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Le riz, bientôt une filière locale ?

Depuis 2015, La Technopole1 teste, via son centre de recherche et d’expérimentations agronomiques (le CREA), la culture de différentes variétés de riz. Ses premiers résultats permettent d’en valider la faisabilité technique. Pour aller...
Le premier riz calédonien obtenu grâce aux travaux du CREA, de ses partenaires et des agriculteurs, était exposé à la foire de Bourail, mi-août 2017.

Depuis 2015, La Technopole1 teste, via son centre de recherche et d’expérimentations agronomiques (le CREA), la culture de différentes variétés de riz. Ses premiers résultats permettent d’en valider la faisabilité technique. Pour aller de l’avant, il faut désormais familiariser les agriculteurs calédoniens à cette céréale et évaluer le coût de sa production, un travail mené avec l’ERPA2, la province Sud et l’équipe d’un consultant spécialiste des rizicultures, Lucien Seguy.

« Cultiver du riz localement, c’est répondre à plusieurs enjeux », explique Sylvia Mercky, responsable de La Technopole – Terre. « Nous maîtrisons la culture du maïs, il est temps de diversifier nos filières céréalières. Les Calédoniens consomment beaucoup de riz et dépendent exclusivement de l’importation, avec un cours mondial élevé et fluctuant. Le potentiel de développement de cette culture est bien réel, ce serait un grand pas vers l’autosuffisance alimentaire… »

A la recherche du bon riz

Le premier travail du CREA a consisté à identifier des variétés de riz adaptées au contexte calédonien (sol, pluviométrie…) et à créer un germoplasme (c’est-à-dire le matériel génétique, collections, etc., de ce riz). La campagne 2016-2017 a testé quatorze variétés en semis sous couvert végétal, dont cinq parfumées, six non parfumées à haut potentiel et trois variétés de riz rond. Le CREA a ainsi mis en place des parcelles d’essais contrôlés à La Ouenghi. « Les rendements de la variété SBT1 varient entre 3,7 et 4,3 tonnes par hectare ; ceux du SBT69 entre 4,5 et 7,7 tonnes par hectare », indique Sylvia Mercky, responsable des activités « Terre  » de La Technopole. Le CREA a ensuite installé, en partenariat avec la province Sud et l’ERPA, des parcelles de validation chez des agriculteurs volontaires, auxquels il a fourni des semences. « Ces tests visent à améliorer l’itinéraire technique que nous utiliserons dans le transfert de savoir-faire pour la culture du riz. Nous avons identifié les rotations de cultures possibles : riz en saison chaude et maïs ou squash en saison fraiche. »

En partenariat avec les équipes de la province Sud, le CREA se forge une expérience en assistant les agriculteurs jusqu’aux dernières étapes de la récolte : réglage de la moissonneuse, séchage dans des « bubbles » (tunnels), vannage, triage et ensachage du riz. « C’est la première année que nous mettons en œuvre cette culture, nous apprenons comment conserver et multiplier les semences adaptées et comment conseiller au mieux les agriculteurs », souligne Nathalie Ayrault, responsable du CREA. La saison 2017-2018 porte sur quinze hectares de parcelles de validation chez des agriculteurs installés sur la côte Ouest, en province Sud. « Avec eux, nous allons pouvoir recueillir des données technico-économiques pour confirmer la pertinence de la filière riz. Nous traiterons aussi les problèmes que ces agriculteurs rencontrent (présence d’oiseaux, basse température à la floraison) et qui limitent les projections de rendement à 3,5 tonnes par hectare. Enfin, nous travaillerons sur le choix des plantes de couverture, le CREA en a un panel en collection », poursuit madame Ayrault.

Les grandes lignes d’une stratégie de filière

Selon l’étude de marché diligentée par l’ERPA, le marché calédonien offrirait l’opportunité de placer environ 1 300 tonnes d’un riz de bonne qualité gustative, à un prix moyen compris entre 220 et 350 CFP par kg. Des chiffres à confirmer, selon La Technopole. « La stratégie de développement de la filière est en cours de définition avec l’ERPA et les provinces », relève Sylvia Mercky. « Les offices de récolte et de séchage (ORS) seront impliqués jusqu’au stockage du riz ; un opérateur, à déterminer, pourrait s’occuper du décorticage, blanchiment et polissage du riz. »

Sur ces parcelles propres, le CREA a testé quatre variétés de riz en rotation de cultures, dont les riz SBT1 et SBT69.

Dans cette démarche de diversification agricole, le rôle de La Technopole – Terre est fondamental. En effet, en s’appuyant sur les résultats de la campagne 2016-2017, le CREA détermine les caractéristiques du futur riz calédonien : long, parfumé (dix-huit variétés sont à l’étude), cultivé en semis sous couvert végétal. Le CREA travaille aussi au déploiement de la production locale de semences. Et par le transfert technique qu’il réalise, il accompagne les agriculteurs vers l’objectif de rendement optimal de quatre tonnes par hectare. « Nous avons décidé en juillet, avec nos partenaires3, de lancer une nouvelle campagne sur parcelles de validation. Six agriculteurs de la province Sud ont accepté d’y participer. Ils cultiveront cinq variétés cibles de riz, dont quatre parfumées (les SBT 1, 21, 26 et 225) et celle, non parfumée, au rendement remarqué, le SBT 69 », indique Sylvia Mercky. Effectivement,  La campagne 2017-2018 débutera en décembre, pour une récolte espérée en avril 2018. Elle portera sur une trentaine d’hectares de parcelles de validation, dont huit dédiés à la multiplication de semences, sous l’étroite surveillance du CREA. Si le programme se déroule comme prévu sur le terrain, La Technopole – Terre pourrait produire vingt-cinq tonnes de semences en 2018, dont la Calédonie tirerait mille tonnes de riz paddy en 2019.

1. La Technopole, créée en 2011, est un établissement de l’ADECAL en charge de promouvoir des projets de diversification de l’économie calédonienne, en les testant sur des plateformes expérimentales.
2. ERPA : établissement de régulation des prix agricoles.
3. Parmi ses partenaires, La Technopole – Terre compte la province Sud, qui finance par exemple l’acquisition de la moissonneuse et des tunnels de séchage que le CREA affecte à la récolte du riz sur les parcelles de validation. La province Nord a marqué son intérêt pour le déploiement d’une filière « riz » mais n’est pas en mesure de s’associer à la campagne 2017-2018 en raison de problèmes de sécheresse.
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