proches, plus réactifs, mieux informés », martèle Jérémie Gandin, soucieux de professionnaliser ses troupes. Le directeur éditorial travaille l’image de la chaine.

Jenny Briffa, journaliste reporter d’images calédonienne, fondatrice et gérante de la société Têtemba Productions, présente les questions politiques de l’émission « NCTV Au coeur » depuis le centre culturel Tjibaou.

« Nous allons changer de nom, révélation en avril ». Pourquoi ? « Notre sigle a une connotation institutionnelle, ce qui ne correspond pas à notre ligne éditoriale. […] NCTV nous ressemble », conclut-il. Difficile cependant de se départir du joug des institutions, quand on en dépend organiquement et financièrement, quoique le CSA veille ; c’est l’un des défis de NCTV. Autre enjeu : l’autorisation de diffusion du CSA tombera début 2018 ; la STR a introduit sa demande de reconduction, l’instruction est en cours. Enfin, s’il est louable de vouloir ressembler aux Calédoniens, ce n’est hélas pas suffisant pour durer. Puisse NCTV nous faire aussi réfléchir, nous informer à bon escient, en bref, nous élever ‒ ce que peu de chaines télévisuelles font aujourd’hui. Ce serait à coup sûr le moyen d’assurer son originalité et sa survie, quand la compétence audiovisuelle sera calédonienne.

Lire la suite du dossier :

-Les Calédoniens se branchent

-NCTV : publique mais pas enchaînée ?

 

 

 

NCTV, où et comment ?

La chaîne NCTV est diffusée sur les canaux n°10 de la TNT, n°22 de CANALSAT et n°17 de GO.TV.

 

 

 

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